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Série Vestiaires : une journée de tournage post-Covid-19

Série Vestiaires : une journée de tournage post-Covid-19

Le tournage de la saison 10 de la série Vestiaires a repris mi-juin. CinéSéries était présent le temps d'une journée pour découvrir les nouvelles conditions de tournage et les mesures sanitaires strictes prises par la production en raison de la pandémie de Covid-19. Une situation qui a eu un impact sur la préparation, sur le tournage lui-même ainsi que sur l'écriture du scénario.

Vestiaires c’est quoi ?

La série Vestiaires, créée par Adda Abdelli (qui y interprète Romy) et Fabrice Chanut (l'un des trois co-réalisateurs des 52 épisodes) et diffusée sur France 2, existe depuis dix ans et mêle allègrement humour et handicap. Rire de tout en deux minutes trente, s'amuser des misères de la vie, parler de la société au travers de la vision des personnes en situation de handicap, c’est ce à quoi s’attachent les nageurs handisport dans les vestiaires de la piscine. Le ton de Vestiaires se veut à la fois tendre, bienveillant, poétique, grinçant, burlesque, impertinent, politique ou militant. La particularité de Vestiaires, qui explique sans doute sa durée, c’est, comme le souligne l’acteur Alexandre Philip (Orson) "que ce projet de fiction est allé chercher, non pas des gens en situation de handicap pour faire les acteurs, mais des acteurs qui ont des spécificités, comme la situation de handicap". L’autre petit plus de la série, c’est la présence chaque saison de guests, comme Thierry Lhermitte ou Pascal Légitimus en saison 9, Philippe CroizonClémentine Célarié ou encore Bruno Solo pour la saison 10. L’ambiance joyeuse de la série, sa générosité, son aspect amical, presque familial, solidaire, respectueux de la différence et encore artisanal, ont ainsi été soulignés par tous les protagonistes que nous avons rencontrés le 30 juin, 12ème journée de tournage forcément marquée par la pandémie de Covid-19.

Les mesures sanitaires mises en place

Le tournage de la saison 10 devait initialement commencer à Bordeaux en mai, mais a finalement eu lieu du 16 juin au 3 juillet 2020 pour cause de Covid-19. La série a donc été une pionnière dans les reprises de tournage. Mais les conditions sanitaires devaient être réunies pour garantir la sécurité des personnes sur le plateau, et notamment celle des comédiens, obligés de porter des masques pendant les répétitions - mais pas pendant les prises. D'abord, comme l'explique Philippe Braunstein (Les Films d'Avalon, coproducteur avec Sophie Deloche d'Astharté & Compagnie), "les deux référents Covid – Noël Magis de la direction de production et Juliet Béléteau de la régie générale - ont été désignés tout naturellement, car leurs postes sont à l’interface entre les réalités du tournage et les réalités de la vie". Noël Magis, conscient que "s’il arrivait quelque chose aux gens indispensables que sont les comédiens principaux, le tournage était suspendu", a donc été missionné pour travailler dès le mois de mars, et deux semaines supplémentaires par rapport à sa préparation habituelle de six semaines.

Il a ainsi rédigé un Protocole Covid, qui a fait l’objet de plusieurs consultations et validations par la production et les techniciens, et a été confronté au fameux Guide de 49 pages initié par le Comité Central d’Hygiène, de Sécurité et des Conditions de Travail de la Production de Films. Un travail a également été entrepris avec la Médecine du Travail des Intermittents du Spectacle, présente sur le plateau la veille du premier jour de tournage pour donner un avis sur les dispositifs, et revenue pour un contrôle le 12ème jour de tournage. Le protocole de 5 pages, signé par tout le monde, permettait de définir des règles et des gestes barrières obligatoires qui s’appliquent à tous et par poste.

L’application du protocole n’a de sens que si tout le monde le fait. Le plus compliqué est de tenir une espèce de cohérence dans le protocole, sans avoir un immense vide d’un côté et une grande sévérité de l’autre

explique Noël Magis. Ainsi, il a fallu désinfecter systématiquement le décor et les objets touchés par les comédiens. Pour le réalisateur, il fallait s’adresser pendant les prises aux comédiens avec un micro, tandis que la maquilleuse avait l’obligation de porter masque et visière, après s’être lavée les mains. Pour Philippe Braunstein, "prendre la température des gens aurait de toute façon été impossible et infantilisant, car plus une question de responsabilité individuelle". Le budget de la production a donc augmenté d’environ 20 000 €, liés aux achats de gel hydroalcoolique, de masques et de visières, mais aussi aux ajouts d'une journée de tournage et de postes supplémentaires - un "régisseur barrière" extérieur au tournage, qui fait rentrer tout ce dont l’équipe a besoin en l’ayant désinfecté, un second perchman pour créer davantage de distanciation entre l’équipe son et les comédiens, et un renfort de l’équipe régie et de l’équipe mise en scène.

Copyright Ivan Mathie /Astharté / Avalon / France Télévisions

Le poste d'assistant personnel de Luc Rodriguez (Ramirez) a également été créé, car, comme l’explique la comédienne Anaïs Fabre, "son handicap le rend moins autonome et il a eu besoin pour la première fois de quelqu’un en permanence pour l’habiller, car la costumière avait pour consigne de ne pas venir au contact physique des comédiens". Et comme la table régie n’était pas en libre-service cette année, Noël Magis précise qu’il a aussi été demandé aux comédiens de "fonctionner en circuit fermé, comme s’ils étaient confinés". Ils ont ainsi tous dormi dans un hôtel proche du studio, sans avoir à prendre de transport, et en mangeant tous les soirs au même restaurant. Avec ces mesures, le seul incident signalé par la production aura été "une température de 38 de fièvre le premier jour de tournage chez une stagiaire réalisatrice". Un simple coup de froid au final, la personne ayant été testé négative après être rentrée chez elle.

Si des oublis des fameux gestes pouvaient parfois arriver, tout le monde ne pouvait pas faire de remarques. Noël Magis insistant sur "la hiérarchie qui existe sur un plateau". C'était ainsi au chef de poste de s'exprimer, comme la cheffe maquilleuse auprès de son renfort, ou le premier assistant mise en scène auprès de ses assistants.

Le régisseur barrière me rappelait bien de mettre ma visière et mon masque quand j'avais tendance à les oublier en allant diriger les comédiens sans masque sur le plateau

Admet Franck Lebon, qui réalise 22 épisodes et compose également la musique. Alexandre Philip reconnaît quant à lui une tendance à "oublier le masque et à le poser". Mais, là encore, l’assistant ou le régisseur barrière étaient présents pour un rappel à l'ordre.

Comment les mesures sanitaires ont-elles été vécues ?

Le directeur de production Noël Magis reconnaît que ce protocole "a plutôt bien fonctionné mais que les plus impactés sont les techniciens, car comme il y a plus de travail, il y a un peu plus de pénibilité". L’accessoiriste Didier Pons, qui avait suggéré de "désinfecter ses accessoires, spécialement créés pour les épisodes, à son arrivée sur place plutôt qu’au moment de les charger dans son camion et de bâcher tous les meubles" confirme "l’étuve dans le studio sans climatisation avec un masque et une visière". Et si on pouvait penser que les acteurs porteurs de handicap, visible ou invisible, allaient ressentir le port du masque comme un double handicap, comme cela a été relevé pour Luc Rodriguez, Alexandre Philip l’a de son côté vu "plus comme un accessoire qu’un handicap supplémentaire, comme pour les valides".

Il signale cependant qu'avec l’acteur Cyril Missonnier, sourd et qui lit sur les lèvres, il ne pouvait pas avoir "les mêmes échanges qu'il a habituellement sans son interprète", les masques n’étant pas transparents. Mais ce qu'Alexandre Philip a finalement trouvé le plus difficile dans la partie artistique, "c’est l’adaptation au port du masque pendant les répétitions, obligeant à parler plus fort, à changer l’articulation et le niveau de jeu". Un sentiment partagé par Anaïs Fabre, d'après qui il fallait "pendant le tournage redescendre d’un niveau de volume et l’ampleur du jeu parce que les gestes avaient suivi le volume des voix". Théo Curin, jeune espoir de 20 ans de la natation handisport, dont le personnage est récurrent depuis 5 ans, a lui plus été "gêné au niveau des émotions". N'ayant que peu de texte, il était difficile de faire passer quelque chose uniquement par ses yeux. Mais comme dans le sport, il a dû s’entraîner pour s’adapter. Et pour ce qui est des techniciens, cette expérience particulière aura permis d'enrichir leur CV, comme en témoigne Didier Pons, qui repart sur un tournage pour la chaîne TF1, curieuse d'avoir son retour sur les consignes mises en place sur le plateau de Vestiaires.

Copyright Ivan Mathie /Astharté / Avalon / France Télévisions

Quel impact sur le scénario de Vestiaires ?

En raison de cette organisation exceptionnelle, les réalisateurs ont également dû adapter le scénario et la mise en scène, et réorganiser le tournage des épisodes en conséquence. D’abord, comme le dit Adda Abdelli, "en excluant certains épisodes de cette saison 10, comme l’épisode Câlins avec Clémentine Célarié, ou en ne tournant pas dans la piscine du camping à Périgueux, afin de ne pas rajouter les déplacements à la prise de risques". Puis, comme le souligne Philippe Braunstein, "en réécrivant des épisodes dans lesquels il y avait des gestes, en enlevant les bisous et les checks".

De même, le réalisateur Franck Lebon explique que "les comédies musicales qui prennent plus de temps à tourner et font habituellement l’objet de 6 à 8 épisodes, ont été ramenées à 4 pour la saison 10" et qu'il a été décidé de "simplifier des épisodes et de tourner au début des épisodes moins compliqués, avec moins de comédiens, pour tester la mécanique". Avec les autres réalisateurs et le chef opérateur, "ils ont étudié comment placer les comédiens avec la distance de sécurité, expérimentant ainsi d’autres façons de filmer, comme zoomer dans l’image, ce qui donne l’impression que les comédiens sont plus proches que la réalité".

Copyright Ivan Mathie /Astharté / Avalon / France Télévisions

De plus, la décision a été prise de rajouter 6 épisodes portant directement sur la Covid-19 avec, comme le souligne Alexandre Philip, "la volonté d’inscrire pour la première fois dans le temps et dans l’actualité cette série par définition non-évolutive". On peut donc déjà vous dire que deux épisodes portent sur les réunions sur Zoom, un sur l’après-confinement avec les réflexes que l’on garde, et un autre, intitulé "Marché noir", à propos des personnes porteuses de lourds handicaps qui étaient autorisées à sortir plus longtemps et plus loin pendant le confinement, et que les auteurs ont imaginées faisant un peu de contrebande. Malgré la crainte d’Anaïs Fabre, seule comédienne à ne pas être en situation de handicap, de voir que "ce protocole enlève de la cohésion sociale et de la chaleur humaine", finalement non avérée, le bilan de ce tournage pionnier en ces temps de Covid semble donc globalement satisfaisant.

Les comédiens ont vraiment joué le jeu et c’est sans doute parce que c’est une équipe qui se connaît sur un projet qu’ils aiment

conclut ainsi Noël Magis. Ce que confirme Adda Abdelli, "persuadé que l’envie qu’ils avaient tous de se retrouver serait au-delà de ce protocole". Rendez-vous dès le mois de septembre pour voir le résultat avec la saison 10 de Vestiaires diffusée sur France 2. En attendant, découvrez toutes les photos du tournage en cliquant sur la galerie ci-dessous :

Propos recueillis par Sylvie-Noëlle

Copyright photos de plateau Ivan Mathie / Astharté / Avalon / France Télévisions

 

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