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Top of the Lake : China Girl – Battle à la rédac !

On débat sur « China Girl », la saison 2 controversée de « Top of the Lake » de Jane Campion.

4 ans après la première saison de Top of the Lake, Jane Campion offre enfin la suite : China Girl. Alors que la série est actuellement diffusée sur Arte, nos deux rédactrices, Marushka O. et Sylvie V., ont pu découvrir les 6 épisodes qui composent cette saison 2. Et autant dire qu’elles n’en sont pas ressorties indemnes. Elles analysent et débâtent férocement du résultat. Ready ? Fight !

Une héroïne complexe

 

– Marushka : Ce qui me perturbe le plus dans Top of the Lake c’est avant tout la représentation des femmes. Je connais un peu Jane Campion, en tant normal, j’aime bien son travail et sa recherche sur la féminité, qui portent toujours à l’écran des femmes fortes malgré leurs problèmes ou leurs névroses. Ici, à mon sens, ce n’est pas le cas.

 

– Sylvie : Je pense, au contraire, que Jane Campion ne s’écarte pas de son objectif de réalisatrice : celui de montrer des femmes fortes. Ici aussi, les femmes incarnent une facette du féminin qui lutte. Ce ne sont pas des victimes, même si chacune affronte des difficultés. Ce sont des femmes qui se battent. Je pense surtout à Robin.

 

– M : Mais si on prend justement l’exemple de la détective Robin Griffin, qui est censée évoluer dans un monde d’hommes et se faire respecter, on s’aperçoit rapidement qu’elle a tout d’une victime désignée. Elle a été victime d’un viol multiple quand elle était jeune, ensuite elle se fait agresser sexuellement à répétition dans la saison 1, et les hommes ont toujours une attitude étrange autour d’elle. Dans la seconde saison le même schéma se reproduit puisqu’elle se fait .à nouveau agresser sexuellement par son ancien partenaire, pourtant en fauteuil roulant… Sans parler des hommes qui rient sur son passage, qui l’insultent… Réellement, je ne vois pas en elle une héroïne, et c’est le souci.

 

– S : Je comprends ton interrogation face à tous les éléments qui s’enchaînent et se déchaînent, devrais-je dire. Il est vrai que Robin incarne une héroïne qui n’a pas une minute de répit. C’était déjà le cas dans la saison 1. Un coup mêlée à des histoires de meurtre et de l’autre hantée par l’épisode traumatisant du viol. Il ne lui reste pas beaucoup d’occasions pour être un personnage posé et encore moins épanoui. Et pourtant, je lui trouve un côté attachant car elle ne renonce pas, elle est une battante et cherche coûte que coûte à se sortir d’impasses – je te l’accorde – toujours compliquées. Mais n’est-ce pas le propre d’une héroïne que de dépasser toutes les épreuves sur son chemin ?

 

– M : Non mais il faut tout de même souligner l’énormité des agressions à répétition dont elle est victime : dans une vie, tout ça ne peut pas arriver à une seule et même femme, en l’espace de quelques années ! C’est tellement disproportionné que ça en devient vite ridicule. sans oublier l’étrangeté des situations, qui sont difficiles à prendre au sérieux…

 

– S : Jane Campion veut montrer, à mon sens, que, à l’égal d’un héros masculin qui est soumis à une panoplie de catastrophes, un personnage féminin peut avoir la même consistance et la même réaction. A savoir, un brin de courage, d’autodétermination, de sang-froid et aussi de faiblesses et autres noirceurs. On retrouve déjà cette fatalité démesurée qui s’abat sur le destin d’une femme dans plusieurs de ses films.

Les femmes chez Campion

 

– M : Un autre élément qui me dérange, c’est son rapport avec sa fille. On sait de Robin qu’elle a abandonné sa fille (issue du triple viol), ce qui fait d’elle une femme indigne. Là encore, je comprends que l’accent soit mis sur sa liberté en tant que femme, et la complexité éthique de la situation (comment garder un enfant issu d’une telle atrocité), mais elle porte cet abandon comme sa croix, et est pointé du doigt comme une mère illégitime, et s’en défend peu. Du coup, comme on éprouve aucune empathie pour elle (car clairement, elle n’est pas sympa ni attachante), on se dit qu’elle se laisse marcher dessus par tout le monde.

De plus, dans la saison 2, elle endosse le rôle de mère, ce qui est nouveau pour elle, mais il faut voir comment ! Elle rapplique dès que sa fille la sonne, lui laisse tout faire, ne s’oppose à rien, et soudain se fait tatouer le prénom et la date de naissance de cette enfant dont elle ne sait rien. C’est juste mal amené.

 

– S : Les rapports de Robin avec sa fille ont commencé à émerger dans la saison 1, lorsqu’elle reçoit une lettre et se demande ce qu’elle doit faire. Et l’ellipse entre les deux saisons facilite une approche en filigrane. Robin revient d’ailleurs à Sydney pour tenter de renouer avec sa fille. On comprend dès lors qu’elle est prête à se laisser entraîner, avec maladresse certes, dans une nouvelle étape de sa vie.

 

– M : Je veux bien te concéder des vérités par rapport aux arguments que tu avances sur Robin, mais cela ne règle pas tous les problèmes, notamment au niveau des autres femmes de l’histoire : les prostitués asiatiques mères porteuses semblent ravies de leur sort, la mère maquerelle pareil… La coéquipière de Robin, sous ses airs de fille normale est en fait complètement dingue avec ses amants multiples et ses histoires de fausse grossesse, ses crises d’hystérie…

 

– S : C’est vrai que des personnages féminins, il y en a à foison. Mais je pense que c’est un parti-pris afin d’explorer les différentes problématiques que chacune, en fonction de l’âge, du passé et du passif, doit confronter. Les filles asiatiques qui vivent la prostitution avec légèreté et portent des enfants pour des occidentaux est une réalité que Jane Campion n’édulcore pas. Si elle les montrait comme des martyrs, alors là on tomberait dans un cliché doloriste. Dans le pays de la réalisatrice, les maisons closes sont autorisées, c’est une façon pour elle de porter une critique sociétale.

La question de la maternité

 

– M : D’accord, mais Nicole Kidman en lesbienne libérée féministe c’est un cliché ridicule, tu ne peux pas le nier. Et sa fille, c’est le summum, une adolescente faussement affirmée qui en réalité est en révolte primaire et puérile contre ses parents et qui s’amourache d’un vieux fou, au point d’aller faire le tapin sur le trottoir par amour, risquer de se faire tuer pendant une fusillade, quitter le territoire après avoir été retenue en otage par un dingue… Les bras m’en tombent.

 

– S : Je vois du réalisme, là où tu vois des clichés. Le rôle de Nicole Kidman, qui est le pendant de Hollie Hunter dans la saison 1, est une femme engagée et ultra-féministe, mais soumise elle aussi à ses propres angoisses : celle d’une femme de la cinquantaine qui remet toute sa vie en question. Pour la gamine, je trouve que l’on a affaire à une jeune femme qui veut s’affranchir. Idéaliste elle tombe amoureuse de celui qu’elle pense à la hauteur de ses idéaux. Amoureuse passionnée pour la première fois, elle tombe dans tous les pièges et est prête à tout pour croire à son histoire et ne surtout pas voir la perversité de celui qu’elle a en face pour piètre amoureux.

 

– M : Avoue quand même qu’il y a beaucoup de choses mal amenées. Prends la question de la maternité par exemple. Mais la lourdeur ! Entre les fœtus morts, les fausses-couches, les abandons, les retrouvailles, l’adoption VS la génétique, le combat des deux femmes qui se disputent la maternité de leur fille, les FIV, les mères-porteuses, les bébés morts-nés, les faux ventres en plastique, les prostituées enceintes… Réellement, sur le sujet, toutes les femmes sont gravement atteintes, entre la folle à l’asile qui rêve de son bébé mort, et Robin qui cauchemarde toutes les nuits en voyant des cadavres de bébé qui flottent… C’est malsain, mais surtout ce n’est tellement pas serein que ça en devient comique. L’enfer !

 

– S : Vu comme ça, en effet, ça fait beaucoup, on pourrait croire que la réalisatrice fait une fixette. Mais je le ressens plus comme un fil conducteur. Ce qui relie ces femmes, ce sont leurs difficultés dans la société et leur rapport à la maternité. Chacune a le désir d’être mère et chacune se confronte à une difficulté : comment être mère et comment être une bonne mère ? Robin est hantée par sa fille abandonnée avec qui elle se sent en connexion, Nicole Kidman a peur d’échouer dans son rôle, car elle ne se sait que « mère adoptive ». Certes, il manquerait peut-être un exemple banal de rapport mère-fille, mais finalement, n’est-ce pas toujours un brin plus complexe que cela n’y paraît ?

Des événements mal amenés

 

– M : Je ne suis pas d’accord, à ce stade ce n’est pas de la complexité, c’est de la démesure et de l’outrance. Regarde, dans la même logique, la surenchère dans les malheurs, les désastres et les catastrophes qui s’abattent sur tout le monde ! Franchement ça prête là encore à rire, et entache fortement la crédibilité de l’intrigue, dont les ramifications sont déjà un peu grosses : l’action se passe à Sydney et pourtant tous les personnages sont interconnectés dans cette affaire crapuleuse… À croire que la ville compte 10 habitants !

 

– S : Là-dessus je te rejoins, je m’étais fait la même réflexion, les événements sont comme des heureuses coïncidences. Pour les catastrophes multiples, en revanche, je trouve cela normal pour le genre policier. On retrouve cette ambiance dans plusieurs séries. J’ai pensé par exemple à True Detective qui dans le style « déferlantes de malheurs » est pas mal aussi. Finalement, les épisodes dramatiques, les passés obscurs, les personnages torturés et les sujets de société sombres, tout converge pour former une trame de haute tension qui peut, d’une part mettre mal à l’aise, mais d’autre part crée une ambiance propre à Jane Campion et qui fait pour moi la très grande qualité de la série.

 

– M : Personnellement je ne reste pas convaincue par ta comparaison avec True Detective qui se rapprochait plus du polar southern poisseux, c’est un autre registre. Je comprends que l’on puisse apprécier, car c’est très personnel et singulier, mais les réserves que j’avais après la première saison ont été confirmées par le visionnage de la deuxième saison. Une chose est sûre, la troisième, ce sera sans moi !

 

Top of The Lake : China Girl de Jane Campion est disponible en ce moment sur Arte. Retrouvez l’avis complet de Sylvie ici. Ci-dessus la bande-annonce.

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