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A Ghost Story sur Netflix : retour sur la controversée scène de la tarte

A Ghost Story sur Netflix : retour sur la controversée scène de la tarte

Avec "A Ghost Story", David Lowery a signé son chef d'oeuvre. Un long-métrage puissant, poétique, métaphysique et atypique sur un fantôme en pleine errance. La longue scène de la tarte a marqué les spectateurs. Retour sur ce passage en cherchant à décrypter son importance.

A Ghost Story : un film qui ne ressemble à aucun autre

Il existe dans l'imaginaire collectif quelques représentations très répandues de la figure du fantôme. On pense parfois à un ectoplasme, une sorte de présence quasiment invisible. Ou alors à ce fameux drap blanc, qui recouvre le fantôme. Comme si le mort s'était réveillé avec son linceul sur lui. Cette seconde incarnation presque démodée de nos jours, à l'heure où les effets visuels peuvent tout autoriser, est reprise dans A Ghost Story. David Lowery raconte l'histoire d'un couple brisé lorsque l'homme (Casey Affleck) meurt. Il va se réveiller sous la forme d'un fantôme et sera condamné à errer dans le monde des humains, sans pouvoir interagir avec. Ce nouvel état le met face à de profonds questionnements existentiels.

A Ghost Story est un film exigeant, dont l'accessibilité au grand public n'est pas garantie. David Lowery construit une oeuvre sur le Temps et la Mort, où les dialogues sont rares, avec des plans qui s'étirent. On voit rarement sur nos écrans des propositions aussi libres qui n'ont pas peur de nous bousculer. Et si certains ne se sont pas privés de se moquer du film, c'est parce qu'il peut vite nous laisser à distance avec ses intentions formelles. Ce n'est pas la première fois que des sarcasme sont employés pour exprimer un rejet. Un comportement toujours plus simple que de chercher à comprendre le geste d'un cinéaste. La scène de la tarte a, en particulier, était discutée. Parfois en bien, souvent en mal. Un passage qui mérite que l'on revienne dessus pour essayer de décrypter son importance.

A Ghost Story
A Ghost Story ©Universal Pictures International France

Tentative d'explication de la scène de la tarte

Si on veut résumer grossièrement ce qu'il se passe dedans, on dira que l'on regarde Rooney Mara, assise par terre, en train de manger une tarte devant le fantôme. Le tout, en plan fixe. Quand elle commence à prendre un bout, elle le fait avec hésitation. Puis les bouchées se succèdent à une vitesse plus soutenue, comme si elle était prise par une pulsion de consommation. En dehors du parti pris esthétique, la scène nous ramène à cette sensation que l'on connaît tous, où le sucre aide à calmer la tristesse, la frustration, la déception.

Le mythe de la glace sous le plaid après une rupture amoureuse n'est pas quelque chose de si exagéré. David Lowery la rejoue, d'une façon détournée, dans son film. La science a prouvé que le sucre permettait de sentir bien. C'est ce que M va trouver dans cette tarte providentielle, qu'elle n'attendait pas. Dès la première bouchée, le goût sucré fait son effet et elle ne peut plus s'en passer. Jusqu'à l'excès, car elle ira jusqu'à vomir à force de trop manger.

A Ghost Story
A Ghost Story ©Universal Pictures International France

La mise en scène statique adoptée par David Lowery contraste avec la pulsion qu'il veut exprimer. Parce que la forme force le spectateur à entrer dans une phase d'observation. La même à laquelle le fantôme est condamnée. La caméra se positionne là, proche du sol, composant un cadre agencé avec intelligence pour que tout se tienne dedans. Même ce que l'on pensait inutile de prime abord. Comme cette porte ouverte sur les toilettes, au fond, qui s'affirme dès le départ comme le point d'arrivée. Entre elle et M se trouve le fantôme. Posé comme un meuble, fixe.

Le plan est à la fois un raccord sur son regard qu'un point de vue qui l'inclut dans ce qui se joue. Pour le dire autrement, le spectateur le regarde en train de regarder. Nous assistons ensemble à ce spectacle duquel s'échappe une forme de tristesse. C'est grâce à sa durée que ce sentiment peut s'installer. De l'impuissance éclate de ce plan, parce que les deux personnages qui sont à l'intérieur vivent le même deuil. La scène est d'autant plus importante qu'elle intervient après que le fantôme s'échappe de l'hôpital. C'est la première fois qu'il revoit l'être aimé et ce plan s'impose comme des retrouvailles impossibles. Malgré une présence dans le cadre, il ne pourra rien pour soigner son chagrin. On comprend, en même temps que lui, quel sort lui sera réservé pendant le film.

 

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