Jacky au royaume des filles sur TFX : Riad Sattouf s’est inspiré de Cendrillon et de son vécu

Une comédie qui s'attaque au patriarcat

Jacky au royaume des filles sur TFX : Riad Sattouf s’est inspiré de Cendrillon et de son vécu

Dans "Jacky au royaume des filles", Vincent Lacoste rêve d'épouser la future dictatrice de son pays, incarnée par Charlotte Gainsbourg. Une dystopie où les rôles sont inversés signée Riad Sattouf, qui s’est inspiré de plusieurs références mais aussi de souvenirs pour créer cet univers.

Jacky au royaume des filles : Cendrillon pas comme les autres

Après Les Beaux gosses, l’auteur Riad Sattouf repasse à la réalisation avec Jacky au royaume des filles. Pour cette comédie sortie en 2014, le cinéaste reprend des éléments évoqués dans l’une des histoires de sa bande dessinée Pascal Brutal. Il emmène le spectateur au cœur de la République démocratique et populaire de Bubunne.

Dans ce régime totalitaire gouverné par la Générale (Anémone), Jacky (Vincent Lacoste) est un jeune homme qui vit avec sa mère et accomplit les tâches domestiques avec dévouement. Mais entre deux préparations de la bouillie que le peuple se partage, le héros nourrit un rêve.

Jacky au royaume des filles
Jacky au royaume des filles ©Pathé

Alors que toutes les femmes de son village envisagent de faire de lui leur époux, Jacky espère attirer le regard de la Colonelle (Charlotte Gainsbourg), fille de la Générale Bubunne XVI censée hériter du pouvoir. Pour cela, il va tout mettre en œuvre pour décrocher son ticket pour le Bal de la Grande Bubunnerie. Au cours de cet événement, la future dirigeante devra choisir son époux le Grand Couillon. Un titre honorifique qui permettrait au jeune homme de s’extirper de son quotidien monotone…

Valérie Bonneton, Michel Hazanavicius, William Lebghil, Didier Bourdon, Noémie Lvovsky ou encore Anthony Sonigo complètent la distribution de cette relecture absurde de Cendrillon. Un film avec lequel Riad Sattouf démonte la société patriarcale et sa capacité à produire d’innombrables récits se terminant sur un mariage.

Deux références fondamentales

Pour construire son univers dystopique où les rôles sont inversés, le réalisateur se base notamment sur l’une des références du genre, le roman 1984 de George Orwell. Voulant privilégier les décors réalistes, le cinéaste opte pour un tournage en Géorgie, pays marqué par le totalitarisme. Interrogé par le site Bande à part, Riad Sattouf explique à ce sujet en décembre 2013 :

Je voulais une certaine vérité, des décors très réalistes, avec des vestiges du communisme et de très beaux paysages autour ; des sortes d’urbanités incongrues issues du totalitarisme. Le palais du film existe, il est situé à Gori, la ville natale de Staline, c’est le palais central, construit à l’époque de l’URSS. Et la scène du bal a été tournée dans la salle de réception du parlement géorgien. Il est plus compliqué d’inventer des décors et la réalité est souvent plus impressionnante.

La trame de Jacky au royaume des filles suit par ailleurs celle de Cendrillon, symbole du patriarcat selon le cinéaste. L’idée du long-métrage est de pointer du doigt certaines interrogations que le conte peut provoquer. Riad Sattouf ajoute en les énumérant :

Pourquoi n’y a-t-il qu’un seul prince charmant, mais plein de filles autour de lui ? (...) Pourquoi choisit-il la fille la plus soumise, quand ses demi-sœurs sont plus affranchies et rebelles ?

Un constat général

L’envie de déconstruire la notion de virilité vient de diverses observations personnelles du réalisateur. Lors d’une interview accordée au Huffpost, il raconte :

J'ai une fascination pour les régimes totalitaires et c'est souvent difficile à expliquer pour quelqu’un qui n’a pas vécu dans un pays communiste. J’ai passé mon enfance en Syrie à regarder des nanars, des sous-Mad Max italiens ou espagnols doublés en arabe avec des héros qui portent la banane et se battent sur des motos ou des voitures.

Ne souhaitant pas cibler une religion ou un pays en particulier, Riad Sattouf a créé la République de Bubunne pour dresser un constat général. Il a puisé dans ses souvenirs pour développer cette nation fictive et précise ainsi :

Je voulais parler du patriarcat. Pour cette raison, j’ai inventé une religion propre à Bubunne. Par exemple, ma grand-mère bretonne et ma grand-mère syrienne vivaient à 8000 km l'une de l'autre. Et pourtant leur vies n'était pas si différentes : elles restaient à la maison, faisaient à manger, s'occupaient des enfants… Cela n'avait rien à voir avec la religion ou la culture ! C'est le patriarcat… (…) Au-delà de la domination d'une religion par exemple, c’est plus l'influence du communisme - la Syrie était un allié de l’URSS - que je retiens.

Découvrez ci-dessous un making of du film :

 

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