La Chute du faucon noir : le film est-il fidèle aux événements historiques ?

Un film de guerre ambitieux à l’appréciation complexe

La Chute du faucon noir : le film est-il fidèle aux événements historiques ?

Lors de sa sortie en 2002, "La Chute du faucon noir" reçoit un accueil mitigé. Certains reprochent au film de se focaliser sur un seul point de vue et d’éluder certains éléments majeurs de la bataille de Mogadiscio. Ridley Scott s’est cependant appliqué à retranscrire avec précision les événements vécus par les soldats américains.

La Chute du faucon noir : plongée au cœur d’un échec militaire

En 1999, le journaliste américain Mark Bowden publie La Chute du faucon noir. Cet ouvrage revient sur la bataille de Mogadiscio, qui s’est déroulée les 3 et 4 octobre 1993. Déployée dans la capitale somalienne, la Task Force Ranger - qui regroupe notamment des Delta Force et des Rangers - est chargée de procéder à l’arrestation d’Omar Salad et Abdi Assan Awale, deux lieutenants du chef de guerre Mohamed Farrah Aidid.

L’opération est censée durer 45 minutes, les différentes unités devant prendre d’assaut l’un des bâtiments entourant le marché de Bakara. Les premières minutes se déroulent sans accroc, les Delta Force réussissant à capturer Omar Salad. Mais les miliciens ripostent très rapidement. Deux hélicoptères sont abattus et les convois des Humvees sont attaqués. Pris d'assaut dans la ville, plusieurs groupes de soldats tentent de résister.

Après de longues heures d’affrontement, l’évacuation a finalement lieu grâce à l’intervention d’un convoi blindé des forces pakistanaises et malaysiennes. L’Alliance nationale somalienne (SNA) déclare 312 décès à la suite de la bataille. Des centaines de civils auraient été tués selon les estimations les plus récentes. 18 soldats américains sont morts au cours de ces deux journées.

La Chute du faucon noir
Matt Eversmann (Josh Hartnett) - La Chute du faucon noir © Sony Pictures Entertainment

Produit par Jerry Bruckheimer et réalisé par Ridley Scott, alors auréolé des succès de Gladiator et Hannibal, La Chute du faucon noir se base sur le récit de cet échec militaire fait par Mark Bowden. Mené par Josh Hartnett, Eric Bana, Ewan McGregor et Sam Shepard, le long-métrage réunit une distribution impressionnante. Tom Sizemore, William Fichtner, Jason Isaacs ainsi que les jeunes Orlando Bloom, Nikolaj Coster-Waldau et Tom Hardy complètent le casting.

Un accueil mitigé

En 2002, La Chute du faucon noir divise. Outre-Atlantique, le film séduit majoritairement, ce qui n’est pas forcément le cas en Europe. Certains lui reprochent par exemple de prôner l’interventionnisme américain, d’autant plus questionné à cette époque. Le long-métrage sort quelques mois après les attentats du 11 septembre 2001. D’autres pointent du doigt le fait qu’il adopte uniquement le point de vue de la Task Force Ranger. Il élude ainsi (presque) totalement celui des miliciens et des civils somaliens.

Si Ridley Scott affirme avoir voulu retranscrire les affrontements de la manière la plus réaliste possible, le Guardian n’apprécie guère son esthétisation de la violence lorsqu’il revient sur l’œuvre en 2009. Dans son autobiographie, l’ancien président pakistanais Pervez Musharraf déplore quant à lui que le réalisateur ait mis de côté l’importance cruciale des forces pakistanaises et malaysiennes rattachées à l’ONU durant la bataille de Mogadiscio.

La pertinence historique de La Chute du faucon noir a donc été remise en question dès 2002. La complexité de la situation en Somalie, le contexte géopolitique tendu dans laquelle elle est sortie et la récupération qui a pu en être faite par l’administration Bush, sur le point de déployer des forces en Irak, en font une œuvre aux multiples interprétations.

Des combats retranscrits avec précision

Comme il l’explique au site Deadline en 2019, Ridley Scott a toujours voulu pointer du doigt l’absurdité des conflits et ce dès Les Duellistes, son premier film. Ici, l’idéalisme du personnage principal joué par Josh Hartnett désireux de changer les choses, en l’occurrence mettre un terme à une guerre civile et une famine à l’origine de 300 000 décès, est sans cesse balayé. Ses échanges clés avec le Delta Force interprété par Eric Bana, privé de toute illusion à force de combattre, offrent une perspective particulièrement désabusée.

Et s’il use effectivement d’effets de mise en scène (comment faire autrement ?), le cinéaste se veut extrêmement précis dans sa description du calvaire vécu par les soldats américains. Il montre notamment que certains survivants ont parcouru plusieurs kilomètres à pied pour rejoindre leur base après la bataille.

La chute des deux hélicoptères concorde par ailleurs de manière stupéfiante avec les images d’archives. C'est aussi le cas du déploiement des militaires dans les rues de Mogadiscio. L'équipe du film a également bénéficié des conseils du Département américain de la défense mais aussi d’Harry Humphries. Cet ancien Navy Seal avait déjà travaillé avec Jerry Bruckheimer sur Rock ou encore Ennemi d’État. Enfin, si la plupart des personnages portent les noms des véritables soldats, l’un d’entre eux a été modifié. Il s’agit de John Grimes, incarné par Ewan McGregor. Cet amoureux du café s’inspire de John Stebbins, Ranger ayant reçu la Silver Star pour ses actes durant la bataille. Condamné à 30 ans de prison pour avoir violé sa fille de six ans, la production a délibérément changé son nom.

 

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