Le Docteur Jivago : Stanley Kubrick voulait adapter le classique littéraire

Aurait-il fait mieux que David Lean ?

Le Docteur Jivago : Stanley Kubrick voulait adapter le classique littéraire

Un chef-d’œuvre romanesque de l’âge d’or hollywoodien… Tel est "Le Docteur Jivago", sorti en 1965 et porté par les performances du duo Omar Sharif-Julie Christie. Tiré du roman éponyme de Boris Pasternak, il aurait pu connaître une autre adaptation signée Stanley Kubrick.

Le Docteur Jivago : un film qui marque l’histoire

En 1962, David Lean marquait l’Histoire avec un film épique : Lawrence d’Arabie. Inspiré par ce succès (10 nominations aux Oscars et 7 statuettes remportées), le producteur italien Carlo Ponti achète alors les droits du roman Le Docteur Jivago afin de créer un film d’époque tout aussi grandiose. Pour l’occasion, il engage même David Lean, Omar Sharif et Maurice Jarre, qui avaient été respectivement réalisateur, comédien et compositeur dans Lawrence d’Arabie.

Le Docteur Jivago prend place lors de la révolution d’octobre en URSS. On y suit Youri Jivago, médecin russe qui est enrôlé de force dans l’armée impériale. Cela l’oblige à être séparé de sa femme. Sur sa route, il fait la rencontre de la jeune Lara, dont il tombera éperdument amoureux.

À l’époque, la plupart des critiques descendent le film, lui reprochant notamment sa longueur (3 h 17, quand même !). Toutefois, sur le plan commercial, Le Docteur Jivago est un succès immense avec 1,9 milliard de dollars engrangés. Cela fait de lui le 9e plus gros succès de l’Histoire du box-office mondial (si l’on tient compte de l’inflation). Outre cela, David Lean triompha une nouvelle fois aux Oscars avec 5 récompenses sur 10 possibles.

Bien que le film fût boycotté jusqu’au milieu des années 90 en Russie (le roman lui-même a subi la censure jusqu’en 1988), il est devenu culte auprès des cinéphiles grâce à son histoire d’amour diablement romantique, la beauté des décors et des costumes, ainsi que la bande-son parfaite de Maurice Jarre.

Kubrick était déjà sur le coup

Avant même que David Lean ne s’empare du roman, Stanley Kubrick souhaitait déjà pouvoir adapter ce dernier au cinéma. En effet, le célèbre réalisateur était connu pour sa passion de la littérature, dont il se servait pour porter certains livres dans les salles obscures. D’après l’historien du cinéma James Fenwick qui le rapporte dans The Guardian, Kubrick et Kirk Douglas (qui ont collaboré ensemble sur Les Sentiers de la Gloire et Spartacus) ont cherché à obtenir les droits du roman Le Docteur Jivago en 1958, soit un an après sa parution.

Tandis que le père de Michael Douglas souhaitait que le film soit tourné en Union Soviétique (un sacré culot, lorsqu’on sait que son auteur lui-même a été poursuivi par les autorités russes suite à cette œuvre), Stanley Kubrick écrivit à Boris Pasternak, comme le prouve une lettre recueillie par Fenwick :

Le dernier film que Kirk et moi avons réalisé, Les Sentiers de la Gloire, a reçu le prix du meilleur film de l'année en Belgique, au Brésil et en Finlande. Nous aimerions maintenant acheter les droits cinématographiques de Le Docteur Jivago. Nous avons contacté le cabinet d'avocats de New York qui représente les éditeurs italiens du livre. Les négociations sont au point mort, car ils ne sont pas encore prêts à finaliser un accord.

Le Docteur Jivago
Le Docteur Jivago ©Metro-Goldwyn-Mayer

Surpris que le réalisateur adapte un roman qui est à contre-courant des fictions policières qu’il aime tant, Fenwick déclare également qu’au vu du talent de Stanley Kubrick, Le Docteur Jivago aurait disposé de la même grandeur épique que Spartacus si le metteur en scène l’avait réalisé.

Un soutien communiste en plein maccarthysme

Il n’est pas commun que, pour l’époque, deux artistes travaillant dans le cinéma hollywoodien veuillent adapter Le Docteur Jivago, œuvre écrite par un auteur soviétique. A l’époque, les autorités américaines vivent en effet en pleine paranoïa anti-communiste, dans un contexte de Guerre Froide entre les USA et l’URSS. C’est dans ce contexte qu’intervient le maccarthysme, véritable « chasse aux sorcières » dans laquelle des artistes peuvent se retrouver blacklistés s’ils sont jugés proches des pensées communistes.

Chose impensable aujourd’hui : Kirk Douglas et Stanley Kubrick auraient donc pu être sur liste noire suite à leur projet d’adaptation. Par ailleurs, Stanley Kubrick réalisera Lolita en 1962, adaptation du roman de l’auteur russe Vladimir Nabokov. Quant à Kirk Douglas, il fera des pieds et des mains pour engager le célèbre scénariste Donald Trumbo à travailler sur Spartacus, alors que ce dernier était sur liste noire.