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Le Temps de l’innocence : ce drame vécu par Martin Scorsese intimement lié au film

Le Temps de l’innocence : ce drame vécu par Martin Scorsese intimement lié au film

Martin Scorsese a choisi de dédier "Le Temps de l’innocence" à son père Charles. Le personnage principal de ce drame romantique, incarné par Daniel Day-Lewis, lui a d’ailleurs rappelé par plusieurs aspects son paternel, décédé durant la post-production.

Le Temps de l’innocence : un autre registre pour Martin Scorsese

Avec Le Temps de l’innocence, Martin Scorsese s'écarte du registre pour lequel il est le plus célébré. Le film est une véritable plongée dans le New York aristocratique des années 1870. Un projet qui lui permet de se rapprocher de certains de ses maîtres. Le long-métrage évoque aussi bien le travail de Michael Powell et Emeric Pressburger que celui de Douglas Sirk.

Ce drame romantique sorti en 1993 est éminemment chargé. Chargé en détails ainsi qu’en personnages manipulateurs doués pour les commérages, et ce dès l’introduction narrée par Joanne Woodward, mais aussi en sentiments refoulés, ceux de l’avocat Newland Archer incarné par Daniel Day-Lewis.

Ayant toujours eu du mal à se fondre dans l’hypocrisie ambiante de cette haute société, ce protagoniste entend bien mener une vie paisible, sans pour autant renoncer à sa place dans ce petit monde. Pour cela, il souhaite épouser au plus vite May Welland, interprétée par Winona Ryder. Son quotidien est chamboulé lorsque la comtesse Olenska (Michelle Pfeiffer), amie d’enfance de Newland et cousine de May, revient à New York.

Raison contre sentiments

Séparée d’un riche parti installé en Europe, la comtesse est mal vue par ses congénères. L'avocat est l'un des rares à l'accueillir chaleureusement. Ce dernier tient à l'aider à s'intégrer. Un soutien qui les mène tous deux à leur perte. Newland et sa vieille amie tombent rapidement amoureux. Ils mettent ainsi en péril leur existence dans cet environnement cruel, où les murs ont des oreilles.

Le Temps de l'innocence
Le Temps de l'innocence © Sony Pictures Entertainment France

Le Temps de l’innocence repose sur les silences et les non-dits remarquablement communiqués par les trois acteurs principaux et leurs partenaires. Le long-métrage s'éloigne de la violence crue et du langage grossier des deux films de Martin Scorsese qui le précèdent, Les Affranchis et Les Nerfs à vif. Il joue en revanche sur l’art de la suggestion. Une main posée sur une autre devient ici un geste passionnel voire érotique, tant les émotions sont tues la plupart du temps. Cette adaptation du roman éponyme d’Edith Warton bénéficie également d’une reconstitution hallucinante. Qu’il s’agisse des intérieurs sublimés par les décors de Dante Ferretti ou des rues animées du New York d’antan, le drame fourmille d'idées et d'éléments d'époque.

Une post-production marquée par un décès

Au cours d’une séquence, les parents du réalisateur, Charles et Catherine Scorseseapparaissent furtivement dans la gare de Jersey City. Lors d'un entretien accordé aux Cahiers du Cinéma en mars 1996, le cinéaste explique d'ailleurs que la personnalité de Newland Archer lui rappelle celle de son père. Cité dans l’ouvrage Martin Scorsese - L’infiltré de Régis Dubois, il déclare :

Mon père n’avait pas fait d’études. Il savait qu’il ne quitterait jamais le quartier. (…) Pendant le tournage, j’ai beaucoup pensé au sens des obligations et des responsabilités dont il avait fait preuve au cours de sa vie. (…) Je me suis dit que, au moment où il décide de rester auprès des siens, Newland Archer fait lui aussi preuve d’un certain sens des responsabilités. À la fin du film, son fils lui confie qu’il s’est toujours senti en sécurité avec lui.

À la toute fin de la post-production du long-métrage, Charles Scorsese est emporté par une longue maladie à l’âge de 80 ans, le 23 août 1993. Martin Scorsese choisit donc de dédier Le Temps de l’innocence à son père. Sa mère Catherine décède le 6 janvier 1997 à 84 ans. Ils sont tous deux inhumés au cimetière Moravian de Staten Island. Leur fils leur a offert des apparitions dans nombre de ses films, parmi lesquels Taxi Driver, La Valse des pantins, Les Affranchis ou encore Les Nerfs à vif. Il leur a également consacré le documentaire Italianamerican, tourné en 1974.

 

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