Moonlight : comment le réalisateur Barry Jenkins s'est inspiré de son vécu ?

Une enfance à Liberty City

Moonlight : comment le réalisateur Barry Jenkins s'est inspiré de son vécu ?

Avec "Moonlight", Barry Jenkins signe une chronique poignante qui débute dans les rues de Liberty City. Un quartier défavorisé de Miami dans lequel le cinéaste a grandi, et qu'il est parvenu à mettre en avant.

Moonlight : une chronique poignante

Au début des années 2000, après le décès de sa mère du Sida, Tarell Alvin McCraney écrit une pièce semi-autobiographique intitulée In Moonlight Black Boys Look Blue. Pendant longtemps, cette oeuvre reste inexploitée jusqu'au moment où Barry Jenkins la découvre par le biais du collectif des arts Borscht, à Miami.

Après avoir échangé avec l'auteur, le cinéaste décide de l'adapter et se lance dans l'écriture de ce qui sera son deuxième film, après Medicine for Melancholy. Sorti en 2017, Moonlight retrace trois périodes marquantes de la vie de Chiron.

Moonlight
Moonlight ©A24 Films

Le long-métrage se penche d'abord sur son enfance dans les rues de Liberty City, quartier pauvre de Miami. Le petit garçon fait la connaissance de son mentor Juan (Mahershala Ali), dealer qui tente de le préserver. Il essaie de lui fournir une éducation, considérant que sa mère Paula (Naomie Harris), toxicomane dépendante au crack, n'est pas en mesure de le faire.

À l'adolescence, Chiron prend conscience de ses sentiments amoureux pour son ami Kevin. Enfin, devenu adulte et fraîchement libéré de prison, le jeune homme vend de la drogue à Atlanta. Il ne parle plus à sa mère et s'est forgé une carapace. Cette dernière vole en éclats lorsque Kevin reprend contact avec lui.

Alex R. Hibbert, Ashton Sanders et Trevante Rhodes prêtent chacun leurs traits à Chiron. Janelle Monáe et André Holland complètent la distribution du drame récompensé par trois Oscars : Meilleur film, Meilleur scénario dans un second rôle pour Mahershala Ali et Meilleur scénario adapté.

Le retour de Barry Jenkins à ses racines

Comme Tarell Alvin McCraney, Barry Jenkins a passé son enfance à Liberty City. D'après Le Point, le réalisateur a grandi dans le même HLM que l'auteur, le plus ancien des États-Unis, construit en 1937. En puisant lui aussi dans ses souvenirs, le cinéaste a voulu accentuer l'aspect cosmopolite de la ville. Le directeur de la photographie James Laxton explique à ce sujet, cité par Allociné :

À Miami, on a l’impression qu’un millier d’univers différents se télescopent. Les influences des Caraïbes et de Cuba se mêlent aux traditions sud-américaines ; les plus fortunés côtoient les plus pauvres ; et même les couleurs vives utilisées pour peindre les maisons et les immeubles sont spécifiques à la ville.

Moonlight
Chiron (Trevante Rhodes) - Moonlight ©A24 Films

Barry Jenkins ajoute avoir voulu mettre en avant la dimension poétique de Miami, qui se ressent notamment à travers les couleurs de son paysage architectural, ainsi que les regards des personnages  :

L’intrigue est ancrée dans la réalité mais on lui a aussi donné une dimension onirique à bien des égards. Pour nous, ce film s’apparente à une hallucination. On voulait que Moonlight nous plonge au cœur de la ville. Les personnages regardent souvent le spectateur droit dans les yeux, comme pour indiquer qu’il est avec eux à Miami.

Cela passe également par le fait d'insister sur "l'éclat inattendu de ce quartier" qu'il connaît si bien, qui contraste avec "les sujets graves" du drame.

Un film qui a remis Liberty City en avant

Au lendemain de la victoire de Moonlight aux Oscars, Natalie Joy Baldie, directrice artistique du Performing and Visual Arts Center au lycée Miami Northwestern Senior au sein duquel Barry Jenkins a étudié, se réjouit que le film puisse redonner espoir aux habitants de Liberty City. Elle déclare ainsi auprès de l'AFP :

Nous sommes solides, nous sommes intelligents, nous sommes talentueux, nous sommes doués et nous faisons que ce nous devons faire. Nous avons juste besoin que nos enfants voient l'aspect positif de Liberty City. Et de grandes choses naissent à Liberty City, comme vous l'avez vu hier soir.

Moses Shumow, professeur assistant au département de communications à la Florida International University, affirme quant à lui à propos du long-métrage :

Ca n'enjolive pas la réalité, mais ça va au-delà, soulevant des questions sur la sexualité et des questions sur la pauvreté et comment vous vous en échappez et ce que ça veut dire pour vous. Pour moi c'est tellement positif qu'une autre histoire peut émerger. Et c'est ça qui a gagné une reconnaissance mondiale.