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A Beautiful Day : une lutte contre la corruption en Blu-ray

Partez à la rescousse de jeunes filles disparues aux côtés de Joaquin Phoenix (« Her ») dans « A Beautiful Day ». Désormais disponible en Blu-ray et DVD, ce thriller psychologique vous plongera au cœur d’une humanité immorale.

Après We Need to Talk About Kevin en 2011, la cinéaste Lynne Ramsay marque son retour avec l’adaptation des pages de Jonathan Ames : A Beautiful Day. Le long-métrage se fait remarquer lors du festival de Cannes 2017 où il est nommé pour la Palme d’or et remporte les prix du Meilleur Scénario et Meilleur Acteur.

A Beautiful Day : un justicier dans l’ombre

Victime de stress post-traumatique suite à son engagement dans la marine, Joe (Joaquin Phoenix) est un quadragénaire complexe qui peut se montrer aussi glaçant que décalé. Le lien qui l’unit à sa mère (Judith Roberts) est un cocktail de responsabilités mais aussi de puérilité, comme en témoigne notamment son exaspération régulière, auxquels s’ajoute une culpabilité tenaillante. En effet, l’homme se sent responsable de n’avoir été en mesure de la protéger des coups de son père alors qu’il était enfant et lui-même battu. C’est du moins ce que révèlent des flashbacks diablement efficaces éclatés durant ces 85 minutes puisque le sujet n’est jamais discuté de front.

Ce passé douloureux est le moteur de son engagement actuel où il parvient à canaliser sa rage et ses remords afin de se concentrer sur sa mission : sauver des jeunes filles victimes d’un trafic. Certains le qualifieraient de « tueur à gages » ce qui n’est pas au goût de son interprète comme il le dévoile dans les suppléments. Joe n’est plus impuissant, frêle et démuni. Costaud et même bedonnant, à l’allure d’un vagabond, il se lance dans des affrontements mêlant violence et armes en tout genre. La raison pour laquelle il s’en sort toujours triomphant est qu’il ne craint pas la mort. Guidé par des pulsions suicidaires illustrées par des images de suffocation, il ne recule devant rien et préfère trépasser que rester là à ne rien faire alors que la corruption grignote New York de part en part.

Le protagoniste est recruté pour s’infiltrer dans un réseau de prostitution d’où il doit tirer Nina (Ekaterina Samsonov), la fille du sénateur Albert Votto (Alex Manette). Ce dernier est très clair : les ravisseurs doivent souffrir. Les meurtres qui s’en suivent sont montrés avec pudeur en ne s’aventurant jamais dans le gore. En parallèle, l’audience assiste à une exploration hachée du bâtiment à travers les caméras de sécurité en noir et blanc. La tension est assurée alors qu’il faut se préparer au pire à chaque angle puisque la vision est très réduite. Mieux vaut ne pas être claustrophobe.

Le sauvetage est une réussite, mais Lynne Ramsay n’est pas décidée à ménager son public qui retient déjà son souffle lorsqu’un flash info informe que le sénateur a mis fin à ses jours. La demoiselle se tient alors aux côtés de Joe dans la chambre de motel où ils attendaient patiemment celui-ci. Il n’a guère le temps de la réconforter que des officiers de police entrent en force. C’est avec un sadisme en miroir avec son enfance qu’il est contrôlé par l’un d’eux alors que Nina est de nouveau kidnappée sous ses yeux. Parviendra-t-il à lui sauver la mise une seconde fois ?

La distribution offre des prestations mémorables où la tendresse entre la mère et son fils paraît organique. En dépit d’un emploi du temps très serré, Phoenix s’investit corps et âme dans son personnage tourmenté qui semble ne pouvoir connaître de répit puisque sa culpabilité est un fardeau qu’il ne peut délaisser. Les gros-plans sur son visage permettent de saisir l’enchevêtrement de ses sentiments avec justesse et émotion. Cependant, il ne faut pas s’attendre à des longs discours psychologiques et philosophiques sur sa quête à la rédemption. Les échanges sont même rares pour une approche plus contemplative qui pourrait en ennuyer plus d’un.

Les éditions commercialisées

A Beautiful Day suit le scénario d’Escobar également édité par M6 Vidéo. Il n’existe pas d’édition collector, mais un steelbook contenant le Blu-ray. Épuré, il reprend l’affiche du film où l’acteur principal est mis en avant sur un fond rouge vif uni. La jaquette du DVD simple est quant à elle plus complexe mais diffère également de celle proposée pour la galette bleue américaine. En somme, il existe une panoplie intéressante et convaincante de visuels à travers le globe.

De gauche à droite : DVD, Steelbook + Blu-ray, Blu-ray + Copie digitale (USA)

Test Vidéo/Audio

Capturé en numérique via une résolution indéterminée, A Beautiful Day n’atteint jamais un niveau de détails vertigineux qui pourrait le hisser au rang de référence. N’imaginez pas que visionner le DVD reviendrait au même puisque la qualité de l’image est bien supérieure à celle en définition standard. Ce qui l’empêche de briller comme n’importe quelle œuvre de ces dernières années provient avant tout de sa photographie et de ses choix de luminosités.

Parfait reflet de l’état d’esprit du protagoniste, une noirceur pèse sur le long-métrage qui enchaîne les scènes où les ombres sont omniprésentes. Les nuances de bleues sont régulièrement exploitées mais c’est avant tout un jaune/vert relativement acide que le public retient de cette présentation comme représentant une terrible malade s’étant emparée des rues de New York. Au vu des crimes qui y sont relevés et de la corruption sous-jacente, ce style artistique se justifie. Les minutes les plus mémorables sont sans aucun doute celle de la noyade avec un jeu de lumières à couper le souffle. Dépourvues de banding, le Blu-ray offre alors un grand spectacle.

Accessibles par le menu : trois pistes en DTS-HD 2.0 (anglais, français et audiodescription) auxquelles s’ajoutent le doublage national et la version originale en DTS-HD 5.1. Dans cette dernière, les dialogues (souvent murmurés ou bredouillés) sont légèrement en retrait tandis que l’accent est porté sur la musique. Composée par Jonny Greenwood, elle insuffle un rythme et un caractère unique à un film dont le déroulé pourrait être pénible autrement.

Les scènes les plus intenses bénéficient de basses profondes rendant les coups de feu plus vrais que nature et A Beautiful Day est défini par une atmosphère sonore large avec des effets surrounds travaillés. L’éventail de sons mobilisés est très riche grâce au murmure de la ville distant ou lointain, au verre volant en éclats, aux aboiements et à la circulation. Une réussite immersive se diffusant dans de nombreuses directions.

Test Bonus

Bien que les suppléments ne fassent pas foule, les français peuvent s’estimer heureux de se voir délivrer deux interviews inédites tournées en France puisque le disque des États-Unis est vide. Merci M6 Vidéo !

  • Rencontre exclusive avec la réalisatrice Lynne Ramsay à Paris (15:08 min) : la cinéaste revient sur sa collaboration avec l’auteur du roman auquel elle a confié ne pas vouloir se contenter d’un simple copié/collé. Pour mieux se l’approprier, elle souhaitait être en mesure d’improviser en laissant libre cours à son imagination. Il n’est donc guère surprenant que cette dernière aborde les différences avec le matériel original par la suite. Aussi, elle mentionne la personnalité du protagoniste, le choix du casting et sa relation avec Phoenix avec qui les échanges se sont révélés fructueux. Elle révèle aussi qu’en raison d’un planning extrêmement, il lui a fallu commencer à travailler en amont avec le directeur de la photographie (Thomas Townend) et le compositeur Jonny Greenwood issu du groupe Radiohead.
  • Interview de Joaquin Phoenix au festival de Cannes (11:46 min) : première fois qu’il acceptait un rôle sans avoir rencontré le réalisateur, l’acteur détaille sa connexion avec Lynne Ramsay et la manière originale de celle-ci pour s’approprier les personnages. Il s’arrête quelques minutes sur les problèmes psychologiques dont souffre Joe suite à une enfance difficile, ainsi que sur le lien à la fois espiègle et tragique qu’il partage avec sa mère.
  • La Bande-Annonce (1:55 min) : en HD.