Le Crime de l’Orient-Express : un Blu-ray qui fait travailler la matière grise

Agatha Christie est une écrivaine dont les romans policiers ont marqué le XXème siècle. Aujourd’hui encore, sa notoriété est telle que ses œuvres continuent d’inspirer de grands réalisateurs. Pour ceux qui ont loupé leur train lors de sa sortie en salle, « Le Crime de l’Orient-Express » est désormais disponible en Blu-ray chez 20th Century Fox !

Ces quelques pages tirées de la bibliographie impressionnante (près de 100 ouvrages !) d’Agatha Christie n’ont de cesse que d’être adaptées. Publié aux Royaume-Uni le 1er janvier de l’année 1934, il s’agit de l’un de ses plus gros succès. Pour cause, il met en scène un de ses personnages réguliers et désormais culte : le détective moustachu Hercule Poirot. Si le roman a su se faire sa place parmi les plus importants best-sellers toutes périodes confondues, peut-être est-ce car l’auteure y mêle histoire et invention de son cru.

Entre fiction et réalité

Pour en savoir davantage, il faut retourner à l’hiver 1929. En effet, c’est durant cette saison glaciale que l’Orient-Express, train de luxe permettant la liaison notamment entre Paris et Venise, s’est retrouvé en incapacité d’avancer. Pourquoi ? Car il était bloqué par l’abondance de neige se déversant des nuages près de Tcherkesskeuy, en Turquie. Cela vous rappelle quelque chose ? Aussi, Christie a puisé son inspiration dans un terrible fait-divers, survenu plusieurs années plus tard en 1932 aux États-Unis. Un bébé de 20 mois, prénommé Charles Lindbergh Jr., est kidnappé tandis qu’il se trouve au domicile familial dans le New Jersey. Deux mois ont ensuite été nécessaires pour retrouver le corps sans vie, et le coupable fut condamné à la chaise électrique. Cette affaire fit également une victime collatérale en la présence de la gouvernante britannique Violet Sharp. Épuisée par le soupçon dont elle fait l’objet, la femme finit par mettre fin à ses jours. La famille Armstrong présentée dans le livre partage donc bien plus qu’une simple similarité avec cette tragédie.

Le Crime de l’Orient-Express : une enquête sur les chapeaux de roues

Les adaptations anglaises du roman d’Agatha Christie n’ont cessé de pleuvoir depuis plusieurs décennies. Avant la dernière version en date, quatre autres ont été tournées. La plus connue et la plus populaire est sans nul doute celle de Sidney Lumet (Gloria), sortie en salle en 1974. Son casting prestigieux comptait par exemple Sean Connery (Highlander) et Anthony Perkins (Psychose). L’écrivaine en personne assista à la première, ainsi que… la Reine Élisabeth II ! Acclamé, le long métrage est nominé aux Oscars, et l’unique déception de la « maman » du détective est que sa moustache n’est pas assez fournie ! Bien que la nouvelle tentative datant de 2017 mette les bouchées doubles pour rectifier le tir, était-il vraiment nécessaire de réaliser une énième approche ?

Le Crime de l’Orient-Express, sauce Kenneth Branagh (Hamlet, Cendrillon), a permis d’encaisser 351,7 millions de dollars de recettes mondiales, et présente différentes nouveautés. La plus notable est l’introduction dérivée de la plume de Michael Green, connu pour s’être investi sur le scénario du récent Blade Runner 2049. Cette première partie prend place à Istanbul (à Malte en réalité) en 1934, et est utilisée afin de présenter le méticuleux personnage principal à travers ses manies et son professionnalisme. Ses caractéristiques plutôt atypiques sont jetées sans finesse au spectateur, qui n’a alors aucun mal à saisir sa personnalité : extravagant, observateur, perfectionniste à outrance (les œufs du petit-déjeuner ont intérêt à être de la même taille !), et particulièrement fin d’esprit. Cependant, l’interprétation du britannique ne fera pas l’unanimité. Si certains membres de public apprécieront son impétuosité, son dynamisme, d’autres le trouveront sûrement un tantinet trop Sherlock Holmes. Branagh n’en fait-il pas un peu trop ? Cela est subjectif, mais il est facile d’admettre que sa performance peut agacer à la longue. Malgré tout, cette première dizaine de minutes fait admirablement son travail, et semble promettre un film sortant des sentiers battus.

Changement de décors radical alors que le Belge pense s’embarquer dans une poignée de jours de repos. Son voyage à bord de l’Orient-Express prend une tournure toute autre lorsqu’un passager du nom d’Edward Ratchett (Johnny Depp) est retrouvé assassiné dans sa cabine. Hercule Poirot n’a d’autre choix que de se remettre prématurément au travail. Le huis clos prend alors la forme de questions/réponses avec la douzaine de passagers (à se demander pourquoi le trajet n’a pas été annulé). Bien sûr, les acteurs sont tous des têtes d’affiche. Tous s’en sortent aisément dans leur rôle respectif mais, malheureusement, leurs performances ne resteront pas gravées dans les annales du cinéma. La raison principale à cela est que leur présence à l’écran est bien trop limitée. La tension, la paranoïa, et la peur d’être le prochain sur la liste sont gommées. Regrettable d’avoir un casting quatre étoiles aussi sous-exploité. Il faut dire que les projecteurs ne semblent pas décidés à quitter Branagh qui, en plus de prêter ses traits à Poirot, dirige l’œuvre. Un poil égocentrique le faux moustachu ? Probablement que non, mais le doute est permis.

Dans sa tentative de moderniser le classique, le réalisateur n’hésite pas une seconde à changer la nationalité et/ou la couleur de peau de certains personnages. Le racisme est une cause parmi tant d’autres contre lesquelles il est important de lutter. Savoir si le thème de l’intolérance à sa place dans Le Crime de l’Orient-Express est un raisonnement plus complexe, et divisera à nouveau les spectateurs. Les pages du livre étant vierges de tous propos à ce sujet – logique vu la période durant laquelle elles ont été écrites – les plus pointilleux reprocheront cette décision. De plus, les pointer du doigt à cause de leurs origines peut se révéler stigmatisant alors que l’intention initiale est inverse. Délicat.

L’approche psychologique autour de la notion de culpabilité est un des points forts du métrage. Habituellement si manichéen, Hercule Poirot se retrouve dans une situation remettant en cause ses principes et sa perception de la justice. Pour un enquêteur de si grande renommée, être ainsi déstabilisé n’a rien d’habituel et le fait, par conséquent, sortir de sa zone de confort. Au-delà du cérébral, il lui faut écouter son cœur afin de prendre la décision qui lui paraît la plus adaptée. Il prend alors le risque de vivre partagé entre fierté et remords. Pourra-t-il faire la paix avec lui-même ?

Les éditions commercialisées

Pour la sortie physique du Crime de l’Orient-Express le 18 avril dernier, 20th Century Fox a mis les petits plats dans les grands ! Ainsi, un DVD, un Blu-ray, et même un Blu-ray 4K sont disponibles dans les bacs. Une exclusivité FNAC est aussi à noter puisque le marchand a édité un steelbook splendidement illustré. La question est : pourquoi ne pas avoir inclus la galette 4K ? Omission incompréhensible qui freinera les acheteurs sensibles à la dernière technologie.

De gauche à droite : DVD + Digital HD, Blu-ray + Digital HD, Blu-Ray 4K + Blu-ray + Digital HD, Steelbook + Blu-ray + Digital HD

Test Vidéo/Audio

S’il fallait créer un TOP 10 des Blu-ray 4K les plus réussis, Le Crime de l’Orient-Express y figurerait sans hésitation ! Tourné sur pellicule 65mm, le master digital a bénéficié d’un encodage en 4K de toute beauté qui ne peut que servir le support dernière génération. Couplés à la fonction HDR, l’apport en définition et la force visuelle de l’image sont vertigineux. Les nuances des couleurs paraissent infinies et laissent pantois tout cinéphile. Si vous ne possédez pas le lecteur approprié mais que vous appréciez le film, vous pouvez d’ores et déjà vous tourner vers l’avenir en le mettant de côté. Vous ne regretterez pas cette épopée visuelle qui se retrouve uniquement ternie par quelques effets spéciaux manquant d’une touche de réalisme.

Victime des limitations du support, le Blu-ray standard fait aussi bien… à son niveau. Comprenez par là qu’il s’agit d’un disque démo qui ne cesse d’épater en restituant fidèlement les choix artistiques de l’équipe. La palette des couleurs alterne entre diverses ambiances : les tons jaunâtres de Jérusalem, les teintes chaudes et chaleureuses à bord de l’Express, ainsi que des scènes de nuit tirant sur le bleu profond. Rien n’est laissé au hasard et, à la manière de Hercule Poirot, la photographie a été étudiée avec minutie. Les détails des décors somptueux et des costumes abondent, tout comme les gros plans dont les divers grains de peau sont restitués avec finesse. Les paysages extérieurs ne sont pas sans reste mais, une fois de plus, il n’est pas difficile de saisir qu’il s’agit en réalité de fonds verts. La profondeur de champ est forte, et renforce la sensation de profondeur au sein des wagons. Non, il n’y a aucun reproche à faire sur cette copie qui offre du grand spectacle.

Les pistes audio ne manquent pas sur le Blu-ray standard ! Une fois de plus, Fox gâte en proposant la version originale en DTS-HD 7.1, une piste anglaise audiodescriptive en Dolby Digital 5.1 ainsi que la piste ukrainienne, et les doublages français, espagnol, allemand, italien et russe en DTS 5.1. De quoi combler tout le monde. Du moins sur le papier, car l’audio français manque de puissance et de spatialisation. Il est dès lors conseillé de se tourner vers la piste originale pour une immersion complète dans l’adaptation du chef-d’œuvre d’Agatha Christie. Les sons d’ambiance sont clairs et les dialogues sont intelligibles. L’amplitude de la piste est telle que de nombreux effets surgissent de part et d’autre de façon efficace et régulière.

Test Bonus

Les suppléments sont conséquents et abordent des thèmes variés, allant même jusqu’à s’intéresser à la musique du film. Point très positif puisqu’il s’agit d’un aspect souvent négligé par les éditeurs.

  • Agatha Christie : portrait intime (19:03 min) : Mathew Prichard, le petit-fils de l’auteure, revient sur son premier souvenir dans lequel elle figure, et sur la manière dont il a pris conscience de sa célébrité. Les intervenants se succèdent et s’arrêtent sur l’âge d’or de Christie, situé dans les années 1930/1940. Ils prennent ensuite plaisir à analyser son style rédactionnel et la construction de ses romans. Des images et vidéos personnelles sont utilisées dans le but d’illustrer le court-métrage, ainsi que des extraits audio de la femme elle-même.
  • Parlons d’Hercule Poirot (9:54 min) : exploration de la genèse du personnage qui ne devait apparaître que dans La mystérieuse affaire de Styles. Lors de la création du célèbre détective, la romancière a puisé son inspiration d’un réfugié belge et moustachu, juste à la fin de la Première Guerre mondiale. D’autres œuvres ont aussi apporté de la consistance à Poirot.
  • Suspects inhabituels : 1ère partie (5:08 min) : focus sur le truant Edward Ratchett, son majordome Edward Henry Masterman (Derek Jacobi) et son secrétaire Hector MacQueen (Josh Gad).
  • L’art du meurtre (16:23 min) : il s’agit d’un « du roman à l’écran ». Ce bonus incorpore la question de l’obtention des droits, la recherche du bon réalisateur, et la manière dont mettre Poirot en scène. En outre, les interrogés s’attardent sur la construction du train qui est une réplique de la locomotive SNCF de classe A 241. La featurette s’achève par un retour sur le plateau d’Istanbul et les costumes typiques des années 1930, mais alliés à une pointe d’originalité.
  • Suspects inhabituels : 2ème partie (5:56 min) : focus sur la chasseuse de maris intrépide Caroline Hubbard (Michelle Pfeiffer), l’audacieuse Mary Debenham (Daisy Ridley), l’hispanique Pilar Estravados (Penélope Cruz), à l’impérieuse Princesse Dragomiroff (Judi Dench), et à sa femme de chambre Hildegarde Schmidt (Olivia Colman).
  • En voiture : le tournage du Crime de l’Orient-Express (16:35 min) : complémentaire à L’art du meurtre. L’équipe explique les raisons derrière le choix d’un tournage en 65mm, dont la qualité intrinsèque reflète mieux la vision humaine. Tous abordent le passage à Jérusalem, les décors extérieurs projetés par des écrans LED lorsque l’action se déroule dans le train, et la construction du viaduc s’étendant de 200 à 300 mètres de long pour une hauteur de 50 mètres. Les interrogés font également un petit topo sur les scènes de combat, celle du meurtre, ainsi que celle de clôture.
  • Suspects inhabituels : 3ème partie (6:49 min) : pourquoi était-il important d’avoir de la diversité culturelle et ethnique ? Focus sur le conducteur de train Pierre Michel d’Avignon (Marwan Kenzari), Biniamino Marquez (Manuel Garcia-Rulfo), sur le docteur Arbuthnot (Leslie Odom Jr.), le comte Rudolph Andrenyi (Sergei Polunin), la comtesse Elena Andrenyi (Lucy Boynton), Gerhard Hardman (Willem Dafoe), et enfin monsieur Bouc (Tom Bateman).
  • La musique du crime (7:31 min) : ponctué d’images prises lors des séances d’enregistrements au AIR Studios Lyndhurst, ce supplément offre une interview avec le compositeur Patrick Doyle (Harry Potter et la coupe de feu).
  • Scènes inédites (16:40 min) : le visionnage peut se faire avec ou sans le commentaire audio de Kenneth Branagh et de Michael Green. Les scènes sont au nombre de treize. Parmi elles : une ouverture alternative, et des versions longues ou alternatives.
  • Commentaire audio de Kenneth Branagh et de Michael Green : le réalisateur/acteur ainsi que le scénariste partagent une foule d’anecdotes et de renseignements durant la durée totale du film. Il s’agit d’un must indispensable à chaque film (mais pourtant relativement rare), et il est donc très agréable que Fox en propose un. L’audio est encodé au format Dolby Digital 2.0.
  • Bandes annonces : la bande-annonce cinéma A (2:03 min) et la bande-annonce cinéma C (1:32 min) sont proposées.
  • Galerie (39 secondes) : en avancée automatique ou manuelle, ce bonus offre 36 clichés pris lors du tournage.

 

 

 

 

 

 

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