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5 est le numéro parfait : l’autre pépite mafieuse de l’année ?

CRITIQUE / AVIS SÉRIE – Au cinéma le 23 octobre, « 5 est le numéro parfait » raconte l’histoire d’un mafieux qui, sur le point de prendre sa retraite, replonge dans la violence pour mener à terme sa vengeance. Ce film est adapté d’une BD, et réalisé par son auteur Igort, écrivain, bédéaste et maintenant cinéaste de grand talent. Une véritable surprise en forme de thriller, entre plaisir de fiction et métaphore sur la condition humaine.

5 est le numéro parfait est un drôle de film. Un film surprenant, réalisé par Igort, écrivain et bédéaste,  de son vrai nom Igor Tuveri, qui adapte ici sa propre oeuvre, un roman graphique de 2002 qui a eu un très grand succès. Sollicité par plusieurs sociétés de production, notamment asiatiques, pour adapter au cinéma son oeuvre, c’est plus de quinze ans après la publication qu’Igort réalise lui-même son film. Et c’est une franche réussite. Alors que sort très prochainement The Irishman de Martin Scorsese, le film d’Igort se place à une extrémité du spectre du film de mafieux. Il peut évoquer à plusieurs moments, dans le cinéma, le film Sin City, pour son histoire proche du noir et de la poésie de Frank Miller. Mais comme nous sommes en Italie dans les années 70, et que le film est une production italo-franco-belge, les différences sont majeures, les références autres, et l’identité de 5 est le numéro parfait assez unique.

Un film de mafia unique en son genre

Peppino Lo Cicero, homme de main de la mafia napolitaine, souhaite prendre sa retraite, après des années d’un service exemplaire. Il a transmis son savoir-faire à son fils, fier de le voir devenir un tueur fiable et digne. Lorsque celui-ci est assassiné, il se met en chasse pour retrouver les responsables, déchaînant le chaos. 5  est le numéro parfait est un thriller, avec ses rebondissements, et il se développe avec entrain dans une ville presque rêvée où le drame est mélancolique, joliment absurde et poétique.  

Ecran splitté, intertitres, illustrations graphiques, le film rend hommage à la bande dessinée dont il est l’adaptation. Il y a quelques passages où le cadre devient presque des cases de BD, et c’est très bien équilibré, avec une mise en scène par ailleurs très cinématographique. Le film est découpé en cinq chapitres, et ce n’est pas par hasard. Le film est une métaphore poétique de la vie, de la destinée, et « 5 est le numéro parfait » est une forme de proverbe qui est à un moment explicité dans le film. On a une seule chose dans la vie : un visage, deux bras et deux jambes, d’où la perfection du chiffre 5.

L’intention artistique prend ainsi très souvent le dessus, particulièrement dans une magistrale séquence de fusillade, où les deux hommes abattent plusieurs dizaines d’ennemis, sans une seule égratignure et sans recharger une seule fois, dans une construction labyrinthique d’escaliers, éclairée par les coups de feu. On sent dans la mise en scène que des influences asiatiques sont présentes, telles que l’action façon Johnnie To par exemple (The Mission, Vengeance). Celui-ci fut d’ailleurs un temps attaché à l’adaptation en tant que réalisateur, renonçant finalement pour faire Vengeance.

Côté casting, on notera que, si son rôle est classique et le film très masculin, Valeria Gollino est parfaite en Rita, compagne amoureuse de Peppino, apportant de l’émotion et de la profondeur à l’examen de conscience de celui-ci. Pour les autres personnages secondaires, peut-être ceux-ci manquent-ils d’un peu plus d’épaisseur. Un bémol d’autant plus visible que l’acteur principal rayonne.

Une magnifique performance de Toni Servillo

Toni Servillo voudrait se faire moins charismatique, il ne pourrait pas. Que ce soit dans des rôles majeurs, historiques, décalés, peu importe, l’aura du comédien est unique et toute-puissante. Il fait partie de cette catégorie d’acteurs rares qui peuvent tout incarner et garder leur propre signature, et qui sont, dans l’expression anglo-saxonne, des « actor’s actors », c’est-à-dire des modèles dont les autres acteurs peuvent objectivement s’inspirer. Gérard Depardieu, Daniel Day-Lewis, Joaquin Phoenix ou Robert De Niro, voici le club auquel appartient Toni Servillo.

L’acteur attire la lumière même dans la plus profonde obscurité, coiffé d’un chapeau, avec une improbable prothèse de nez. Il est à l’écran une silhouette littéralement incroyable, et sa filmographie le prouve à chacune de ses entrées. Son incarnation de ce mafieux d’abord convaincu du bien-fondé de ses actions, à la fois sage et enragé, puis démontant enfin cette illusion, est parfaitement réussie.

Parce qu’il semble ponctuer chacun de ses plans d’un sourire complice, le film joue subtilement avec sa dimension épique, nourrie par une musique western et des chorégraphies élégantes de gunfights. Parce qu’il est fondamentalement immoral – il s’agit d’une histoire de vengeance que n’aurait pas reniée Tarantino, et parce que le film est dans une suspension de tout (le temps, le cinéma, la vraisemblance, etc.), 5 est le numéro parfait refuse de se définir et de se ranger dans un genre. Il est un ensemble de contradictions assumé et équilibré. Et sa grande poésie en fait un film unique, inimitable et auto-suffisant, ce qui n’est jamais acquis quand on décide de se placer dans le champ de la métaphore.

 

5 est le numéro parfait, d’Igort. Au cinéma le 23 octobre. La bande-annonce ci-dessus. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

5 est le numéro parfait est un drôle de film. Un film surprenant, réalisé par Igort, écrivain et bédéaste,  de son vrai nom Igor Tuveri, qui adapte ici sa propre oeuvre, un roman graphique de 2002 qui a eu un très grand succès. Sollicité par plusieurs sociétés de production, notamment asiatiques, pour adapter au cinéma son oeuvre, c'est plus de quinze ans après la publication qu'Igort réalise lui-même son film. Et c'est une franche réussite. Alors que sort très prochainement The Irishman de Martin Scorsese, le film d'Igort se place à une extrémité du spectre du film de mafieux. Il…

Conclusion

Note de la rédaction

"5 est le numéro parfait" est une très belle surprise, partant d'une histoire mafieuse basique pour s'envoler en traits de violence et de poésie, avec un Toni Servillo au sommet de son art. L'auteur Igort, sans préavis ni fioritures, livre là un excellent thriller, totalement unique, et à voir absolument.

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