MENU
Accueil > Critiques > Critiques Cinéma/VOD > Atlantique : les fantômes de la mer de Mati Diop

Atlantique : les fantômes de la mer de Mati Diop

CRITIQUE / AVIS FILM – Dans « Atlantique », Mati Diop filme le Dakar d’aujourd’hui et sa jeunesse envieuse de prendre la mer pour trouver une terre d’accueil. Un premier essai prometteur, parsemé d’un fantastique dépressif, qui laisse entr’apercevoir le talent d’une peut-être future grande.

Il y avait une évidente raison d’attendre Atlantique au 72ème Festival de Cannes. Sa réalisatrice, Mati Diop, devenait pour l’occasion la première femme de couleur à présenter son travail dans la si prestigieuse Compétition Officielle. Un moment historique, oui, mais se dire qu’il a fallu attendre 2019 pour que ce soit le cas soulève tout de même quelques questions légitimes. Ceci appartenant au contexte, il ne faut pas non plus que cette victoire parasite la qualité intrinsèque de cet Atlantique.

Se déroulant à Dakar de nos jours, le film présente un groupe de travailleurs engagé pour construire une grande tour aux accents futuristes. Du moins, en théorie, car le patron refuse de les payer depuis trois mois. Les hommes ne veulent pas continuer ainsi et s’élancent ensemble sur une pirogue pour traverser la mer, avec l’espoir de trouver une vie meilleure dans un autre pays. Ils ne s’en sortiront pas vivants. L’un d’entre eux est Souleiman, un garçon qu’Ada aime beaucoup. Mais elle ne peut vivre pleinement son amour, étant promise à un autre. Le soir de son mariage, un étrange incendie vient perturber les festivités. Premier événement d’une série qui va pousser Ada à croire que Souleiman est peut-être de retour au bercail.

C’est pas l’homme qui prend la mer, c’est la mer qui prend l’homme

Mati Diop a des intentions. Des bonnes intentions. Parler de ces âmes oubliées, que la mer emporte sans pitié. Atlantique est un film de son époque, qui résonne avec l’actualité. Contrairement aux Misérables de Ladj Ly, aussi présenté au Festival de Cannes cette année, la réalisatrice ne fait pas le pari de la colère. Et pourtant, on sent à quel point son film en est empli. De la peine, aussi, transpire de quasiment chaque seconde qui s’écoule, comme une vague qui s’abat en continue sur un peuple prisonnier de sa propre condition. La mer, omniprésente, n’est pas un horizon d’espoir. C’est une barrière, un monstre d’eau, qui avale les enfants de Dakar. La beauté du film est de ne pas embarquer sur le bateau des travailleurs mais de rester à quai avec ceux, et surtout celles, qui voient les autres partir. L’idée, comme les intention de Mati Diop en général, sont à saluer. L’exécution l’est moins.

La faute à un premier acte qui s’étire en longueur sans amplifier les bienfaits de sa solaire ambiance envoûtante. Trop lancinant, sans avoir un coffre assez solide afin de faire évoluer son scénario, le film confond lenteur et absence d’éléments à raconter. Un défaut qui aurait pu devenir une qualité si Mati Diop avait un peu plus de bagage pour maîtriser la gestion de son scénario maigrelet. Car la forme y est. Quand la portée mystique de ce récit devient tangible, et que le fantastique s’immisce assez étonnamment, la réalisatrice l’assume avec une sensibilité folle. En puisant dans le folklore musulman pour y dénicher la figure du djinn, elle donne une voix à ceux qui se sont perdus en mer. Le propos, si louable et sincère, nous fait regretter qu’il ait fallu autant patauger avant d’en arriver à ce stade. C’est là que Mati Diop a enfin la matière adéquate pour y aposer sa mise en scène jusqu’alors éclatante que trop ponctuellement.

Le fantastique se creuse dans l’élégante lumière lunaire. Mati Diop n’a pas l’intention de nous faire peur mais davantage de nous émouvoir en filmant, avec une distance relativement juste, le spleen résigné de ces fantômes nocturnes. Quelque chose d’extrêmement beau émane d’une poignée de plans, où le fantastique se conjugue avec une intense mélancolie. Comme son héroïne, dans les dernières secondes, on attend de Mati Diop qu’elle se libère dans son expression cinématographique. Pour un premier essai, le résultat est trop tendre mais néanmoins pas dénué d’une beauté qui pourrait faire des ravages dans les années à venir.

Atlantique de Mati Diop, présenté au Festival de Cannes, en salle prochainement.

Il y avait une évidente raison d'attendre Atlantique au 72ème Festival de Cannes. Sa réalisatrice, Mati Diop, devenait pour l'occasion la première femme de couleur à présenter son travail dans la si prestigieuse Compétition Officielle. Un moment historique, oui, mais se dire qu'il a fallu attendre 2019 pour que ce soit le cas soulève tout de même quelques questions légitimes. Ceci appartenant au contexte, il ne faut pas non plus que cette victoire parasite la qualité intrinsèque de cet Atlantique. Se déroulant à Dakar de nos jours, le film présente un groupe de travailleurs engagé pour construire une grande tour…

Conclusion

Note de la rédaction

Mati Diop ne fait pas encore le cinéma à la hauteur de ses ambitions. Atlantique est une tentative prometteuse.

Note spectateur : Sois le premier !
Voir aussi
Trois jours et une vie : un polar noir et poignant signé Nicolas Boukhrief

AVIS / CRITIQUE FILM - Adaptation du roman de Pierre Lemaitre, qui officie ici en tant que scénariste, « Trois jours et une vie » est un polar dans la lignée de ceux de Georges Simenon. En prenant le point de vue d’un enfant puis d’un homme ayant commis l’irréparable, ce film porté par des comédiens remarquables évoque aussi bien la perte d’innocence brutale qu’une vie rongée par la culpabilité.

Exprimez vous !
Copyright © 2019 cineserie.com. Tous droits réservés. Un site E-borealis