La Ch’tite famille : un pari audacieux, une réussite indéniable

La Ch’tite famille : un pari audacieux, une réussite indéniable

Après le succès de "Bienvenue chez les Ch’tis", Dany Boon sort le deuxième volet de sa comédie du nord. Cette fois-ci, il réussit à se renouveler en explorant d’autres espaces humoristiques. Une belle surprise.

Dany Boon avait connu le succès avec Bienvenue chez les Ch’tis, cette fois-ci avec La Ch’tite famille, il serait aisé de penser qu’il surferait sur la vague pour exploiter le filon. Il n’en est rien et Dany Boon amène du comique très rafraîchissant dans ce nouveau film.

Il n’est pas surprenant de s’imaginer que la suite d’un triomphe populaire revienne avec une seconde version et donne peu ou prou la même chose. Cela ne s’applique pas à La Ch’tite famille. Force est de reconnaître que Dany Boon offre beaucoup plus à son public, il fait preuve d’une vraie générosité d’auteur.

En effet, ce nouveau film n’est pas vraiment la suite de Bienvenue chez les Ch’tis, dans le sens où il ne reprend pas l’histoire. Dany Boon est parti sur autre chose. Désormais, il caricature aussi bien les Ch’tis que les Parisiens, avec une délicieuse dérision des milieux huppés.

Dans La Ch’tite famille, Valentin B. est un architecte de renom apprécié dans les cercles fermés parisiens. Avec sa compagne, Constance Brandt (Laurence Arné), ils forment un couple très tendance à Paris. Leurs créations, très conceptuelles, plaisent beaucoup à la sphère cossue de la capitale. Lorsque ses derniers présentent leurs ultimes conceptions au prestigieux salon de Tokyo, tel n’est pas leur surprise au moment où ils voient débarquer la famille de Valentin. Cette arrivée est d’autant plus problématique que Valentin a toujours prétendu être orphelin.
Les choses se compliquent encore davantage lorsque Valentin a un accident de voiture et qu’il se retrouve replongé dans son adolescence, en parfait Ch’ti prépubère. Voilà que Constance s’avère obligée de se coltiner le pouilleux et sa famille.

Une dérision des milieux huppés parisiens qui fait plaisir

Il est toujours très vendeur de rigoler des divers contrées du royaume de France, mais il est moins fréquent de se moquer de la population de la ville des lumières. Dany Boon renouvelle parfaitement son film en tournant en dérision le côté parisien. Le film surprend par cette nouveauté, le réalisateur évoque autant les Ch’tis que la haute classe parisienne. Le contraste de la rencontre de ses deux mondes amène beaucoup de situations drôles. D’autant plus que Dany Boon tire partie à merveille de son rôle, tout d’abord en Valentin B, icône dans ces milieux très parisiens, qu’il parodie à la perfection, et ensuite en Ch’ti bien du nord, avec autant de dérision. Dany Boon a cette qualité des grands comiques de savoir se moquer de lui-même. C'est bien illustré par les créations de l’architecte : leur esthétique, en opposition avec leur utilité, dénote. L’auteur rigole, et fait rigoler, de cette superficialité.

Un renouvellement dans le genre comique

La Ch’tite famille n’est pas seulement un film qui tourne en dérision les différences culturelles et sociales des milieux et des régions françaises. C’est également un œuvre qui remet au goût du jour des genres humoristiques plus sophistiqués et un peu oubliés. Ainsi, dans son film, Dany Boon met en lumière l’humour à la Jacques Tati. En effet, les décors et les éléments qui les composent constituent un vrai ressort comique. En interaction avec ceux-là, les personnages vont soit se retrouver dans des situations ridicules, soit absurdes. Cet humour est en parfaite adéquation avec le thème du film et s’avère parfaitement réussi. Ces décors et les accessoires qui les façonnent appuient la dérision des discours, conviant un côté burlesque au film. En effet, ils permettent de nombreux gags à différents niveaux.
Dany Boon réussit cette belle trouvaille de mélanger les genres à l’écran entre les Parisiens et les Ch’tis, mais aussi dans le comique en mêlant un humour grossier avec des plaisanteries plus sophistiquées. Le résultat est une vraie surprise et une véritable réjouissance.

Pierre Richard, tous sauf anodin

À la vue de l’affiche, votre humble serviteur s’est rapidement dit, très bien, il faut un père grincheux, Pierre Richard ira parfaitement. Et bien, à la vision du film, cette affirmation s’avère totalement réductrice et fausse. La présence de Pierre Richard dans ce film est bien plus que cela, elle est aussi pleinement rafraîchissante. Quel plaisir de le recroiser dans un registre élevé et de voir l’étendue de son talent !
En effet, un véritable auteur comique sait qui est Pierre Richard. Cet acteur, c’est Un grand blond avec une chaussure noire, La chèvre, Les compères. Pierre Richard fait aussi partie du patrimoine comique français. Et qui mieux que lui pour faire vivre un humour à la Tati. Pour cela, il faut être un grand acteur, et ce n’est que du bonheur de voir Pierre Richard se dépêtrer avec son milieu. Respect à Dany Boon pour ce choix.
Enfin, le film gratifie le public d’un hommage d’une célébrité partie depuis peu, aussi inattendu que surprenant, mais au combien réussi ! Les fans de rock apprécieront.

Au final un pari réussi

Faire une suite d’un succès populaire est toujours risqué. Le public peut s’attendre à lui voir présenter plus ou moins le même film avec quelques variantes. Et l’auteur peut tomber dans la facilité. Ce n’est pas le cas de La Ch’tite famille, c’est une autre proposition, une œuvre plus diversifiée et qui remet au goût du jour des formes d’humour plus sophistiqué.
Cette fois-ci, le film parodie une nouvelle région et pas forcément celle attendue, Paris. Mais Dany Boon le fait aussi bien que pour les gens du nord. La critique demeure pleine de tendresse et de bienveillance. Certes, certains calembours tombent un peu à plat, mais ils sont très vite oubliés par la réussite du reste. Pour toutes les bonnes choses du film, il mérite d’être vu et apprécié.

 

La Ch'tite famille de Dany Boon, en salle le 28 février 2018. Ci-dessus la bande annonce.

 

 

 

 

 

 

 

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