Dark Figure of Crime : ou l’importance de l’intégrité

Dark Figure of Crime : ou l’importance de l’intégrité

CRITIQUE FILM – Dans « Dark Figure of Crime », Kim Yun-seok interprète un inspecteur enquêtant sur les crimes passés d’un assassin déjà condamné. Derrière ce pur film d’enquête au suspense fort, se joue alors un jeu de manipulation passionnant permettant de pointer l’importance de l’intégrité au sein d’un système judiciaire défaillant.

Second long-métrage de Kim Tae-gyun, Dark Figure of Crime rentre dans l’une des meilleures catégories du cinéma coréen de ces dernières années. Celui du film policier, privilégiant l’enquête, avec pour toile de fond une histoire vraie. Ici, le film est basé sur un épisode de l'émission de télévision Unanswered, racontant une affaire de meurtres à Pusan, dont la majorité des corps n’a jamais été retrouvée. Un film malheureusement entaché d’une controverse : les familles des victimes portant plainte puisque les faits et les meurtres de leurs proches étaient présentés avec exactitude sans leur consentement préalable.

Alors qu’il interroge un homme sur un corps qu’il aurait enterré, l’inspecteur Kim Hyung-min voit ce dernier être soudainement arrêté par une autre section qui enquêtait sur lui depuis des semaines. L’homme est alors accusé du meurtre de sa petite amie et aussitôt condamné à vingt ans de prison. Dès cette première scène, qui met en scène une arrestation brutale, on comprend que l’inspecteur Hyung-min devra travailler seul, presque à contre-courant de ses collègues. En effet, trois mois après, le détenu Tae-ho recontacte Hyung-min en lui annonçant que le total de ses victimes s’élève à sept, et qu’il ne livrera l’emplacement des corps qu’à lui, s’il accepte de lui rendre visite.

Un film d’enquête qui met l’accent sur la morale

Contre l’avis de tous, le voilà en train d’enquêter à nouveau sur les différentes victimes de Tae-ho. Sauf qu’en découvrant certaines vérités, il ne se doute pas que celles-ci deviennent bénéfiques à Tae-ho. Ainsi, en trouvant des sous-vêtements de la compagne de Tae-ho, bien que ceux-ci confirment sa culpabilité, ils viennent également mettre à jour les preuves fabriquées par la police pour l’inculper. Se joue alors une question morale pour l’inspecteur. Doit-il poursuivre pour que les victimes (des personnes disparues, dont les enquêtes n’ont pas donné suite) soient enfin reconnues, en prenant le risque qu’il s’agisse uniquement d’une manipulation de Tae-ho pour révéler des irrégularités de l’enquête pour obtenir une réduction de peine ?

Dark Figure of Crime : ou l’importance de l’intégrité (critique)

Évidemment, l’inspecteur incarne là le héros noble pour qui seule la vérité compte. Un homme intègre, à la moralité intacte. Ou presque, puisqu'il acceptera de faire des dons d'argent à Tae-ho en échange de ses aveux. Mais si lui n'y verra pas de mal, le film sera là pour le rappeler à l'ordre, puisqu'en dépit de sa bonne volonté, cela se retournera contre lui au tribunal et les aveux ne seront plus utilisable. Difficile de ne pas penser alors au personnage qu’interprétait Kim Yun-seok dans The Chaser, aux antipodes de celui de Dark Figure of Crime. Dedans, il était un ancien flic véreux reconverti en proxénète. Mais au fil des événements, alors que la police mettait la main sur un tueur en série et n’hésitait pas à user de la violence, provoquant ainsi des complications dans le procès, il était celui qui allait retrouver ses valeurs.

Le rapprochement des deux personnages est intéressant, car tous deux sont représentatifs de l’importance de la morale dans le cinéma coréen, et particulièrement dans les films policiers, qui n’hésitent pas, par ce biais, à critiquer l’intégrité de la police coréenne. Memories of Murder en est le parfait exemple. Sans aller dans un style poisseux comme le film de Bong Joon-ho, Dark Figure of Crime, tout aussi réaliste, reste réussit, disposant d’une mise en scène propre et intelligente, focalisée sur l’opposition de l’inspecteur et du coupable, évidemment grand manipulateur. Ce dernier faisant croire en une mémoire défectueuse quand il le souhaite, et se montrant particulièrement précis sur d’autres détails qui l’arrangeront. On assiste alors à un véritable casse-tête pour Hyung-min, obligé de trouver les preuves adéquates. Les aveux de Tae-ho, même devant caméra, n’étant malheureusement pas suffisants. Pur film d’enquête maîtrisé, au suspense fort, Dark Figure of Crime est alors aussi intéressant en tant que thriller, que révélateur des subtilités du système judiciaire à ne jamais négliger.

 

Dark Figure of Crime de Kim Tae-gyun, présenté lors du 13e festival du film coréen à Paris du 30 octobre au 6 novembre 2018. Ci-dessus la bande-annonce.

 

 

 

 

 

 

 

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