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Dernier amour : Casanova dans de beaux draps

CRITIQUE FILM- « Dernier amour » aborde un épisode de la vie amoureuse de Casanova, qui fut un râteau monumental, source d’une grande souffrance. Et c’est Vincent Lindon qui prête ses traits à Casanova !

On ne vous cache pas qu’il faut un certain temps pour s’habituer à l’apparition à l’écran de Vincent Lindon en Casanova. Il surprend en costume, perruque, ruban et talons hauts, bagues aux mains avec la démarche chaloupée qu’on lui connaît. Et puis, petit à petit, le personnage parvient à prendre le dessus sur l’acteur. D’autant que ce n’est pas le Casanova hâbleur et au panache certain que le réalisateur Benoit Jacquot a choisi de montrer à l’écran. D’autres réalisateurs, comme Federico Fellini ou Luigi Comencini s’y sont déjà frottés avec la réussite que l’on sait. Au contraire, c’est un homme à terre, atteint d’un sentiment qu’il n’avait jamais connu jusqu’alors : la passion. Pire, la passion non partagée. C’est une toute petite partie de la vie de Casanova, racontée dans son livre de mémoires « Histoire de ma vie » et c’est l’écrivain Chantal Thomas, en bonne connaisseuse du 18 ème siècle qui a collaboré au scénario avec le réalisateur et Jérôme Beaujour. Elle avait déjà participé à l’adaptation de ses romans Les Adieux à la Reine, avec Benoit Jacquot, et L’échange des princesses avec Marc Dugain.

Dernier amour donne donc à voir Casanova à deux époques de sa vie et offre ainsi la possibilité au spectateur de vivre cet épisode cuisant dont il ne semble s’être jamais remis, même trente ans plus tard. En 1793, en Bohème, Casanova au seuil de sa vie échange avec la jeune nièce de l’homme qui lui a confié la tâche de bibliothécaire. Elle semble fascinée par ses conquêtes. Il en profite pour évoquer sa passion inassouvie avec Marianne de Charpillon (Stacy Martin) en Angleterre. Flaschback. Casanova vient d’arriver à Londres après avoir passé quelque temps en prison à Venise. Il découvre l’Angleterre, sa langue, ses mœurs et ses coutumes qu’il trouve étranges. Fidèle à lui-même, entouré de quelques amis anglais qui lui servent parfois de rabatteurs, il ne se refuse aucune conquête féminine.

Il croise son amie La Cornelys (Valeria Golino), avec laquelle il a vécu de tendres moments à Venise. Très attachés l’un à l’autre, ils se ressemblent et se comprennent. Le réalisateur dépeint très bien cette femme et provoque une grande empathie envers elle, car il la montre aussi sensible que forte. C’est le double de Casanova, son alter ego, roublarde, séductrice. Comme lui, elle se lance dans des entreprises vouées à l’échec, croule sous les dettes et prend la poudre d’escampette dès que les ennuis arrivent.

Blessure d’amour propre prémisse à la blessure d’amour

L’un des plus beaux moments de Dernier Amour est sans conteste la scène du bal, symbole de la ressemblance entre ces deux êtres et leur différence assumée avec autrui. Ainsi, quand les autres danseurs sont habillés de couleur vive, eux sont vêtus de noir et dansent en décalage avec eux, leurs mouvements ne suivent jamais les leurs. Conscients de ne pas appartenir à leur monde, ils assument pleinement et joyeusement cet état de fait. On regrette même que cette amitié amoureuse n’ait pas été plus évoquée dans le film, tant le matériau paraissait riche.

Casanova croise donc la fameuse Marianne à plusieurs reprises, dans des situations qui laissent à penser qu’elle monnaye ses plaisirs et dont la réputation est d’être une sacrée voleuse. La donzelle se veut mystérieuse, aguicheuse, insaisissable. Elle lui tourne autour, lui promet la lune, se joue clairement de lui, le mène par le bout du nez. Ils concluent un pacte de pseudo-fiançailles et de cour assidue. Deux femmes de son entourage, sa mère et sa tante, essayent même de lui soutirer de l’argent avec une ennuyeuse histoire de vente d’un élixir de vie.

Le souci avec Dernier Amour est double. D’abord, le film procure finalement très peu d’émotions, comme si les scénaristes s’étaient sentis dans l’obligation de conserver une mise à distance digne de cette époque pudique du 18 ème siècle de ne pas les montrer. Pourtant, dans Les Adieux à la Reine comme L’échange des princesses, que d’émotions traversaient aussi bien les visages des personnages que les dialogues ! De même, Emmanuel Mouret avec l’aide de Denis Diderot, il est vrai, parvenait dans Mademoiselle de Jonquières à rendre les dialogues de la cour du Marquis des Arcis pour séduire Madame de la Pommeraie aussi émouvants que jubilatoires. La résistance de la Pommeraie, femme du même âge que son prétendant, était certes plus intellectualisée que celle de la Charpillon, femme de petite vertu et apparaissant peu pourvue d’esprit.

Le second souci avec Dernier Amour est que, mis à part La Cornelys, aucun des personnages ni aucune de leurs actions, ne sont présentés comme aimables, et donc susceptibles de provoquer de l’empathie chez le spectateur. Même si, à la toute fin, Benoit Jacquot donne à voir l’homme sans armure et à fleur de peau. La transformation de cet homme de plaisirs et de l’instant présent en un homme souffrant du mal d’orgueil du mâle concupiscent à qui aucune femme ne résiste, est plutôt réussie.

Le réalisateur parvient à mettre en évidence et de façon très subtile les ressentiments de Casanova envers cette jeune femme. À la hauteur de ce refus, son incompréhension et sa frustration se muent en une colère qu’il semble n’avoir jamais connue jusqu’alors. Surpris par ce changement d’humeur, quasiment suicidaire, l’homme qu’il devient n’est pas l’homme qu’il souhaite être et cette dissonance est, enfin, émouvante. Malgré un sens du détail forçant le respect, aussi bien dans les costumes que dans les décors, Dernier Amour ne convainc donc pas totalement. Mais en abordant le désir, la manipulation amoureuse et la frustration, le film donne néanmoins envie de se replonger dans la vie de cet homme et pourquoi pas, de lire ou relire ses mémoires.

Dernier amour de Benoit Jacquot, en salle le 20 mars 2019 –  Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

On ne vous cache pas qu’il faut un certain temps pour s’habituer à l’apparition à l’écran de Vincent Lindon en Casanova. Il surprend en costume, perruque, ruban et talons hauts, bagues aux mains avec la démarche chaloupée qu’on lui connaît. Et puis, petit à petit, le personnage parvient à prendre le dessus sur l’acteur. D’autant que ce n’est pas le Casanova hâbleur et au panache certain que le réalisateur Benoit Jacquot a choisi de montrer à l’écran. D’autres réalisateurs, comme Federico Fellini ou Luigi Comencini s’y sont déjà frottés avec la réussite que l’on sait. Au contraire, c’est un homme à…

Conclusion

Note de la Rédaction

Dans "Dernier amour", Vincent Lindon offre une facette intéressante de Casanova mais peine à convaincre en amoureux éconduit.

Note spectateur : Sois le premier !
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