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Judy : tragiques éclats de voix et de lumière

Judy : tragiques éclats de voix et de lumière

CRITIQUE / AVIS FILM - Au cinéma depuis le 26 février, "Judy" est l'occasion pour Renée Zellweger de livrer une performance unique. Réalisé par Rupert Goold, dont on reconnaît dans le film l'expertise du théâtre, le film est un biopic musical très réussi, mêlant les ombres et la lumière de la légende Judy Garland.

Judy est dans les salles françaises depuis le 26 février, deux semaines après avoir reçu l'Oscar de la meilleure actrice pour la performance de Renée Zellweger dans le rôle de Judy Garland. Judy est un biopic développé dans un format classique, avec la particularité de ne porter que sur les derniers mois de sa vie. On pourrait penser que c'est une facilité, c'est bien au contraire un challenge puisqu'il faut synthétiser dans ces instants tous les éléments de la légende du cinéma et du music-hall qu'était Judy Garland. Présenté au Festival de Toronto 2019, il nous avait déjà conquis.

Raconter Judy Garland, c'est raconter l'Âge d'or d'Hollywood et sa fin. Judy Garland a été une des premières enfants-stars, révélée avec Le Magicien d'Oz en 1939. Elle entretient, rétrospectivement, beaucoup de similitudes avec la trajectoire de certaines personnalités comme, par exemple, Britney Spears, deux enfants chéries de l'Amérique auxquelles il n'a pas été permis de grandir et de se construire normalement.

Judy commence ainsi, en s'ouvrant sur le plateau du Magicien d'Oz, où le producteur Louis B. Mayer (Richard Cordery) fait preuve d'un paternalisme menaçant envers la jeune Judy Garland. Elle ne doit pas dévier de sa destinée de vedette, et on apprend vite qu'elle est soumise à un régime alimentaire très strict couplé à la prise de médicaments. Le film montre brutalement mais rapidement cette enfance, pour mieux en venir à ses terribles conséquences : à 47 ans, Judy Garland est au bout de sa carrière et de sa vie, lancée dans une ultime série de concerts à Londres pour subvenir à ses besoins et ceux de ses enfants. Elle meurt le 22 juin 1969, des suites d'une ingestion excessive de barbituriques.

Judy, Hollywood côté sombre

Star de cinéma mais aussi, si ce n'est plus, de music-hall, Judy Garland était une des plus grandes célébrités du 20ème siècle. Et on ne parvient pas à cette place sans se sacrifier corps et âme à ses producteurs et son public. Judy aime son public, et elle aime aussi ses enfants, mais elle n'a pas les moyens de s'occuper d'eux. Toujours prise entre deux engagements, accro à différentes pilules et à la boisson, elle veut tant bien que mal faire son métier, "simplement". La réalisation de Rupert Goold est classique, sobre, mais elle cadre une richesse de décors, d'ambiances et de dialogues qui sert la complexité de la trajectoire de Judy Garland. Ce qu'on voit d'Hollywood, c'est la destruction conséquente à la pression appliquée sur les "monstres" que cette industrie enfante. Et lorsqu'on voit Judy tout faire pour être présente auprès de ses enfants, on comprend qu'elle souhaite "réparer" l'enfant qu'elle a été et qui n'a pas été protégée.

Judy

Le problème est que Judy Garland, par amour de son métier et de son public, accepte sincèrement ce chemin de croix. Pour incarner cette fin de vie tragique, Renée Zellweger est tout simplement exceptionnelle. Elle est accompagnée d'acteurs et d'actrices de talent qui forment un entourage pas exempt d'ambiguïté dans son attachement à la star. On retiendra notamment Jessie Buckley en assistante solidaire, ainsi que Rufus Sewell et Finn Wittrock dans le rôle de ses maris successifs.

Lumineuse Renée Zellweger

Renée Zellweger chante, danse, rit et pleure. Elle est émouvante quand elle essaye de protéger ses enfants, elle l'est encore quand on la voit dominée par ses maris successifs, qui n'essayent pas vraiment de la sortir des impasses où elle se perd. À bout de forces dans une tournée londonienne dont elle ne voit pas la fin, elle trouve encore l'énergie de chanter avec grâce les titres qui l'ont rendue célèbre, dont le mythique Over The Rainbow. L'actrice est méconnaissable, les traits tirés et le corps fatigué, la voie éreintée. D'une certaine manière, ce rôle de Judy Garland est un peu celui de l'actrice elle-même, propulsée star planétaire avec les films Bridget Jones et ayant ensuite connu des années plus difficiles.

Le sacrifice de Judy Garland à des arts qui l'ont oubliée, c'est aussi le sacerdoce de beaucoup d'artistes. C'est ainsi dans les séquences où elle est seule, parcourant des couloirs étroits, et occupant des espaces exigus qui l'enferment, que l'actrice révèle le mieux l'immense solitude de Judy Garland. Renée Zellweger, logiquement récompensée de l'Oscar 2020 de la meilleure actrice, livre sans doute ici sa plus grande performance.

Judy est une adaptation de la comédie musicale End of the Rainbow, et le film est donc un biopic musical exemplaire du genre. Les séquences de chant et de danse, de répétitions et de spectacle, sont ainsi parfaitement mises en scène. L'équilibre de la narration est soigné, entre ses moments de show et ses moments plus intimistes, et on ne s'ennuie pas. Si le film parle naturellement au public anglo-saxon, il réussit aussi à intéresser un public plus large et plus jeune, peut-être moins au fait de l'importance culturelle de Judy Garland.

Judy, au cinéma le 26 février 2020. La bande-annonce ci-dessus. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.