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L’Adieu : une comédie dramatique sur les bienfaits du mensonge

CRITIQUE / AVIS FILM – Dans « L’Adieu », Lulu Wang questionne le choc des cultures entre l’Amérique et la Chine, tout en délivrant un drame poignant sur la perte d’un être cher. La réalisatrice offre un rôle en or à Awkwafina, qui vient de lui permettre de décrocher un Golden Globe historique.

La différence entre un « au revoir » et un « adieu » se niche dans la gravité de la séparation. La première formule implique un après, une autre occasion de se revoir pour se quitter sur les mêmes mots, encore. En attendant la prochaine. Chose qui n’est pas possible avec la seconde, plus définitive. Plus cruelle, aussi.

Dans L’Adieu, Billi, adulescente d’origines chinoises, n’aura pas l’occasion de faire en bonne et due forme ses adieux à sa grand-mère, toujours au pays, atteinte d’un cancer qui devrait l’emporter prochainement. Toute la famille se met alors d’accord pour mentir à la vieille femme afin qu’elle ne sache pas ce qui l’attend. Le prétexte pour des retrouvailles est le mariage du cousin de Billi avec une Japonaise qu’il ne fréquente que depuis trois mois. La jeune femme va retourner avec ses proches en Chine et sera confrontée au choc des cultures dans cette épreuve difficile à traverser.

Un scénario inspiré d’un vrai mensonge

En s’inspirant de sa propre expérience, la réalisatrice Lulu Wang met en images la rencontre entre deux mondes. Les sino-américains connaissent leurs origines mais ont largement vu leur mode de vie et de penser être influencé par leur nouvelle terre d’accueil. Quand les Chinois, eux, restent ancrés dans leurs habitudes, leurs croyances. C’est pour cela que Billi, décrite de plus comme très sensible de base, a du mal à accepter ce mensonge incroyable que va soutenir sa famille dans son entièreté.

Cette fracture entre deux mondes, qui sont pourtant unis dans une seule épreuve, s’incarne à l’écran par de multiples doubles discours. Lulu Wang n’hésite pas à jongler entre les langues à l’intérieur d’une même scène, pour créer des décalages. L’anglais devient une niche pour extérioriser le malaise intérieur des personnages, certains que leurs proches ne pourront pas comprendre les mots qu’ils mettent sur leurs maux. Comme dans cette très belle scène de préparatifs, où Billi, par terre, se livre à un échange poignant avec sa mère, sous les yeux interloqués des personnages autour.

Lulu Wang serait décevante si elle ne passait que par la parole pour segmenter ses personnages. Elle agit aussi – et c’est là où ça en devient intéressant – par la mise en scène. Nombreux sont les jeux sur l’arrière-plan, pour mettre en parallèle, dans un seul espace filmique commun, le décalage prégnant. Il y a cette scène de piano, dans le salon, où la gravité qui se dégage de la composition est un moyen d’exprimer ce qui ne peut être dit aux yeux de tous. Wang cherche souvent à donner de la profondeur à ses plans, ce qui lui permet de jouer avec un certain ton humoristique, à la frontière de l’absurde. Quand Billi partage un beau moment avec sa Nai Nai, le décor du shooting photo des mariés tombe à l’arrière. Et ces deux couches vivent ensemble, sans véritablement se rencontrer ni prendre le pas l’une sur l’autre pour détruire l’équilibre.

Des larmes et des rires

La réalisatrice maîtrise vraiment avec un bon dosage son émotion et l’humour. L’Adieu n’est ainsi jamais plombant. Au contraire, le film a une belle douceur, qui ne lui en retire en rien toute sa gravité. Chose permise par l’absence catégorique de jugement de Wang. Même si, comme son personnage principal, elle ne cautionne pas les us et coutumes chinoises, elle ne les condamne pas. Parce que le mensonge est universel, sous toutes formes, il est implanté dans les relations humaines. Il convient juste à chacun de savoir l’employer et de vivre avec. La première scène le met en évidence, avec Billi et sa grand-mère, à des kilomètres, qui se mentent l’une à l’autre par téléphone. Billi, d’ailleurs, n’est pas exempt de tout reproche avec ses propres parents, à qui elle vend une bourse qui n’arrivera pas.

Lulu Wang se questionne sur le bienfait du mensonge et trouve en Awkwafina un double parfait. Parce que les deux femmes ont traversé les mêmes choses dans leur vie, notamment ce déracinement qui a engendré une adaptation culturelle. Cette belle performance lui a valu de décrocher un Golden Globe dans la catégorie Meilleure actrice dans un film musical ou une comédie. Le premier pour une femme asiatique dans l’histoire de cette cérémonie. Sur scène, elle notifia à son père qu’elle avait enfin trouvé un travail, comme pour relier son histoire avec celle du film et, qui sait, peut-être mettre fin aux mensonges qu’elle entretenait dans sa propre sphère privée.

 

L’Adieu de Lulu Wang, en salles le 8 janvier 2020. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

La différence entre un "au revoir" et un "adieu" se niche dans la gravité de la séparation. La première formule implique un après, une autre occasion de se revoir pour se quitter sur les mêmes mots, encore. En attendant la prochaine. Chose qui n'est pas possible avec la seconde, plus définitive. Plus cruelle, aussi. Dans L'Adieu, Billi, adulescente d'origines chinoises, n'aura pas l'occasion de faire en bonne et due forme ses adieux à sa grand-mère, toujours au pays, atteinte d'un cancer qui devrait l'emporter prochainement. Toute la famille se met alors d'accord pour mentir à la vieille femme afin qu'elle…

Conclusion

Note de la rédaction

Lulu Wang délivre un superbe film sur la famille, sans jamais nous plomber grâce à un habile mélange d'humour et d'émotion.

Note spectateur : Sois le premier !
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