L’intervention : un film de genre assumé et efficace

L’intervention : un film de genre assumé et efficace

CRITIQUE FILM – Djibouti, 1976 : un car scolaire se fait prendre en otage par des indépendantistes, et se retrouve bloqué dans un no man’s land à la frontière de la Somalie. L’occasion pour une unité spéciale, bientôt nommée GIGN, de montrer ce qu’elle sait faire et d’éviter le bain de sang…

L'intervention met en images cette prise d’otages de Loyada, et promet, une peu abusivement, de nous raconter "la naissance du GIGN". Cet événement a bel et bien eu lieu, mais le réalisateur franco-canadien Fred Grivois, qui signe ici son second film, ne cherche pas à coller aux faits tels qu’ils se sont déroulés. Si un carton de fin met en lumière les revendications des victimes, le long-métrage n’a pas tant une visée documentaire qu’une envie de livrer un pur film de genre, à la lisière du thriller et du western.

Duel au soleil

Dans son décor même, l’action semble hors du temps : Djibouti est encore une colonie, alors que la plupart des pays africains ont accédé à l’indépendance quinze ans auparavant. Un pays sous tutelle donc, avec ses nombreux légionnaires veillant à l'ordre, et qui eux aussi dépareillent avec leur époque. C’est dans cette atmosphère que débarquent de la métropole cinq véritables cow-boys, affublés de nuques longues et arborant fièrement des lunettes d’aviateurs. Guidés par Alban Lenoir, ces cinq héros sont caractérisés en peu de temps et sont chacun associés à un archétype. Aidés par un représentant de la CIA (nous sommes, rappelons-le, en pleine Guerre Froide), ces tireurs d'élite vont essayer de résoudre la situation sans dommage collatéral, en évitant si possible de déclencher une guerre avec la Somalie ...

La frontière n'est plus mexicaine, mais somalienne ; les héros sont une bande d'hétéroclites as de la gâchette, devant lutter dans le désert, et bien sûr la cavalerie arrivera en retard. Si le film n'est pas parfait, il a ainsi le mérite de rappeler, et de prouver, que la période coloniale est propice au western. Le classique Cent mille dollars au soleil en est l'exemple parfait, mais au final assez peu de longs-métrages se sont risqués à faire un western assumé en pleine Afrique coloniale. L'intervention, à ce niveau, est totalement décomplexé et se finit en charge héroïque grandiloquente. Un assaut final tellement over the top qu'il semble mettre de côté "l'histoire vraie".

Bang bang, he shot me down

Un déluge d'action dans lequel les balles fusent de tous les côtés, où les personnages prennent des poses iconiques et enchaînent les headshots de manière peu réaliste, mais plutôt plaisante. L'intervention n'est cependant pas un simple film bourrin, au contraire. Le cœur du film reste la mise en joue des terroristes, avec des enfants en dangers. C'est donc une ambiance tendue dans laquelle le spectateur est plongé, et il faut avouer que c'est réussi. L'immersion dans l'époque est, elle aussi, une qualité du long-métrage de Grivois. Esthétiquement, on est en plein dans les années 1970 : au-delà des nuques longues, la photo granuleuse nous le rappelle à chaque instant, tout comme quelques split-screen dispersés ça et là ...

Cependant, un des problèmes du film est qu'à force de vouloir rendre les personnages trop archétypaux, on ne s'y attache pas. Dans le fameux bus qui cristallise l'attention, si Olga Kurylenko est assez convaincante en institutrice prise entre deux feux, les méchants, eux, ne semblent être là que pour être tués. Leurs revendications sont évoquées à la va-vite, alors qu'en soit il s'agit du cœur du problème : le maintien de la colonie. Dommage, car une amorce de développement du leader anti-colonial fait espérer une caractérisation plus poussée, mais qui n'arrivera pas. Des personnages secondaires sont aussi assez peu convaincants, qu'il s'agisse d'un antipathique supérieur militaire ou d'un étrange caméo de Josiane Balasko. Pour autant, on finit par les oublier pour être plongé dans ce qui, au final, est un film d'action classique, mais aux ressorts efficaces.

 

L'intervention de Fred Grivois, en salle le 30 janvier 2019. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

 

 

 

 

 

 

 

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