Malignant : le grand retour de James Wan à l'horreur ?

Malignant : le grand retour de James Wan à l'horreur ?

CRITIQUE / AVIS FILM - Entre deux volets de "Aquaman", James Wan revient à son genre de prédilection avec "Malignant". Un film d’horreur avec lequel le réalisateur de "Saw" et "Conjuring : Les dossiers Warren" exploite tout son potentiel ?

Malignant : reprise des fondamentaux

L’ouverture de Malignant se déroule dans un imposant institut de recherche isolé, au cours d’une nuit de 1993. Pendant qu’elle témoigne de l’évolution d’un patient, une chirurgienne est appelée en urgence car ce dernier est en train d’opérer un véritable massacre. Les corps volent, les os se brisent et la mise en scène suggère un individu difforme doté d’une force surhumaine.

Cette introduction donne le ton. James Wan est de retour à l’horreur et prévient d’emblée que le boogeyman de son nouveau long-métrage ne compte pas faire dans le raffinement. Après un générique où il est question de dissection, le film présente Madison, son héroïne incarnée par Annabelle Wallis. A peine arrivée chez elle, une grande demeure obscure et empreinte de tristesse, la jeune femme est battue par son mari, qui lui écrase violemment le crâne contre un mur.

Malignant
Malignant © Warner Bros. Pictures

Une fois la nuit tombée, elle est réveillée par un tumulte alors qu’elle s’est enfermée dans sa chambre. Madison retrouve le corps broyé de son époux et est prise en chasse dans les couloirs de sa maison par une ombre capable de contrôler l’électricité, qui n’est autre que l’abomination supposée de la première séquence.

Malignant prend alors la forme d’un home invasion classique, mais particulièrement efficace. Dans un cadre qui rappelle l’habitat des parapsychologues de Conjuring : Les dossiers Warren, le réalisateur navigue en terrain conquis. En deux scènes de terreur à domicile, il parvient à instaurer un climat de tension, réutilisant des mouvements d’Insidious et rendant le moindre recoin de la maison inquiétant. Mais si les effets fonctionnent, le sentiment d’assister à une proposition inédite de la part du cinéaste est totalement absent.

La part des ténèbres

C’est lorsque le récit s’éloigne de la propriété de Madison que Malignant devient le plus intéressant. Rapidement, l’héroïne découvre qu’elle possède un lien psychique avec son oppresseur et se retrouve à assister mentalement à ses exécutions. Progressivement, la forme se révèle et le "cancer" évoqué par la chirurgienne dans l’ouverture est désormais un corps désarticulé mais puissant, qui s’en donne à cœur joie dès qu’il s’agit de se venger des soignants qui avaient tenté de l’exciser.

Le film se transforme en enquête autour de cette connexion et s’avère là encore efficace. Malgré la présence d’un policier interprété mollement par George Young et le début d’une romance aussi futile qu’inaboutie entre ce dernier et Sydney, la sœur de Madison jouée par Maddie Hasson, plusieurs scènes retiennent l’attention.

C’est le cas d’une course-poursuite dans le Seattle Underground où les décors permettent à James Wan de rester dans l’esthétique gothique et brumeuse exploitée depuis Dead Silence. Peu à peu, le réalisateur se lâche, notamment lorsqu’il filme les cabrioles de son boogeyman contorsionniste.

Malignant
Madison Mitchell (Annabelle Wallis) - Malignant © Warner Bros. Pictures

Alors que le début du long-métrage promettait l’apparition d’un "monstre" à l’image de celui du génial Phenomena de Dario Argento, il joue finalement davantage sur la notion de double maléfique, à l’instar de L’Esprit de Caïn ou La Part des ténèbres.

Une conclusion jubilatoire

Une idée accentuée par un ultime rebondissement après lequel James Wan ne se fixe plus aucune limite. Le cinéaste envoie un premier twist pour jouer sur la proximité entre Madison et le tueur déchaîné, avant de les lier définitivement au cours d’une séquence jubilatoire dans un commissariat.

Un dernier acte où, comme dans l'énervé Death Sentence, le réalisateur assume toute l’outrance que lui offre son scénario. Il ne s’embête plus avec la moindre logique et dévoile un spectacle qui n’est pas avare en effusions de viande. Il s’efforce de construire une évolution cohérente pour Madison mais la débarrasse de toute consistance émotionnelle, privilégiant une surenchère réjouissante.

Sous ses airs de film d’épouvante classique avec lequel James Wan rend un sage hommage au giallo, se cache un plaisir débridé, foutraque mais profondément généreux. Après le bordélique Aquaman, Malignant confirme que l’horreur va mieux au cinéaste, y compris lorsqu’il est en roue libre.

Malignant de James Wan, en salle le 1er septembre 2021. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

 

 

 

 

 

 

 

Voir aussi

Les Amours d’Anaïs : chronique du désir d'une jeune femme formidable

Les Amours d’Anaïs : chronique du désir d'une jeune femme formidable

CRITIQUE / AVIS FILM - On a vu "Les Amours d'Anaïs" de Charline Bourgeois-Tacquet, une jolie variation sur le thème du triangle amoureux avec une très belle performance d'Anaïs Demoustier. Un premier film qui témoigne d'une harmonie artistique précieuse entre les deux femmes, et qui en appelle d'autres.