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Revenir : et rester, peut-être

Revenir : et rester, peut-être

CRITIQUE / AVIS FILM - "Revenir", avec Niels Schneider et Adèle Exarchopoulos, est le premier long-métrage lumineux de Jessica Palud, qui aborde subtilement le deuil, la famille et l'amour.

Revenir est l’exemple même de la réussite du passage d’un court-métrage remarqué à un long-métrage remarquable, tant il est vrai que les réalisateurs sont attendus au tournant quand il s’agit de transformer l’essai plein de promesses. On pense évidemment à Ladj Ly avec Les Misérables, issu d'un court-métrage. Jessica Palud, quant à elle, s’est lancée dans une histoire bien différente.

En 2017, elle proposait avec Marlon une œuvre d’une grande sensibilité, dans laquelle il était question de non-dits et d'une relation mère-fille compliquée dans des circonstances un peu particulières. Rien d’étonnant donc à ce que la réalisatrice se soit emparée du livre de Serge Joncour, L’amour sans le faire, dont elle s’est librement inspirée. Co-écrit avec Philippe Lioret (par ailleurs producteur) et DiastèmeRevenir a remporté le Prix du Scénario de la section Orizzonti au Festival de Venise.

Revenir fait partie de ces films qui restent longtemps en tête et qui, tel le souvenir d’un parfum enivrant, impriment définitivement une atmosphère, une sensualité torride où se mêlent sueur et tristesse, remords et avenir, interdit et poids de la solitude. Revenir attise de suite la curiosité du spectateur, qui veut savoir pour quelles raisons Thomas est parti et surtout pour quelles raisons il n’était jamais revenu après plusieurs années d’absence.

Les pièces du puzzle se mettront en place au fur et à mesure dans ce film brillant, qui conjugue le verbe revenir à tous les temps, objet de toutes les discussions concernant Thomas. Le jeune homme (Niels Schneider), qui habite au Canada, revient dans la ferme familiale. Sa mère (Hélène Vincent), en train de mourir à l’hôpital, l’a appelé pour le voir une dernière fois. Il descend du taxi sous la torpeur estivale mais le cœur n’y est pas et il s’avance à regret, presque à reculons, à son corps défendant.

Revenir pour faire la paix avec son passé

Mais il lui faudra revenir le lendemain car son père (Patrick D'Assumçao) prétexte la fatigue de sa mère. D’emblée, on comprend la rancœur qui anime ces deux-là, l’absence d’échanges entre ces deux taiseux orgueilleux, le ressentiment au bord des lèvres, la colère prête à se manifester, les efforts pour s’empêcher de bondir l'un sur l'autre. Puis la mère demande encore s’il va revenir le lendemain, car elle espère une réconciliation entre les deux hommes.

Et puis, pour Thomas, il s’agit aussi de revenir pour découvrir ce qui est arrivé à l’absent, le quatrième de cette famille décomposée, pourtant encore si présent. Celui qui est mort, soi-disant d’un accident de chasse. Il faut bien que Thomas comble les vides, les questions sans réponses et les années sans nouvelles. Il faut bien qu’il comprenne pourquoi la ferme reprise par Mathieu, le petit frère, est désormais sans animaux, conséquence vraisemblable du gouffre de l’endettement. Car l’air de rien, Revenir se veut aussi, tout comme le sont Au nom de la terre ou Petit Paysan, une véritable ode aux fermiers et à leur courage face à l’adversité rencontrée.

Thomas a vécu la perte de son frère de loin et s'y confronte pour la première fois physiquement et brutalement. Il rencontre aussi les deux êtres qui comptaient pour Mathieu et dont il ne connaissait même pas l'existence : sa femme Mona (Adèle Exarchopoulos) et leur petit garçon Axel (Roman Coustère Hachez). Revenir est aussi un film sur la difficulté à faire son deuil et à réintégrer une famille qui a traversé des épreuves non partagées. Mais Revenir, c’est surtout un film sur la façon dont on trouve sa place dans le monde et qui interroge subtilement sur ce qui fonde une famille et les liens. En effet, si Thomas a du mal à être reconnu comme fils et n’a pas su être un frère présent, peut-il devenir un oncle attentionné ? Comment peut-il ne pas s’attacher à ce petit bonhomme agité et plein de vie qui le questionne sur son père et lui demande s’il va revenir vivre au Canada ? Comment peut-il ne pas être nostalgique quand une mimique ou une attitude d’Axel lui font penser à Mathieu, à leur enfance, à leurs rêves ?

Et surtout, Thomas a-t-il envie de n’être qu’un beau-frère ? Même s’il partage sa douleur, comment peut-il rester insensible à l’énergie presque animale que dégage Mona, jeune mère débordée et un peu brute de décoffrage, qui a trouvé refuge dans cette famille ? Revenir se révèle donc une pépite qui doit beaucoup à la caméra intimiste de la réalisatrice et au jeu organique des acteurs, à leurs regards brûlants et à leurs corps bouillonnants, et qui embarque le spectateur dans une aventure romanesque, aussi bouleversante que sensuelle.

 

Revenir de Jessica Palud, en salle le 29 janvier 2020. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

 

 

 

 

 

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