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Sauver ou périr : préparez vos mouchoirs !

CRITIQUE FILM – Second film de Frédéric Tellier, quatre ans après « L’Affaire SK1 », « Sauver ou périr » est un film bouleversant qui embarque le spectateur aux côtés d’un héros du quotidien, dont la vie bascule brutalement et l’amène à faire peau neuve.

Sauver ou périr est le second film de Frédéric Tellier, quatre ans après L’Affaire SK1, dont on garde encore en mémoire la glaçante traque de Guy Georges. Ici, pas de référence à un fait divers sordide, mais une forme d’hommage à ces héros du quotidien qui ont inspiré le réalisateur. Franck (Pierre Niney) n’est pas un homme tout à fait ordinaire puisqu’il a dédié sa vie à sa mission de sauver des gens ou de périr. Sapeur-Pompier à Paris, on le suit sur le terrain auprès d’accidentés de la route, de suicidés dans le métro ou chez une personne âgée qui a fait un arrêt cardiaque. Il correspond tout à fait à l’image que tout un chacun peut avoir de cette corporation : à mi-chemin entre professionnalisme et empathie.

Des films dans des casernes de pompiers, on en a déjà vu et cette première partie n’a finalement pas d’autre intérêt que de permettre au spectateur de comprendre la force des traits de caractère de Franck et la façon dont il fonctionne dans un tel contexte. On est de suite passionné par la psychologie complexe dont le réalisateur et son co-scénariste David Oelhoffen ont revêtu leur personnage. Car Franck n’est pas un pompier comme les autres. Très exigeant envers lui-même et ses collègues, il est aussi ambitieux et la barre n’est jamais assez haute pour lui. Entraînements, discipline, astreintes, il ne rechigne devant aucun sacrifice pour devenir sous-officier et aller enfin au feu. Le réalisateur ne le rend d’ailleurs pas très sympathique, notamment envers son collègue et ami Martin (Vincent Rottiers), handicapé dans son travail par des soucis de santé.

Sauver ou périr : préparez vos mouchoirs !

Mais pour contrebalancer cette vie autocentrée d’abnégation, Franck peut compter sur sa famille admirative et la vie douce que lui offre sa jeune épouse Cécile (Anaïs Demoustier). Ils sont amoureux et la naissance de leurs jumelles pousse Franck à réfléchir sur la juste distance émotionnelle qu’il doit désormais mettre entre son travail éprouvant et sa vie familiale. Frédéric Tellier interrogeait déjà très bien les risques possibles de cet effet miroir dans L’Affaire SK1 : où doit-on placer le curseur de son cœur face aux horreurs auxquelles on assiste pour pouvoir continuer à faire correctement son travail et ne pas être trop personnellement impacté ?

Quand la vie bascule de la lumière à l’ombre

Mais cet homme au puissant mental va pourtant basculer lors de sa première mission de chef de garde incendie. S’est-il cru invincible au point de braver les dangers pour sauver ses collègues ? A-t-il commis l’erreur du débutant ? A-t-il mal évalué les risques ? On ne le saura pas vraiment car ce n’est pas le sujet. Mais il ne faut jamais perdre de vue que le feu gagne souvent sur les hommes, aussi forts soient-ils. Et Franck va payer cher son baptême du feu.

On retrouve Franck à l’hôpital, après plusieurs semaines de coma. Le réalisateur donne alors à voir un homme brisé, qui n’est plus que l’ombre de lui-même. Au centre de toutes les attentions, il est devenu dépendant des autres qui exercent, comme lui, un métier au service de l’humain : le docteur Almeida (Sami Bouajila) et l’infirmière Nathalie (Chloé Stéfani). Franck est brutalement passé d’un camp à l’autre.

Sauver ou périr : préparez vos mouchoirs !
Frédéric Tellier montre brillamment la double déchéance physique et psychique de Franck, et la seconde est probablement la plus insupportable. Lui, pour qui chaque seconde comptait dans son travail, se retrouve à prendre son mal en patience et à égrener les longues journées sur son lit d’hôpital, à attendre les multiples opérations et les greffes. L’empathie du spectateur est alors totale, parce qu’il ne peut voir le film sans se poser lui-même cette question, avec ce qu’il sait de la personnalité du jeune homme : comment ferais-je si j’étais à sa place ? Comment restaurer ma propre estime après une telle épreuve ? Car il s’agit bien de cela : restaurer, reconstruire, réapprendre les gestes simples de la vie, recommencer… Tout en sachant que rien ne sera jamais plus comme avant. Mais surtout, la question que pose le film est fondamentale : cela en vaut-il la peine ? Le réalisateur offrira une réponse simple et romantique à souhait.

Tout du long de ce combat pour le retour à la vie de Franck, on reste suspendu à l’émotion brute. On passe, comme lui, par toutes les étapes de la reconstruction, qui ne peut poser son socle que sur le deuil de l’ancien Franck. Déni, abattement, colère, dégoût de cette nouvelle image qu’il renvoie, tristesse, solitude, acceptation. Franck oscille entre le désespoir d’avoir perdu ses repères et tout ce qui constituait son être, et celui de perdre sa famille. La prise de conscience d’un impossible retour en arrière est violente pour Franck, tout comme elle l’est pour Cécile. Car ceux qui restent, ceux qui doivent continuer à vivre en dehors de l’hôpital, ont aussi le droit de s’interroger. On sait bien que lors de tels événements dramatiques, le couple est le premier rempart à céder.

L’amour qui périt ou l’amour qui sauve ?

Ce qui est intéressant dans Sauver ou périr, c’est qu’on n’est pas chez les bisounours où l’amour serait le seul pansement évident de l’âme meurtrie du grand blessé. Le réalisateur n’élude pas le fait que l’amour puisse être en danger, et risque, lui aussi, de périr. Il montre de façon tout à fait lucide le point de vue de Cécile, son cheminement de pensée, ses propres doutes, ses réactions. C’est en effet le moment de se rappeler la fatidique affirmation à laquelle les jeunes mariés répondent traditionnellement, pour le meilleur et pour le pire. Mais après tout, puisque le pire est arrivé, doit-on réellement tout accepter, et pourquoi n’aurait-on pas le droit de renier cette promesse ?

Sauver ou périr : préparez vos mouchoirs !

Car le Franck que Cécile a aimé n’est plus et ce qui faisait sa quintessence a disparu dans les flammes. Et si son regard est le même, son visage et son corps portent pour toujours les stigmates de l’accident. Sauver ou périr bouleverse ainsi par sa capacité à interroger l’essence même du sentiment de l’amour. D’autant que le réalisateur a su habilement éviter le pathos, maintenant en équilibre l’émotion du spectateur, et offrant même de réels moments de grâce.

Enfin, le casting de Sauver ou périr est impressionnant de justesse et de sobriété. Si Pierre Niney et Anaïs Demoustier n’ont plus à faire leurs preuves, on a un vrai coup de cœur pour la lumineuse Chloé Stefani, parfaite en infirmière du service des grands brûlés. Quant à Vincent Rottiers, qu’on apprécie dans des rôles plus intenses, on regrettera qu’il apparaisse étonnamment apathique et inaudible. Tout en rendant un vibrant hommage à l’humanité et au travail des pompiers ou aides-soignants, Sauver ou périr embarque le spectateur dans une poignante et subtile traversée d’émotions et d’interrogations, qui bousculent autant qu’elles donnent du baume au cœur.

 

Sauver ou périr de Frédéric Tellier, en salle le 28 novembre 2018. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

Sauver ou périr est le second film de Frédéric Tellier, quatre ans après L’Affaire SK1, dont on garde encore en mémoire la glaçante traque de Guy Georges. Ici, pas de référence à un fait divers sordide, mais une forme d’hommage à ces héros du quotidien qui ont inspiré le réalisateur. Franck (Pierre Niney) n’est pas un homme tout à fait ordinaire puisqu’il a dédié sa vie à sa mission de sauver des gens ou de périr. Sapeur-Pompier à Paris, on le suit sur le terrain auprès d’accidentés de la route, de suicidés dans le métro ou chez une personne âgée…

Conclusion

Note de la rédaction

Bouleversante reconstruction d'un homme blessé dans son travail et son orgueil, et sauvé par l'amour.

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