Scream : un retour encroûté et paresseux pour Ghostface

Scream : un retour encroûté et paresseux pour Ghostface

CRITIQUE / AVIS FILM - Onze ans après le quatrième volet de la saga, Ghostface est de retour dans "Scream". Comme dans le précédent opus, le tueur s’attaque à une bande de jeunes aidés par Sidney, Gale et Dewey. Les règles du jeu de massacre ont changé, assure ouvertement le film. Une promesse sur laquelle les spectateurs ne devraient pas compter…

Scream : vers un retour aux sources

Les fans de Scream connaissent la chanson par cœur. Une maison de la petite ville de Woodsboro, une adolescente seule chez elle et une soirée perturbée par un coup de fil avec un étrange individu. La conversation démarre normalement, dévie vers les films d’horreur et la panique s’installe lorsque la voix au bout du combiné révèle qu'elle s'apprête à égorger la victime désignée. Cinquième opus d’une franchise qui se suffisait en tant que trilogie – avant que Wes Craven ne revienne tordre les codes du slasher pour son ultime long-métrage – Scream reprend l’ouverture iconique du premier volet.

Mais comme le souligne la victime Tara, seul personnage à susciter un tant soit peu d’attachement et incarné par Jenna Ortega (qui était déjà le seul intérêt de The Babysitter : Killer Queen), les années 90 sont loin. La mode est désormais à l’elevated horror, ces films d’horreur doté d’un sous-texte complexe, auquel Scream n’appartiendrait pas. Cette introduction promet donc le retour à une brutalité sans nom, à des meurtres qui tâchent et à une auto-analyse offrant une complicité avec les spectateurs ainsi qu'une délicieuse ironie.

Scream
Tara (Jenna Ortega) - Scream © Paramount Pictures

La séquence montre également que les réalisateurs Matt Bettinelli-Olpin et Tyler Gillett (Wedding Nightmare) comprennent et apprécient les codes de la saga. Les jeux permanents sur les innombrables portes, la gestion de l’espace qui élargit les couloirs d’une maison nettement plus petite vue de l’extérieur pour amplifier l’angoisse de la poursuite intérieure entre le tueur et sa victime, la douleur des coups de couteau… Tout y est et ce cinquième volet commence plutôt bien, ou en tout cas de manière classique si l'on met de côté le fait que l'héroïne survit. Très vite, tout s’effondre.

Un scénario surexplicatif

Les justifications sont nombreuses dans Scream. Avant l’indispensable carton "Pour Wes" qui convoque évidemment l’émotion des fans et essaie de faire oublier les deux interminables heures qui viennent de s’écouler, elles atteignent leur point culminant au cours d’une discussion. Tous les suspects ainsi que les potentielles victimes sont alors réunis dans un salon et échangent sur le fonctionnement de la franchise, mais aussi sur l’intérêt de la poursuivre avec un "requel", association entre "reboot" et "sequel".

En bon petit malin, le scénario écrit par James Vanderbilt et Guy Busick (et non Kevin Williamson) tacle la panne d’inspiration hollywoodienne, le besoin de faire revenir des héros emblématiques et de briser des mythes. L’habituel cinéphile de la bande loue sans nommer directement le film les risques pris par Rian Johnson dans Star Wars, épisode VIII : Les Derniers Jedi.

Scream
Scream © Paramount Pictures

Des risques que Scream ne prend à aucun moment, hormis peut-être lors d’un meurtre central où seule la bêtise d’un personnage qui manque considérablement de consistance saute aux yeux du spectateur, ce qui annihile totalement l’aspect symbolique de l’acte. Le reste du temps, le long-métrage se contente de répéter des situations bien connues en les étirant à l’excès. Les répétitions ont toujours été au cœur de la saga. Elles assumaient cependant leur penchant ouvertement comique et parvenaient à déjouer les attentes des spectateurs lors des exécutions. Ici, ce sont davantage les absences du tueur qui surprennent plutôt que ses apparitions, pour la plupart ratées et ne suscitant que trop rarement l’effroi.

La paresse au service d’un cynisme crasseux

Scream passe donc plus de temps à essayer d’expliquer sa véritable raison d’être au lieu de prouver qu’il en a une. Dans le troisième acte, un personnage assure par exemple que cette fois, le récit a de véritables enjeux et que la révélation des tueurs est enfin surprenante.

Scream
Sidney Prescott (Neve Campbell) - Scream © Paramount Pictures

Des enjeux et des surprises que le spectateur continue de chercher une fois le final on ne peut plus consensuel passé. Hormis le développement, qui passe là encore par des dialogues surexplicatifs, d’une relation entre deux sœurs interprétées par Jenny Ortega et Melissa Barrera, le film ne raconte absolument rien. Inutile d’attendre quoi que ce soit de Sidney (Neve Campbell), Gale (Courteney Cox) et Dewey (David Arquette), pauvres accessoires débarrassés de toute substance.

Quelques minutes plus tard, ce même personnage se lance dans un laïus qui ridiculise les fans trop attachés à la franchise. De quoi se moquer d’une partie de l’auditoire en se cachant derrière une ironie jamais maîtrisée, qui elle ne dissimule absolument pas le cynisme de l’entreprise. Scream se contente de mal parodier ce qu’il représente plutôt que de s’attaquer à son époque, qui lui offrait pourtant de la matière. En dehors de la fermeture centralisée d’une demeure lors de la scène d’introduction, le long-métrage ne joue pas des nouvelles technologies ou des problématiques sociétales, préférant se réfugier derrière une subversion de façade. Et des litres de sang ne suffisent en aucun cas à combler le manque flagrant de méchanceté de cet ersatz de ses prédécesseurs, qui le surpassent sans la moindre difficulté.

Scream de Matt Bettinelli-Olpin et Tyler Gillett, en salle le 12 janvier 2022. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

 

 

 

 

 

 

 

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