Sonic 2 : une suite opportuniste

Pas au niveau du premier

Sonic 2 : une suite opportuniste

CRITIQUE / AVIS FILM - Après un premier opus sorti en 2020, la Paramount a produit « Sonic 2 », toujours mis en scène par Jeff Fowler. Un deuxième épisode beaucoup moins convaincant que le premier film.

Sonic : un personnage iconique

Pour les lecteurs vraiment étrangers du monde des jeux vidéo, Sonic est un petit hérisson bleu capable de courir à une vitesse folle. Créé par Naoto Oshima, Yuji Naka et Hirokazu Yasuhara, il devient au début des années 1990 la mascotte de la console Sega. Le but est de concurrencer Mario, la grande vedette de Nintendo, et plus largement du marché des jeux vidéo de l'époque.

Si les premiers jeux Sonic reçoivent un accueil très chaleureux, le personnage rencontre des difficultés pour tenir sur la longueur par rapport à son collègue en salopette. Le voilà donc obligé de faire des crossovers malvenus comme dans Mario et Sonic aux Jeux olympiques.

Sonic (Ben Schwartz) - Sonic 2, le film
Sonic (Ben Schwartz) - Sonic 2, le film ©Paramount Pictures

Pourtant, à l'heure actuelle, le petit hérisson gagne du terrain sur son ennemi de toujours. Il ajoute en effet quelques cordes à son arc en ayant sa propre adaptation cinématographique. Mario a eu son film en 1993, mais Super Mario Bros est à laisser dissimulé au fond d'un tiroir. En 2020, la Paramount produit de son côté la première adaptation cinématographique de Sonic. Réalisé par Jeff Fowler et porté par Jim Carrey et James Marsden, le long-métrage rencontre un succès notable au box-office avec plus de 319 millions de dollars de recettes (pour un budget de 85 millions). Il se place même comme l'un des films les plus performants au box-office de l'année 2020 (une année un peu spéciale à cause de la pandémie de COVID-19 et la fermeture des cinémas).

Une suite moins réussie

Même si le premier épisode avait des défauts notables, et se localisait dans le tout venant des blockbusters américains, il est parvenu à gagner la sympathie d'une partie des spectateurs. Il faut dire que l'aspect buddy movie du long-métrage, le traitement de la vitesse et le design du personnage fonctionnaient plutôt bien, et permettaient de faire de Sonic un divertissement inégal mais mignon et attachant. Mais pour Sonic 2, la Paramount s'est clairement empressée de produire une œuvre inaboutie, fait à la va-vite, uniquement pour une question économique.

Sonic 2, le film
Sonic 2, le film ©Paramount Pictures

Rien ne fonctionne dans cette suite, qui ne conserve que les défauts du premier opus. Dès sa séquence d'ouverture, où Sonic joue les super-héros du pauvre, on sent que ça va être compliqué... Jeff Fowler offre un montage sur-découpé et inintéressant, symptomatique d'une époque où les divertissements pour la jeunesse doivent ressembler à un clip épileptique. Beaucoup de cuts, de bruits, de couleurs vives, et d'images, pour peu de vision d'ensemble.

Des choix contestables

Le buddy movie, élément efficace du premier opus est donc laissé de côté lorsque le scénario décide de mettre James Marsden sur le banc de touche. À la place, Jeff Fowler préfère introduire de nouveaux personnages en CGI avec Knuckles et Tails. De nouveaux personnages passablement ennuyeux, qui ne sont que des figures stéréotypées et lisses du méchant victimisé par son passé et du geek naïf et craintif. L'occasion, donc, de mettre en lumière une mise en scène paresseuse, ponctuée de CGI ignobles, qui, parfois, ne semblent pas totalement terminés.

Les textures sont laides et grossières, que ce soient celles des personnages comme des décors. Les interactions entre les personnages en CGI et les vrais acteurs sonnent fausses, et certaines incrustations sont totalement ratées. De plus, le fait de mettre les vrais acteurs au second plan fait perdre à Sonic 2 sa substance physique par rapport au premier film.

Knuckles (Idris Elba) - Sonic 2, le film
Knuckles (Idris Elba) - Sonic 2, le film ©Paramount Pictures

Même le traitement de la vitesse n'a pas l'impact du premier volet. Si Sonic premier du nom proposait quelques séquences qui jouaient habilement avec la notion de vitesse, mais aussi de ralenti, ici, il n'y a absolument rien de notable dans ce domaine. Jeff Fowler remplace la rapidité du petit hérisson par des affrontements filmés avec le dos de la cuillère. Il se dégage donc de Sonic 2 une fainéantise de tous les instants. Le long-métrage ne semble jamais totalement terminé, sorte de brouillon déguisé d'un film produit avec de mauvaises intentions, à l'opposée de la spontanéité du premier volet.

Merci Jim Carrey

Sonic 2 est donc un film moins adulte que son prédécesseur. Encore plus enfantin que le premier. Et ce n'est pas forcément une bonne chose tant le long-métrage n'offre jamais rien pour développer la matière grise de ses jeunes spectateurs. C'est souvent idiot, à l'image de dialogues navrants, d'une mise en scène vulgarisée, et d'un manque criant d'humour... Finalement, la seule bonne raison de voir Sonic 2, c'est Jim Carrey. Encore plus survolté que dans le premier film, il permet aux spectateurs de sortir de leur somnolence quelques instants, avant de retomber dans les bras d'un nanar immature.

 

Sonic 2, le film de Jeff Fowler, en salles le 30 mars 2022. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces. 

 

 

 

 

 

 

 

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