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The Greatest Showman : une comédie maladroite aux élans un peu trop moralisateurs

The Greatest Showman : une comédie maladroite aux élans un peu trop moralisateurs

Si "The Greatest Showman" évite tous les écueils techniques de la comédie musicale, son message, au profit du capitalisme aveugle et à la misogynie, laisse quelque peu pantois.

C’était le succès surprise de ce début d’année 2017 (et fin 2016 pour nos homologues américains) : La La Land. Surprise, car le genre de la comédie musicale n’avait pas nécessairement le vent en poupe. Pour dire vrai, nombre de fringants spectateurs des générations Y et Z trouvaient sans doute le format désuet (pour ne pas dire dépassé). L’œuvre de Damien Chazelle a distribué de nouvelles cartes, redonnant au genre chantant, plus que ses lettres de noblesse, une jouvence nouvelle.

Il n’est donc guère étonnant que de nombreuses comédies musicales profitent du créneau, à l’instar de The Greatest Showman, dont il est ici question. Enfin, oui et non : selon Hugh Jackman, actuellement en tournée promotion, le film est dans les turbines depuis sept ans. Sept ans de réflexion, de pistes, de travail acharné. Pour un résultat qui, disons-le tout de go, a le mérite d’être propre, mais laisse, à bien des égards, franchement à désirer. On vous explique pourquoi, mais sans numéro de claquettes – vraiment navrée.

Foire aux curiosités

The Greatest Showman s’inspire de l’histoire vraie de P.T Barnum, l’homme qui a créé le cirque avec la grandiloquence contemporaine qu’on lui confère, mais aussi les bases du showbiz. Fils de tailleur promis à un avenir des plus modestes, Barnum s’éprend à l’adolescence de la belle Charity. Il lui promet une vie de rêve mais une fois adultes et parents de deux enfants, les tourtereaux se rendent compte que la misère est une compagne tenace.

C’est en croisant le regard d’un homme de petite taille, et constatant l’effet de curiosité que celui-ci provoque, que Barnum trouve l’idée d’un lieu consacré aux curiosités de toutes sortes. Très vite, il engage femme à barbe, géant, hommes de couleur et nain. La ville s’embrase pour ce "freak show" avant-gardiste, quand d’autres belligérants voient d’un très mauvais œil pareil rassemblement de monstruosités. Mais emballé par le succès, Barnum n’en a que faire, visant toujours plus haut, toujours plus grand. Quitte à en délaisser la formule qui a fait son succès aux prémices de son affaire…

À cheval sur la morale

Difficile de reprocher quoi que cela soit au scénario, classique et sans la moindre prise de risque. Voici un "rise and fall" comme les Américains en raffolent. Soit le conte d’un homme parti de rien, arrivé au sommet mais retombant d’encore plus haut une fois rattrapé par sa cupidité. Une morale manichéenne omniprésente qui a le don de napper le récit de poussière. Jugez plutôt : le moindre acte immoral (la tentation d’adultère, l’appât du gain) punit aussitôt (et sévèrement notre héros).

Sans doute dans le but d’offrir au public familial une leçon de vie qui ravira les chérubins et plus particulièrement leurs parents, mais qui se montre quelque peu excessif. S’il est plaisant de voir un personnage principal aux différentes facettes, ses turpitudes ne sont là que pour faire avancer le récit et prêcher la bonne parole. Pas pour montrer un protagoniste réel car imparfait. Une formule qui n’est pas sans rappeler celle d’une autre comédie musicale, celle d’Into the Woods de Disney, où la pauvre femme campée par Emily Blunt s’adonnant à l’infidélité voyait sa vie passer à trépas. The Greastest Showman n’est pas aussi radical dans son ton moralisateur mais nous ne sommes pas passés bien loin !

Où sont les femmes ?

En parlant de comédies musicales, quid de cet aspect du film nous direz-vous ? Bonne nouvelle, ce premier essai de Michael Gracey rempli parfaitement le cahier des charges. Les numéros sont ponctuels et ne s’accaparent pas le récit comme peuvent le faire d’autres longs-métrages du genre, faisant dès lors office de publicité pour soundtracks d’une heure trente. Les performances sont assez bluffantes, bien qu’inégales (Zac Efron demeure un cran en dessous de Hugh Jackman). Les chansons se retiennent et demeurent étonnamment très efficaces, assurant un succès certain à la bande-originale (qui ne devrait toutefois pas marquer l’Histoire, n’exagérons rien). On regrettera peut-être juste la mauvaise utilisation musicale du personnage campé par Michelle Williams, finalement délaissée sur tous les plans. Et elle n’est pas la seule.

Si ce n’est certainement pas son intention, The Greastest Showman est un film étonnamment misogyne, où chaque femme ne vit que par son lien avec tel personnage masculin. Ainsi, Charity n’est que la femme de Barnum, tantôt son objectif, tantôt l’élément qui le fait revenir à la raison. Même chose pour l’acrobate campée par l’idole des jeunes Zendaya, qui ne vit que par son amourette (lourde et peu crédible) avec Philipp Carlyle (Zac efron, donc). Enfin, Jenny Lind, interprétée par Rebecca Ferguson, est une simple conquête (professionnellement parlant) de l’homme d’affaires.

Un manque de développement évident

Reste Lettie Lutz (Keala Settle), alias la femme à barbe, qui ose donner de la voix et bomber du torse pour rappeler qu’elle existe. Problème, l’effort est vain, car si elle n’est pas un faire-valoir féminin en tant que tel (comprenez par là, belle plante à cultiver dans son lit), elle en reste au "rayon monstre". En effet, en une heure et quarante minutes, absolument aucune de ces "étrangetés" n’a le temps d’être réellement développée. Et sans doute que ce n’est pas là le but du film, qui n’a jamais prôné être une ode à la tolérance et la diversité (quoi que, c’est peu ou prou ce que vantent les acteurs en interview…).

Mais la direction de Michael Gracey oriente tout ce joli (ahem) petit monde autour de Barnum, peint comme un simple requin sans foi ni loi en dépit de toutes les bonnes leçons citées plus tôt. Conclusion : les gosses vont se déhancher autour d’un capitaliste dont les pratiques flirtent dangereusement avec l’esclavagisme. Au risque de passer pour des bobos-cocos, nous ne sommes pas sûrs d’adhérer à tout ce barnum !

 

The Greatest Showman de Michael Gracey, en salle le 24 janvier 2018. Ci-dessus la bande-annonce.

 

 

 

 

 

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