The Spy Gone North : réunification coréenne et film d’espionnage

The Spy Gone North : réunification coréenne et film d’espionnage

CRITIQUE FILM – Dans le thriller d’espionnage « The Spy Gone North », des officiers des deux camps coréens montrent la possibilité d’une réunification du pays.

En 1953, la guerre de Corée prenait fin et les deux pays signaient un armistice. N’étant pas un traité de paix, le Nord et le Sud sont théoriquement restés en conflit. Pourtant, au cours de cinquante ans, des rapprochements se sont faits.

The Spy Gone North (Gongjak) prend ainsi place en 1993. Un espion sud-coréen, qui répond au nom de code « Black Venus » (dont l’histoire est inspirée), est chargé d’enquêter sur le programme nucléaire du Nord. Yoon Jong-bin aurait alors pu afficher une prise de position pour le Sud. Il n’en est heureusement rien. Car dans ce conflit, l’opposition entre le Sud et le Nord est des plus complexe puisqu’il s’agit d’un seul et même peuple. Et le réalisateur va travailler sur la durée dans ce sens, prenant la peine d’adopter les points de vue des deux côtés.

Un pur film d'espionnage

Pour ce faire, Yoon Jong-bin est certes focalisé sur l’espion du NIS (services secrets sud-coréens), mais donne également de l’importance à Ri Myong-un, le directeur du Conseil Économique Extérieur nord-coréen. C’est lui (entre autre) que Black Venus tente d’approcher pour obtenir des informations – en se faisant passer pour un commerçant désirant vendre des produits du nord au sud. Au fur et à mesure, les deux protagonistes vont lier une relation, entre suspicion et entente, avant de prendre conscience de leur désir commun : faire ce qui est le mieux pour leur pays, à savoir une réunification.

Tout comme JSA : Join Security Arena de Park Chan-wook, où des soldats des deux côtés parvenaient à se lier d’amitié à la frontière, The Spy Gone North montre que les deux peuples ne sont pas instinctivement opposés l’un à l’autre. Comme souvent dans un conflit, la responsabilité revenant d’abord aux politiques. Mieux, avec ce film, on découvre que ces mêmes politiques s’arrangent entre eux, négociant des prétendues crises. Dans une scène hallucinante, on verra par exemple le leader du Nord évoquer une fausse attaque pour manipuler les élections du Sud, pour qu’elle bénéficie au pouvoir en place (resté le même durant 50 ans).

Ainsi, dès lors que Black Venus aura vent d’une entente entre le NIS et le régime du Nord pour un bénéfice personnel, et non pour le peuple, The Spy Gone North devient passionnant. Resté relativement froid, car classique dans sa forme et complexe en première partie, il acquiert soudain un potentiel émotionnel surprenant. Black Venus et Ri Myong-un tentant jusqu’au bout de préserver une « bonne entente » des deux pays pour favoriser une éventuelle réunification. Tous deux seuls face aux manipulations et traîtrises de leurs supérieurs, leur rapprochement livre une empathie puissante, en particulier dans les dernières scènes qui les isolent ensemble. Une émotion bienvenue dans un pur film d’espionnage à l’ancienne, à mettre évidemment en relation avec les événements les plus récents : le nouveau rapprochement des deux pays durant les derniers Jeux olympiques.

 

The Spy Gone North de Yoon Jong-bin, présenté à Cannes 2018 Hors Compétition et au 13e festival du film coréen à Paris. Ci-dessus la bande-annonce.

 

 

 

 

 

 

 

Voir aussi

Chronique d’une liaison passagère : l’amour manqué de deux amants

Chronique d’une liaison passagère : l’amour manqué de deux amants

CRITIQUE / AVIS FILM - Vincent Macaigne et Sandrine Kiberlain portent brillamment "Chronique d’une liaison passagère" d'Emmanuel Mouret, sa nouvelle comédie romantique sur l'amour éphémère de deux amants.