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The Vigil : un premier film maîtrisé et terrifiant

The Vigil : un premier film maîtrisé et terrifiant

CRITIQUE / AVIS FILM - Le cinéma d'horreur, qui plus est de possession, a déjà épuisé pas mal de cartouches. Dans "The Vigil", l'inconnu Keith Thomas s'empare de la religion juive pour livrer un premier film modeste mais absolument remarquable de maîtrise.

Une nuit mouvementée avec un cadavre

Yakov (Dave Randolph-Mayhem Davis) est un Juif qui pourrait se fondre dans la masse en s'impliquant dans sa communauté. Mais sa vie à New York se fait désormais loin de la religion et d'une pratique rigoureuse. Le manque d'argent commence cependant à se faire sentir. Pour palier à son problème, il accepte un petit boulot de quelques heures payé 400 dollars. Il est chargé de passer la nuit auprès d'un membre de la communauté juive décédé, pour une veillée funèbre qui précède son enterrement. Très vite, il va s'apercevoir que la maison dans laquelle il se trouve abrite d'inquiétants phénomènes.

Le réalisateur Keith Thomas a inventé cette histoire en constatant que la religion juive pouvait offrir un cadre atypique et intéressant par rapport à ce qu'on voit dans le cinéma d'horreur habituel. Un univers qui demande certaines connaissances et le début de The Vigil se charge de vite nous enseigner les bases. Yakov est ce qu'on appelle un shomer, c'est un veilleur qui soulage l'âme des morts en récitant des psaumes. Quand un proche du défunt ne peut pas assurer cette tâche, quelqu'un est payé pour le faire. Toute la dualité du personnage principal se trouve dans ce rapport forcé à la religion pour subvenir à ses besoins. S'il a déjà fait le shomer, il accepte de nouveau avec l'argent comme seule motivation, alors qu'un trauma et son parcours viennent de l'éloigner du chemin de la Foi.

Critique / Avis film The Vigil : un premier film parfaitement maîtrisé et terrifiant

Des moyens réduits qui ne sont jamais handicapants

Keith Thomas sait que pour son premier long-métrage il ne peut pas aller dans tous les sens. Mieux vaut toujours quelque chose de restreint mais de contrôlé de bout en bout, qu'un essai plombé par une forme en deçà des intentions. The Vigil appartient à la première catégorie, fort heureusement. Le metteur en scène prend un personnage principal, quelques figures secondaires et une maison. Le film se déroule en majorité dans un seul lieu et optimise toutes ses ressources afin de faire éclore un sentiment de terreur. Il y parvient, plus d'une fois. Keith Thomas s'applique dans son travail formel à ne pas s'embêter avec des plans inutiles et il réduit ses péripéties à une ligne claire. Le schéma est très simple, pas forcément surprenant dans sa constitution, mais équilibré comme il se doit pour développer les idées et la mythologie. Tout trouve sa juste place dans The Vigil, avec quelques petites facilités en cours de route, comme l'utilisation des jump scares - pratique qui a désormais de fervents opposants.

Ce n'est pas dans cette horreur brutale que The Vigil marque ses plus beaux points. Le film parvient à installer le malaise par son jeu sur le hors-champ. La bande-son joue un rôle prépondérant pour que la menace se manifeste sans qu'elle ne soit visible à l'écran. Elle le sera, à un moment donné, dans un final graphique qui force Yakov a regarder son démon dans les yeux. Avant d'en arriver au dénouement, The Vigil use de stratagèmes efficaces pour que le spectateur appréhende de découvrir ce qu'il y a à l'étage de la maison ou dans les autres pièces. Le gros travail sur la lumière accompagne une mise en scène élégante, avec une magnifique gestion de l'ombre et des parties noires à l'image. Le personnage principal est à l'écran immergé dans les ténèbres. Malgré les contraintes très identifiables, ce premier film ne se retrouve jamais étriqué par celles-ci dans sa progression. Parce qu'il a les idées claires sur les outils cinématographiques en sa possession et sur la puissance de son background.

Critique / Avis film The Vigil : un premier film parfaitement maîtrisé et terrifiant

Et l'émotion naquit à l'écran

Les frissons, c'est une chose. The Vigil accède à un autre palier par le biais de l'émotion. L'horreur trouve sa substance dans le passé douloureux de Yakov. Sans ça, il ne serait peut-être pas en train de se débattre avec cette forme démoniaque dont on taira l'identité. Quand la peur viscérale s'amoindrit, c'est l'émotion qui peut s'accroître. Avec cette corde supplémentaire à son arc, le film alterne entre pics de peur, découverte de l'identité du mal et exploration du trauma du héros. À la clé, on se prend d'affection pour cette âme perdue, bouleversée par une expérience traumatisante. En veillant auprès d'un cadavre pour lui permettre de trouver la paix, c'est la sienne, intérieure, à laquelle il accède.

La fin est d'autant plus belle, quand cette main posée sur la dépouille, tente d'enrayer l'emprise du démon qui s'enracine dans un passé dur à porter. Yakov renoue avec son appartenance religieuse et calme les maux d'un de ses ancêtres. The Vigil module ainsi intelligemment sa menace en une excroissance des épreuves traversées par la communauté juive (le racisme, la Seconde Guerre mondiale). Keith Thomas s'empare de motifs et codes distinctifs - auxquels on peut ne pas être habitués - sans dilapider l'accessibilité de son oeuvre au plus grand nombre, qu'importe les convictions de chacun sur la religion. Un petit coup de maître.

 

The Vigil de Keith Thomas, en salle le 29 juillet 2020. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

 

 

 

 

 

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