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Un Grand voyage vers la nuit : là où tout n’est que songe

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CRITIQUE FILM – Avec son deuxième film « Un grand voyage vers la nuit », le réalisateur chinois Bi Gan s’affranchit des codes cinématographiques traditionnaux. Il livre un film unique et sensoriel, où la frontière entre le réel et le rêve n’a jamais été aussi transparente…

Il y a de ces films, parfois, capables de nous transcender. C’est souvent après le visionnage, après maturation, que le spectateur peut véritablement appréhender l’œuvre qu’il vient de contempler, de vivre. Ce grand magicien se nomme Bi Gan. Près de trois ans après Kaili Blues, le réalisateur est toujours en proie à ses névroses, à ses souvenirs périlleux. Il donne vie à un deuxième long métrage, Un grand voyage vers la nuit, comme s’il nous racontait un rêve – ou un cauchemar, pour d’autres. Nous revoilà de nouveau plongés au cœur de la province subtropicale du Guizhou, où se situe Kaili, ville fantôme où ère ses habitants, à une époque non datée. Autant le dire tout de suite, il n’y aura aucune précision.

Luo Hongwu est de retour à Kaili, qui se trouve être sa ville natale. Il part à la recherche de celle qu’il a toujours aimé, celle dont le nom ne l’a jamais quitté : Wan Qiwen. Débute une quête – vendue par mégarde comme un thriller – dont Hongwu ne peut sortir lucide. Cette magnifique histoire, que veut nous conter Bi Gan, dépasse l’entendement.

Crépuscule

Il y a un mois, un pachyderme nous avait déjà ébranlés. L’odyssée bouleversante de 3h50 A Elephant Sitting Still, du regretté Hu Bo, a peut-être ouvert de nombreuses portes. Malheureusement trop peu distribué sur le territoire, on n’émet aucun doute quant à l’aura du film, qui a permis au cinéma chinois d’enfin tracer ses marques de noblesses en France. C’est donc fébriles, mais excités, que nous avons décidé de tenter cette nouvelle expérience – qui avait émoustillé une partie de la Croisette.

La nuit tombe sur la ville. Le climat s’alourdit, pèse d’autant plus sur le bitume humide. On annonce une tempête. Elle est au loin, elle se rapproche. Cette météo n’est évidemment pas anodine. Les poètes diront qu’il s’agit d’un parfait paysage mental, planant durant les quelques 2h20 de ce Grand voyage. Dans ce monde, le jour n’existe pas, ou du moins on ne s’en souvient plus. Bi Gan filme ses personnages au crépuscule comme en pleine nuit. Ils sont maîtres de magnifiques jeux d’ombres. Parfois, une lumière naissante perce l’obscurité, mais elle n’est pas naturelle. Un grand voyage vers la nuit est un film à reflets. Grâce au travail de trois directeurs de la photographe (Yao Hung-I, Dong Jinsong et David Chizallet), le film jouit d’une esthétique particulièrement sucrée. Existent aussi des reflets translucides : puisque l’eau est un élément omniprésent. Un rappel, peut-être, de l’orage qui se profile à l’horizon.

Bien que tout cela soit sujet à interprétation (Bi Gan ne laisse aucun indice véritablement concluant), le film est aussi bluffant dans sa forme. Si sa première partie (une bonne heure) brouille les pistes et s’élabore sur différentes périodes temporelles, la seconde nous bascule totalement dans une autre dimension.

© Bac Films

Prouesse technique

Le cinéma nous avait prévenus. « Ce film n’est pas uniquement en 3D. Lorsque vous verrez le héros mettre ses lunettes, faites comme lui. » La surprise fut de taille, lorsqu’au bout d’une heure de film, nous arrivons à cette scène précise (qu’on ne peut spoiler) où il faut mettre ces fameuses lunettes 3D.
Un grand voyage vers la nuit déploie ainsi sa deuxième partie comme un virage total, presqu’ un deuxième film. On ne peut pas aller plus loin dans les rêves de nos personnages. Plus que jamais bloqués dans leur pensées, le ciel est couvert et le vent se lève. La profondeur de l’image, accrue, est de toute beauté. Bi Gan privilégie les lens flare ainsi que la lumière naturelle. S’installe un sentiment contradictoire. La 3D, magistrale, est d’autant plus fluide que le mouvement des personnages s’alourdit, devient plus pesant.

La prouesse ne s’arrête évidemment pas là. Puisque cette dernière partie est un véritable one shot. Un plan-séquence hallucinant et réalisé avec grâce, plus que jamais pertinent. Un grand voyage vers la nuit est désormais en paix avec lui-même : un moment inoubliable suspendu dans le temps, à tout jamais.

 

Un grand voyage vers la nuit de Bi Gan, en salle le 30 janvier 2019. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

Il y a de ces films, parfois, capables de nous transcender. C'est souvent après le visionnage, après maturation, que le spectateur peut véritablement appréhender l'œuvre qu'il vient de contempler, de vivre. Ce grand magicien se nomme Bi Gan. Près de trois ans après Kaili Blues, le réalisateur est toujours en proie à ses névroses, à ses souvenirs périlleux. Il donne vie à un deuxième long métrage, Un grand voyage vers la nuit, comme s'il nous racontait un rêve - ou un cauchemar, pour d'autres. Nous revoilà de nouveau plongés au cœur de la province subtropicale du Guizhou, où se situe Kaili,…

Conclusion

Note de la rédaction

"Un grand voyage vers la nuit" porte bien son nom, tant il nous transporte, sans équivoque, aux confins de notre imagination. Un chef-d'œuvre qui malheureusement demeure incompris.

Note spectateur : Sois le premier !
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