Un talent en or massif : Nicolas Cage cherche orfèvre à sa mesure

Un talent en or massif : Nicolas Cage cherche orfèvre à sa mesure

CRITIQUE / AVIS FILM - À sa filmographie définitivement unique, Nicolas Cage ajoute un nouveau film à l'argument génial, "Un talent en or massif", dans lequel l'acteur de "Rock" et "Snake Eyes" joue son propre rôle. Un rêve autant qu'un défi, devant lesquels le réalisateur Tom Gormican ne se montre pas entièrement à la hauteur.

Un film "méta" pour le roi fou d'Hollywood

Lorsque l'officialisation d'un projet de film dans lequel Nicolas Cage jouerait son propre rôle - celui d'un acteur dans le creux de la vague, endetté et dans une situation familiale compliquée - a été faite, les fans de l'acteur et de "ses" cinémas ont commencé à rêver. Titulaires d'autant de réussites que d'échecs dans à peu près tous les genres de cinéma possibles, Nicolas Cage est en effet un personnage à part entière, un homme devenu légende. Un acteur qui paradoxalement ne s'appartient jamais autant que quand il s'offre entièrement à l'écran et aux cinéastes qui le font tourner.

Avec de nombreux films devenus cultes, source de mèmes et de références infinis, il y avait ainsi un avant-goût de destinée absolue dans l'intention d'Un talent en or massif.

Un talent en or massif
Un talent en or massif ©Metropolitan FilmExport

Aux premières heures du projet Un talent en or massif, début 2020, il était même question que Nicolas Cage soit dans le film obsédé par tourner avec Quentin Tarantino, grand cinéaste alors en pleine lumière avec la sortie de Once Upon a Time... in Hollywood. L'argent, les tournages de série B, l'image publique fantasque de Nicolas Cage, une industrie hollywoodienne bouleversée par plusieurs phénomènes...

On voulait voir tout ça et Tom Gormican, dont Un talent en or massif est le deuxième film, l'a fait. Malheureusement, après une introduction formidable, la pauvreté d'une fiction banale surmonte l'aspect "méta" plutôt réussi du film, pour laisser le spectateur largement sur sa faim.

Un talent en or (trop) massif

Nicolas Cage est capable par son talent et son jeu quasi expressionniste de transcender n'importe quel film. Les premières minutes du film sont ainsi fascinantes, tant que l'acteur se livre à une auto-critique amusante et contre son gré. On le voit s'enliser devant David Gordon Green pour un rôle au Château Marmont, gêner sa fille adolescente (Lily Mo Sheen), agir avec son agent (Neil Patrick Harris) pour parer à son endettement. Les références arrivent, dont la très personnelle au film Le cabinet du docteur Caligari, un des films préférés de l'acteur. En pleins tourments, Nicolas Cage veut se convaincre qu'il peut encore être au sommet, ce qui donne un échange amusant avec une version de lui-même rajeunie et fougueuse. C'est drôle, enlevé, et on voudrait en voir plus. Plus de caméos, plus d'auto-références...

Un talent en or massif
Un talent en or massif ©Metropolitan FilmExport

Mais c'est au moment où il quitte Hollywood pour Majorque, et que commence l'intrigue vaguement policière d'Un talent en or massif, que le film perd toute son originalité. Pourtant, ses comédiens jouent bien leur partition. Pedro Pascal est touchant en trafiquant transi d'admiration et d'amour pour l'acteur, Tiffany Haddish et Ike Barinholtz sont plutôt convaincants en agents de la CIA... En effet, une fois arrivé à l'anniversaire de Javi (Pedro Pascal), Nicolas Cage se retrouve embarqué dans une histoire d'enlèvement, et va être chargé d'infiltrer l'organisation criminelle de Javi.

C'est là, face au talent de Nicolas cage et non plus avec, qu'Un talent en or massif montre qu'il n'a pas les moyens de ses intentions. Ni ceux de rendre à l'écran le génie de l'acteur de Sailor et Lula et À tombeau ouvert. Il fallait en faire trop, assumer l'aspect bigger than life, le côté too much, mais las le film s'embarrasse d'une intrigue à laquelle strictement personne ne semble croire.

Un cadre trop étroit pour Nicolas Cage

Il y a les références explicites à Rock et Volte/Face, il y a les implicites aussi, une injection de la dernière chance par exemple. Avec Pedro Pascal, dont le personnage est trop naïf et aimable pour qu'on ne suspecte pas un - faible - twist, le courant passe et les deux acteurs semblent prendre du plaisir. On retient  une séquence de conduite et de paranoïa sous LSD, dont la drôlerie serait parfaite si elle ne tirait pas trop en longueur. À mesure que le film s'accroche à l'évolution de son intrigue et non plus de son personnage principal, les défauts apparaissent de manière criante. La photographie ressemble à n'importe quelle publicité pour une jolie plage au soleil, la mise en scène est on ne peut plus basique, l'action très paresseuse.

Nicolas Cage apparaît alors sous-exploité, comme si le format standard de la petite comédie policière avait pris le pas sur l'aspect toujours inédit de l'intention "méta". On se raccroche alors à sa relation avec Javi pour trouver un peu de plaisir dans un film qui n'en prend plus. Il faut attendre la dernière partie et le dénouement de l'intrigue, durant lequel il redevient à la fois action hero et père responsable, pour revenir à l'aspect "méta" du film.

Un talent en or massif se rate ainsi lourdement sur sa partie centrale, s'appliquant à chercher du sérieux là où il n'en fallait surtout pas. Comme si l'aspect "méta" n'était qu'un prétexte à une médiocre comédie policière. Alors qu'il aurait simplement fallu inverser ce rapport narratif pour rendre hommage à Nicolas Cage et signifier au public la place unique qu'il occupe à Hollywood.

Un talent en or massif de Tom Gormican, le 20 avril 2022 en salles. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

 

 

 

 

 

 

 

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