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Waiting for the Barbarians : Ciro Guerra continue de questionner la civilisation

CRITIQUE / AVIS FILM – Ciro Guerra revient avec « Waiting for the Barbarians ». S’il bénéficie des présences de Johnny Depp et Mark Rylance dans les premiers rôles, le cinéaste ne change pas pour autant de cap pour questionner la civilisation et sa perte d’humanité.

C’est avec son troisième film, L’Etreinte du serpent (2015, présenté à la Quinzaine des réalisateurs), que Ciro Guerra à eu droit à une sérieuse reconnaissance internationale. Dedans, le cinéaste colombien mettait en opposition la civilisation et un peuple autochtone par le biais d’un ethnobotaniste qui, avec l’aide d’un chaman amazonien et dernier survivant de sa tribu, cherche une plante capable de guérir de maladies. Après Les Oiseaux sauvages (2018), où un jeune garçon d’un village d’autochtones amérindiens se laisse embarquer dans un trafic de drogue, revoilà déjà Ciro Guerra avec Waiting for the Barbarians, adaptation d’En attendant les barbares de J. M. Coetzee.

Cette fois, c’est dans un désert sans nom, à une époque inconnue que se déroule le film. A la frontière entre l’Empire et les derniers peuples nomades, se trouve un fort géré par un Magistrat britannique (Mark Rylance). Les membres du pouvoir décident d’envoyer le Colonel Joll (Johnny Depp) en prévision d’une invasion barbare.

Une civilisation toujours aussi barbare

Dès la première rencontre entre le Magistrat et le Colonel on comprend que tout les oppose. Plus âgé, le Magistrat incarne un monde passé, évoluant dans une micro-société encore simple où chacun semble vivre relativement en paix. Le Colonel, avec ses lunettes de soleil (objet inconnu pour le Magistrat) et sa méthode d’interrogatoire basée sur la patience (un plus beau mot que torture), représente le monde moderne et annonce ainsi un chaos à venir.

Cette idée de fin du monde, d’une ère ou d’une civilisation, n’est pas sans rappeler le récent Sunset de László Nemes. De plus, le Colonel se présente comme un représentant direct de l’Empire – qu’on ne verra jamais autrement que par lui ou ses soldats. Un empire qui s’agrandit en soumettant les peuples nomades considérés comme de dangereux barbares. Un empire paranoïaque donc et violent qui, derrière des ressemblances avec l’Empire colonial britannique, peut évoquer l’Amérique à différentes périodes de son histoire. On pense évidemment à la chasse aux sorcières durant le maccarthysme, mais également au Vietnam, à l’Irak, à la présidence de Donald Trump ou, bien plus loin, au Far West.

D’ailleurs, une partie de Waiting for the Barbarians apparaît comme une inversion du célèbre La Prisonnière du désert de John Ford. Car étant témoin des atrocités que commence à subir le peuple nomade, et après avoir recueilli et soigné une femme torturée par le Colonel, le Magistrat se décide à faire pénitence. D’abord en lavant, jusqu’à l’épuisement, les pieds blessés de la femme, puis en entreprenant de la ramener auprès des siens. Alors que dans le film de John Ford, John Wayne partait pendant des années à la recherche de sa jeune nièce enlevée par les Indiens, le Magistrat traverse lui des montagnes désertiques et une tempête de sable pour parvenir à ramener la nomade auprès de son peuple. Un acte qui lui vaudra d’être déchu à son retour, incapable de tenir tête à un Colonel capable d’haranguer les foules, d’en faire à leur tour des barbares tortionnaires sans une once d’humanité.

Mais Ciro Guerra n’oublie pas de rester très ancré dans notre société actuelle en pointant l’absence de héros véritable et questionnant les valeurs qu’on pense avoir. Contrairement à ce qu’il s’imagine, le Magistrat n’est pas dénué de défauts. Avant ces événements, lui aussi profitait de sa position avec ses quelques concubines. Et sa gestion du fort n’est pas irréprochable. Grâce à ce personnage non-manichéen, le cinéaste fait véritablement de Waiting for the Barbarians une fascinante plongée dans la perte d’humanité. Une vision sombre de la société et de l’Homme qui s’est barbarisé plus vite qu’il ne le pense.

Waiting for the Barbarians de Ciro Guerra, présenté lors du Festival de Deauville 2019. Prochainement dans les salles. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

C’est avec son troisième film, L’Etreinte du serpent (2015, présenté à la Quinzaine des réalisateurs), que Ciro Guerra à eu droit à une sérieuse reconnaissance internationale. Dedans, le cinéaste colombien mettait en opposition la civilisation et un peuple autochtone par le biais d’un ethnobotaniste qui, avec l’aide d’un chaman amazonien et dernier survivant de sa tribu, cherche une plante capable de guérir de maladies. Après Les Oiseaux sauvages (2018), où un jeune garçon d’un village d’autochtones amérindiens se laisse embarquer dans un trafic de drogue, revoilà déjà Ciro Guerra avec Waiting for the Barbarians, adaptation d’En attendant les barbares de…

Conclusion

Note de la rédaction

Dans "Waiting for the Barbarians" Johnny Depp est un tortionnaire opposé à Mark Rylance. Une manière pour Ciro Guerra de poursuivre dans ses questionnements de la civilisation et de sa perte d'humanité.

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