Accueil > Critiques > Critiques séries > Calls saison 1 : sans image les mots suffisent

Calls saison 1 : sans image les mots suffisent

La création auditive « Calls » angoisse et émerveille. Sans révolutionner le genre, la nouvelle série de Canal+ se veut puissante et dérangeante : une expérience auditive à vivre.

La mini-série du cinéaste Timothée Hochet, qui a pris vie le 15 décembre 2017 sur Canal +, a surpris ses spectateurs. Issu de YouTube, le « web cinéaste » compte déjà plusieurs courts-métrages disponibles sur la plateforme, dont une vidéo pilote de Calls exposant son concept : une ambiance horrifique sans visuel auquel s’attacher.

Une série sans images

10 épisodes, 10 histoires qui semblent – aux premiers abords – indépendantes. Chacune d’entre elles propose des enregistrements, qu’ils soient téléphoniques, sur cassettes, sur boîte noire d’un avion ou même issus d’un talkie-walkie. Pour ces enregistrements, le show rassemble d’ailleurs de beaux noms, tel que Kyan Khojandi, Marina Foïs, Charlotte Le Bon ou encore Gaspard Ulliel. La qualité d’interprétation est à noter, et se lie à la justesse de l’écriture, permettant une immersion totale dans cette série auditive.

Les scénarios, mélangeant amour, effroi et étrangeté, laissent planer un mystère sur des notes tragiques. Dans ces épisodes éparpillés dans le temps et dans l’espace, un seul fond commun : une ambiance apocalyptique. Calls nous présente un monde dangereux et malsain où les sectes, les expériences de mort imminente sur enfant et les esprits sont présents.

Une création angoissante

Nous sommes seuls dans le noir. Aucun visuel, aucune image auxquels s’accrocher. Pour autant, le visuel est parlant. Celui-ci n’est en effet pas totalement noir, le réalisateur nous fait volontairement distinguer quelques formes floues, des tâches lumineuses rendant l’obscurité encore plus angoissante. Le voyage à l’aveugle est intensifié par ces jeux de lumière rendant le noir encore plus oppressant. Bien que la vision soit minimaliste, il est difficile de décrocher les yeux de l’écran. Notre regard se balade au rythme des petits rectangles qui s’allument, matérialisant la prise de parole et la présence des personnages. L’immersion est une réussite.

La bande son, accompagnant quant à elle ces lumières nébuleuses, propose des bruits plus ou moins perceptibles, plus ou moins clairs. Cependant, la musique que l’on peut entendre est soutenue, vibrante, et nous offre une expérience auditive unique, nous rendant témoin des expériences.

Ici, le metteur en scène, c’est nous. Développant son imagination, le spectateur se représente cet univers, transforme ces données brutes en un univers unique et sombre. Le scénario de chaque épisode présente une progression similaire : une situation banale, dans laquelle le spectateur peut s’identifier, s’accrocher. Progressivement, les choses s’emballent, et le spectateur se retrouve aspiré dans l’histoire. Nous devenons alors participants, témoins, ce qui crée une impuissance accentuant l’angoisse. L’esthétique de la série est ainsi presque uniquement imaginaire. Tout est suggéré, augmentant l’implication du spectateur, qui se trouve lié à la création de cet univers.

Un concept répétitif ?

Les réactions face à Calls peuvent être mitigées. Bien que les histoires diffèrent tant dans leur scénario que dans leurs rendus, il serait possible de ressentir une certaine lassitude à regarder plusieurs épisodes à la suite. Le concept s’épuise-t-il ? Dans cette série, comme susdit, le spectateur est énormément sollicité. Ne faudrait-il pas laisser notre imagination se reposer, prendre de la distance vis-à-vis des épisodes ? Ainsi, le public se donnerait toutes les possibilités de compléter le processus de création, d’avoir une expérience esthétique complète, se laissant le temps de s’imprégner de l’univers. Bien que les épisodes soient courts, les images qui sont les nôtres restent, faisant perdurer l’angoisse procurée. L’immersion est alors totale.

Il faut malgré tout reconnaître que le concept n’est pas une nouveauté. En effet, bien avant la télévision, la radio proposait déjà des récits audio. La légende raconte que l’adaptation de Worlds of War d’Orson Welles, diffusée à la radio, fut si convaincante que le public crut à un authentique bulletin d’information et ainsi à une véritable invasion extraterrestre, provoquant un vent de panique. Une prouesse déjà réalisée donc… Mais malgré son originalité partielle, le concept est parfaitement maîtrisé par Calls, qui ne délaisse pas totalement le visuel. Une belle réussite !

 

Calls créée par Timothée Hochet, à partir du 15 décembre 2017 sur Canal +. Ci-dessus la bande-annonce.

La mini-série du cinéaste Timothée Hochet, qui a pris vie le 15 décembre 2017 sur Canal +, a surpris ses spectateurs. Issu de YouTube, le "web cinéaste" compte déjà plusieurs courts-métrages disponibles sur la plateforme, dont une vidéo pilote de Calls exposant son concept : une ambiance horrifique sans visuel auquel s'attacher. Une série sans images 10 épisodes, 10 histoires qui semblent - aux premiers abords - indépendantes. Chacune d'entre elles propose des enregistrements, qu'ils soient téléphoniques, sur cassettes, sur boîte noire d'un avion ou même issus d'un talkie-walkie. Pour ces enregistrements, le show rassemble d'ailleurs de beaux noms, tel que Kyan…

Note de la rédaction

Note de la rédaction

Premier de la classe

Un projet ambitieux et intense à regarder seul dans le noir. L'esthétique particulière fait trembler nos perceptions du réel, procurant des sensations inédites. Même si le concept n'est pas entièrement innovant, il faut reconnaître le beau travail qui nous est offert, nous donnant à voir que l'imagination est parfois bien pire que le réel.

User Rating: Be the first one !

Voir aussi

Cas de conscience : un film très humain

Bien que classique, "Cas de conscience" est un film profond, car il interroge notre nature.