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Gentleman Jack : portrait d’une femme libre

CRITIQUE / AVIS SÉRIE – « Gentleman Jack » dresse le fascinant portrait d’une femme audacieuse du XIXème siècle, lesbienne assumée qui ne se laissait pas intimider par le monde d’hommes dans lequel elle évoluait. Une série résolument féministe, portée par l’excellente Suranne Jones.

Comme le dit l’un des personnages que rencontre Anne Lister lors d’un voyage en France « Reconnaissez que vous n’êtes pas quelqu’un d’ordinaire » et c’est le moins que l’on puisse dire ! D’autant qu’Anne Lister n’est pas sortie tout droit de l’imagination de l’écrivaine Anne Choma et de la réalisatrice Sally Wainwright – à qui l’on doit notamment Happy Valley -, elle a réellement existé ! Née en 1791 à Shibden Hall, à Halifax dans le West Yorshire, sa vie singulière fait d’elle une figure féminine majeure de la Grande-Bretagne connue pour sa personnalité et sa réputation de première lesbienne moderne. Car Anne Lister fut une grande aventurière, en matière de voyages mais surtout d’amour.

Anne Lister a assumé son homosexualité et pris des risques à une époque où des hommes pouvaient encore être condamnés à mort – on se rappelle les déboires de Oscar Wilde, qui fut lui-même condamné à la fin du XIXème siècle à deux ans de travaux forcés pour « grave immoralité ». Anne Lister a écrit de nombreux journaux intimes, dont Anne Choma est devenue la spécialiste. La série Gentleman Jack, produite par la BBC et HBO, et qui a débarqué sur OCS en avril dernier et vient de s’achever, s’intéresse à ceux publiés entre 1832 et 1834.

Critique Gentleman Jack : portrait d'une femme libre

La première chose que l’on remarque, c’est le mouvement dynamique dans lequel évolue sans cesse l’héroïne, imprimant d’emblée Gentleman Jack. Anne marche vite, parcourt à grands pas des kilomètres entre sa demeure et ses domaines, les maisons de ses métayers, sa mine de charbon, ou encore la ville de Halifax. Son long manteau noir, sa canne et son chapeau d’homme posé sur ses cheveux coiffés sont sa panoplie reconnaissable entre toutes.

Une course effrénée pour profiter de la vie

Anne Lister ne tient pas en place, n’a pas de temps à perdre et son esprit est aussi vif que son pas est alerte. Elle embarque le spectateur à ses côtés, ne lui laisse pas le temps de souffler. Elle se comporte à l’inverse de la représentation classique de l’image des femmes de la bonne société de l’époque, en robes et froufrous qui restaient assises et statiques dans les grands salons, à boire le thé et à converser. La musique du générique et le thème musical spécialement composé par le couple O’Hooley & Tidow trottent longtemps dans la tête et symbolisent parfaitement le caractère impétueux d’Anne.

Car Anne Lister est une propriétaire foncière et industrielle, responsable du domaine que lui a légué son oncle, qui la jugeait plus experte que son propre père Jérémy (Timothy West). Elle vit à Shibden Hall avec sa tante malade (Gemma Jones) et sa sœur Marian (Gemma Whelan). La série commence au retour d’Anne dans la ville après quelques mois passés à Paris. C’est Suranne Jones, actrice britannique qui nous avait déjà bluffé dans Docteur Foster, qui incarne brillamment Anne Lister. Ce qui est passionnant dans ces huit épisodes, c’est qu’ils dressent non seulement le portrait de la jeune femme et de son affection parfois maladroite pour sa famille mais également ceux de ses fréquentations et de son personnel.

Critique Gentleman Jack : portrait d'une femme libre

Gentleman Jack narre ainsi en détail l’attachement d’Anne pour ces quelques femmes qui ont suscité son intérêt mais qui au final, l’ont laissée de côté pour se marier et se conformer à l’idée que l’on se faisait des femmes dans cette société. La tristesse et le désespoir d’Anne sont émouvants, tout comme ses tentatives pour les oublier en négociant âprement ses affaires, sont épatantes. Elle n’a pas froid aux yeux et n’a peur de personne et le regard que portent ces hommes sur cette femme audacieuse qui leur tient tête est parfois admiratif, mais la plupart du temps plus que méprisant. Et certains ne se gênent pas non plus pour lui parler d’un air supérieur, quand d’autres n’hésitent pas à la tabasser. Et elle a beau avoir la peau dure, elle craque parfois.

Car même si Anne rechigne à se marier avec un homme, ce qu’elle désire le plus au monde, c’est avoir à ses côtés une compagne et même l’épouser. Aussi, lorsqu’Anne, pour se remettre de sa dernière blessure d’amour, jette son dévolu sur la jeune Ann Walker (Sophie Rundle), elle explique, par des regards caméra bien appuyés, qu’elle va s’amuser un peu et qu’elle ne s’attachera pas. On n’est franchement pas très fan de cette bonne vieille ruse, justifiée dans House of Cards, mais plutôt inutile dans Gentleman Jack, car elle donne l’impression d’être utilisée quand les scénaristes ne peuvent pas faire autrement pour faire passer un message. Quant au processus de séduction, il est décrit précisément dans la série, ainsi que tous les refus et renoncements d’Ann provoquant chez Anne autant de joie, que de colère et de désolation. Si cette partie est un peu trop répétitive, elle contribue à la transformation d’Ann grâce au contact et au regard d’Anne, de jeune oie blanche en femme s’affranchissant des convenances et gagnant en liberté.

Critique Gentleman Jack : portrait d'une femme libre

Pour filmer correctement les scènes d’amour de ces amitiés particulières, il a été fait appel à Ita O’Brien, coordinatrice intimité, qui est également intervenue sur la série produite par Netflix, Sex Education. Cette dernière dit avoir fait de nombreuses recherches sur la sexualité lesbienne et appris des écrits d’Anne Lister, et chorégraphié avec le plus de réalisme possible les gestes et positions des actrices. Ce sont sans doute ces délicates précautions qui font aussi de Gentleman Jack un succès auprès de la communauté lesbienne. Gentleman Jack se révèle donc une série résolument féministe, qui dresse le portrait d’une femme charismatique, moderne et intelligente, qui ouvrit la voie à de nombreuses autres femmes dans un monde d’hommes. Et l’on se réjouit qu’une saison 2 soit dans les tuyaux, car on a hâte de connaître la suite des aventures audacieuses d’Anne Lister.

 

Gentleman Jack créée par Sally Wainwright, sur OCS à partir du 23 avril 2019. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

Comme le dit l’un des personnages que rencontre Anne Lister lors d’un voyage en France "Reconnaissez que vous n’êtes pas quelqu’un d’ordinaire" et c’est le moins que l’on puisse dire ! D’autant qu'Anne Lister n’est pas sortie tout droit de l’imagination de l’écrivaine Anne Choma et de la réalisatrice Sally Wainwright - à qui l’on doit notamment Happy Valley -, elle a réellement existé ! Née en 1791 à Shibden Hall, à Halifax dans le West Yorshire, sa vie singulière fait d’elle une figure féminine majeure de la Grande-Bretagne connue pour sa personnalité et sa réputation de première lesbienne moderne.…

Conclusion

Note de la Rédaction

"Gentleman Jack" dresse le portrait d'une femme audacieuse qui s'est affranchie des conventions.

Note spectateur : 3.48 ( 8 votes)
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4 commentaires
  1. Vivement la saison 2

  2. Les regards caméra ils s’en servent très peu , jusqu’à même s’en moquer quand Ann lui demande ce qu’elle regarde .

    C’est juste pour faire passer une certaine complicité entre elle et le spectateur avec le quel elle peux se confier, dans son journal des passages étaient codés .

    • C’est vrai que ces regards sont parfois ironiques, mais inutiles. Et ils peuvent difficilement, à mon sens, remplacer les fameux passages codes, jamais évoqués dans la série.

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