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Killing Eve : une saison 2 en demi-teinte

CRITIQUE / AVIS SÉRIE – Alors que sa première saison est aussi fraîche que remarquable, le retour de « Killing Eve » est empreint d’une certaine déception. Malgré un scénario un peu fragile et une intrigue qui tourne en rond, il en reste des personnages aussi intéressants que passionnants.

Présentée l’année dernière à la première édition du Festival Cannes Séries, la saison 1 (qui a, par la suite, débarqué au printemps 2018 sur nos petits écrans) de Killing Eve est une réussite en tout point : le scénario, signé Phoebe Waller-Bridge est délicieux, les deux actrices principales, Sandra Oh et Jodie Comer sont renversantes et la réalisation plutôt remarquable. C’est donc avec beaucoup d’attentes, et inévitablement, beaucoup d’appréhension, que les spectatrices et spectateurs attendaient cette nouvelle saison. Surtout qu’entre ces deux saisons, Sandra Oh, grâce à son rôle d’Eve Polastri, a encore décroché une statuette dorée lors des Golden Globes de 2019 (son premier était en 2006 avec son rôle phare, celui de Cristina Yang, dans la série Grey’s Anatomy).

C’est donc avec beaucoup d’excitation que nous retrouvons ce duo fusionnel, charmant et explosif qui nous avait pleinement conquis lors de la première saison. Une impatience d’autant plus présente car la fin de la première saison nous laissait sur un cliffanger : Eve, qui avait retrouvé Villanelle à Paris, l’avait poignardée lors d’une scène pleine de tension – d’abord une tension « scénaristique » car les deux femmes, armées, se retrouvaient face à face mais également une tension sexuelle car elles se retrouvaient dans une chambre, leurs deux corps sur le même lit, proche l’une de l’autre. D’ailleurs c’est cette tension qui anime le duo, une tension interdite car l’une et l’autre doivent s’éviter ou au mieux se capturer. Eve devrait l’arrêter et la faire juger pour ses crimes tandis que Villanelle devrait la tuer pour éviter la première option.

Une série d’action féministe

Il n’aura pas fallu très longtemps pour que la série gagne le cœur des spectatrices et des spectateurs. En même temps le dossier était largement alléchant : une redoutable tueuse en série et une agent du MI6 se fascinaient l’une et l’autre, l’une pour l’autre. Un duo rarement vu au cinéma et des rôles féminins bien loin des stéréotypes assignés au genre. Il faut dire qu’après sa remarquable courte série Fleabag, encensée par la critique, la showrunneuse Phoebe Waller-Bridge, qui a cédé sa place de scénariste pour cette deuxième saison à Emerald Fennell, était sur toutes les lèvres. Si la scénariste co-signera le scénario du prochain James Bond ce n’est sans aucun doute pas un hasard car dans Killing Eve, au delà de ses personnages attachants, on y trouve une excellente dose d’action et de rebondissements.

C’est finalement l’histoire d’un amour interdit que nous raconte la série. Un amour moralement, socialement et politiquement interdit. Si Villanelle ne se prive aucunement de ce désir, ni d’aucun autre de ses désirs puisqu’elle a une sexualité libérée (en témoigne la scène où on la découvre dans un lit avec une femme et un homme), une passion illimitée pour le shopping de luxe (on admire d’ailleurs son look toujours très soigné) et sa façon de tuer sans regrets et toujours avec extravagance, comme par exemple cette fameuse scène où elle tue un homme dans le « quartier rouge » d’Amsterdam en le vidant comme un porc à l’abattoir. Villanelle prend plaisir à explorer ses désirs et c’est donc tout naturellement qu’elle laisse son attirance pour Eve grandir tandis que Eve se refuse de céder. Et quand elle se laisse submerger en portant une robe ou un parfum reçu par la tueuse en série, c’est empreint d’une grande culpabilité. Si on se réfère à un certain livre religieux punissant allègrement les femmes, en portant le prénom Eve, ce personnage est, condamné à éprouver cette double sensation: le plaisir et la culpabilité.

En se terminant par une scène où Eve laisse une pulsion meurtrière prendre le contrôle, la série soulignait sa complexité sur l’écriture de ses personnages. Une complexité que l’on retrouve en grande partie dans la saison 2 mais qui peine à nous surprendre autant que la première. Sans doute parce que, malgré notre amour pour ces personnages (qui peut être vu comme interdit lui aussi, étant donné que ces deux femmes peuvent être considérées comme des anti-héroines de par leurs actions moralement bancales), il se trouve que certains traits sont plus grossiers, moins subtiles et moins complexes.

On ne saurait expliquer si fatalement le changement de showrunneuse a marqué cette deuxième saison mais l’écriture intelligente et parfaitement bien dosée de Phoebe Waller-Bridge est un véritable manque. Villanelle par exemple devient assez prévisible alors qu’elle ne l’était pas. Elle n’hésite pas à tuer un jeune adolescent dans une chambre d’hôpital et malgré le fait qu’elle se retrouve en grande difficulté pendant la première partie de la saison (suite à sa blessure provoquée par Eve) va retrouver son confort de tueuse en série. C’est une certaine routine qui s’installe et si l’arrivée d’un personnage important va venir égayer tout ce joli petit monde, tristement elle ne suffit pas à totalement nous emporter.

Un jeu qui tourne en rond ?

Même si le duo est pleinement satisfaisant et nous offre encore des scènes jouissives, il faut dire que l’évolution peine à se faire ressentir et les rebondissements deviennent très vite répétitifs. La saison peine à se lancer et on y trouve un réel intérêt à partir de l’épisode 5 qui va redonner de sa superbe à la série sans pour autant atteindre l’énergie de la première saison. On éprouve le sentiment de faire du surplace, d’une intrigue qui peine à bouger et de longues scènes du quotidien qui malheureusement sont assez confuses remettant parfois en cause certains éléments abordés pendant la première saison. Toutefois, il faut le dire on éprouve encore un certain plaisir à voir l’histoire de ces femmes et ces personnages, bien que moins surprenants, qui restent toujours terriblement attachants. De plus, si cette saison est mi-figue mi-raisin, les aventures de nos deux (anti)héroïnes ne s’arrêtent pas là.

Il y a quelques jours, la BBC annonçait qu’une saison 3 était en préparation. Après le départ de la formidable scénariste Phoebe Waller-Bridge, c’est au tour de la showrunneuse Emerald Fennell de céder sa place. Suzanne Heathcote, qui a notamment rédigé les pages de script pour la série Fear The Walking Dead, spin-off de la célèbre série de zombies, s’occupera donc de la troisième saison de Killing Eve. Cette nouvelle saison devrait débarquer l’année prochaine sur nos écrans et pour le moment, aucune information n’a encore été révélée.

 

Killing Eve saison 2, à partir du 8 avril 2019 sur MyCanal. Ci-dessus la bande-annonce.

Présentée l’année dernière à la première édition du Festival Cannes Séries, la saison 1 (qui a, par la suite, débarqué au printemps 2018 sur nos petits écrans) de Killing Eve est une réussite en tout point : le scénario, signé Phoebe Waller-Bridge est délicieux, les deux actrices principales, Sandra Oh et Jodie Comer sont renversantes et la réalisation plutôt remarquable. C’est donc avec beaucoup d’attentes, et inévitablement, beaucoup d’appréhension, que les spectatrices et spectateurs attendaient cette nouvelle saison. Surtout qu’entre ces deux saisons, Sandra Oh, grâce à son rôle d’Eve Polastri, a encore décroché une statuette dorée lors des Golden Globes…

Note de la rédaction

Note de la rédaction

Avec une première saison remarquable, Killing Eve s'est faite plus discrète en revenant en petite forme. Si ses personnages hauts en couleurs sont toujours remarquables, son scénario, quant à lui, peine à surprendre.

Note spectateur : 3.58 ( 2 votes)

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