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Les Sauvages : élection présidentielle sous haute tension

CRITIQUE / AVIS SÉRIE – « Les Sauvages » offre une brillante et audacieuse incursion dans la politique-fiction française, mêlant subtilement de nombreux sujets sensibles qui touchent deux familles kabyles, et par ricochet, la France tout entière.

Les Sauvages, c’est le titre de l’une des scènes de l’Opéra-ballet Les Indes Galantes, de Rameau, choisi fort opportunément comme générique de la nouvelle Série de Canal + et c’est justement le morceau que joue Krim Nerrouche (Ilies Kadri) dans le cadre de son concours de piano. Ce sont aussi les mots proclamés par son cousin, le sombre Nazir (Sofiane Zermani) : « personne ne voudra des basanés, des sauvages, des crouilles ». Le président Idder Chaouch (Roschdy Zem) y fait également référence dans son discours inaugural, en évoquant « les hommes, qui peuvent être autant les plus civilisés que les plus parfaits sauvages ». C’est enfin et surtout le titre du roman éponyme de Sabri Louatah, adapté par ses soins avec la réalisatrice Rebecca Zlotowski .

Les Sauvages se révèle une série passionnante et réussie, pour plusieurs raisons. D’abord parce que ses personnages, qui appartiennent à des minorités encore trop peu visibles à l’écran, sont tous attachants dans leur complexité. Ensuite, parce que rarement une série aura fait preuve d’autant d’audace dans son rapport à l’histoire de la France en traitant, souvent pour la première fois à l’écran, des sujets encore délicats dans l’inconscient collectif français.

Ces thématiques importantes sont évoquées, tantôt frontalement, tantôt en filigrane. Ainsi, l’héritage de la colonisation en Algérie, le pardon des politiques envers ceux qui l’ont subie, la quête de l’identité et le communautarisme, les racines et la honte générationnelle, la religion, mais aussi le pouvoir, la manipulation et le lavage de cerveaux, le terrorisme ou encore le regard porté sur l’homosexualité.

Les Sauvages est une série qui parle de la France d’aujourdhui, sans tabou

On est happé dès le premier épisode, qui plonge d’emblée le spectateur dans le cœur du sujet. Le rythme haletant au jour et à l’heure près ne laisse aucun répit et maintient le spectateur dans une grande tension jusqu’à la fin, sans aucun temps mort. Les insertions d’images des chaînes d’information en continu renforcent ce sentiment d’urgence.

On suit donc de près la fin de la campagne électorale de Idder Chaouch, brillant économiste d’origine kabyle. Et on retrouve d’ailleurs l’agitation et l’ambiance électrique décrites dans les campagnes électorales de Baron Noir. Si Les Sauvages a clairement pris le parti de porter à l’écran la question politique et utopique de fonds, à savoir si le peuple français est prêt à voter pour un président d’origine algérienne, la série permet de faire réfléchir à cette possibilité dans les années à venir.

Chaouch est entouré de femmes fortes, beaux personnages féminins : marié à Daria (Amira Casar), cheffe d’orchestre réputée, il forme surtout un duo avec sa fille Jasmine (Souheila Yacoub), sa directrice de campagne. Cette dernière est fiancée à Fouad (Dali Benssalah), acteur qui a percé à Paris et s’est éloigné de sa famille restée à Saint-Etienne. Car la série montre très bien les choix que Fouad a délibérément fait et la manière dont il a quasiment renié ses origines, son milieu social modeste et certains membres peu recommandables de sa famille pour mener à bien sa carrière. Enfin, Marion (Marina Foïs), responsable de sa sécurité et membre du Ministère de l’Intérieur, en alerte permanente, suit de près Chaouch et envisage tous les risques possibles, même en cas de changements de feuille de route.

Les personnages sont autant complexes qu’attachants

Élu président de la République, Idder Chaouch est très vite victime d’un attentat commis par Krim, le cousin de Fouad, opportunément présent sur les lieux. Dès lors, la série s’attache aux pas des deux personnes qui subissent les dommages collatéraux de cet attentat et se retrouvent bannis du premier cercle : Fouad, puisque c’est lui qui a fait entrer le loup dans la bergerie, et Marion puisqu’elle a clairement failli à sa mission. C’est précisément leur recherche de la vérité qui est montrée dans les cinq autres épisodes de Les Sauvages, alors que Chaouch est entre la vie et la mort.

D’un côté, Marion mène une enquête parallèle à l’officielle. De l’autre côté, l’immersion de Fouad au sein de sa propre famille et de la communauté algérienne de Saint-Etienne, se fait parfois au prix de découvertes décevantes ou douloureuses, tant il prend conscience qu’il ne connaît ni ne comprend plus ses proches. Et par l’évocation de ces moments de climat de guerre civile et de questionnements à propos de la loyauté que l’on peut avoir en certaines personnes, Les Sauvages fait penser à bien des égards à Le Bureau des Légendes.

Heureusement, la série prend le temps de faire connaître au spectateur chaque membre de cette famille aux relations si complexes. Leurs points de vue sont abordés méthodiquement, l’un après l’autre, sans en favoriser aucun. Au travers du regard de Fouad, chaque personnage voit ainsi ses errements et ses secrets dévoilés, et mène le jeune homme sur de nombreuses pistes, vraies et fausses, vers des explications possibles quant au geste de Krim.

Ainsi les deux frères de Fouad : Nazir est en prison et ses deux enfants sont élevés par sa mère Dounia (Farida Rahouadj) et Slim (Shaïn Boumedine) vient de se marier. Rabia (Carima Amarouche), la mère de Krim et de Louna (Lyna Khoudri), ne partage pas les idées de sa sœur Dounia à propos de Nazir et toutes deux ont, elles aussi, un fort caractère. Ce qui est remarquable dans Les Sauvages, c’est que chaque personnage est construit de telle sorte qu’il parvient tout autant à surprendre et attendrir le spectateur qu’à se transformer dans l’épreuve et à en apprendre finalement plus sur lui-même.

Les interprètes sont tous très justes, ni dans le trop ni dans le trop peu, et plusieurs acteurs crèvent littéralement l’écran, comme Souheila Yacoubou ou Dali Bensallah, et évidemment Sofiane Zermani, plus connu sous son pseudonyme de rappeur, Fianso. Quant à Roschdy Zem, il est autant lumineux que son personnage de Roubaix, une lumière. Les Sauvages se révèle donc un thriller politique et social brillant, qui offre une réflexion de fonds sur la France d’aujourd’hui, dans toute sa diversité. On vous conseille de voir absolument la série.

Les Sauvages réalisée par Rebecca Zlotowski, d’après l’oeuvre de Sabri Louatah, diffusée sur Canal+ le 23 septembre 2019. Ci-dessus la bande-annonce.

Les Sauvages, c’est le titre de l’une des scènes de l’Opéra-ballet Les Indes Galantes, de Rameau, choisi fort opportunément comme générique de la nouvelle Série de Canal + et c’est justement le morceau que joue Krim Nerrouche (Ilies Kadri) dans le cadre de son concours de piano. Ce sont aussi les mots proclamés par son cousin, le sombre Nazir (Sofiane Zermani) : « personne ne voudra des basanés, des sauvages, des crouilles ». Le président Idder Chaouch (Roschdy Zem) y fait également référence dans son discours inaugural, en évoquant « les hommes, qui peuvent être autant les plus civilisés que les plus parfaits…

Conclusion

Note de la Rédaction

Les Sauvages est une série brillante et audacieuse qui aborde des problèmes politiques et sociaux de la France dans toute sa diversité d'aujourdhui

Note spectateur : 2.9 ( 26 notes)
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2 commentaires
  1. Le sujet est très intéressant car gravé dans l’histoire de France, mais je pense qu’un film comme « indigènes » parle plus franchement de nos rapports avec nos frères d’Algérie, tout comme la série « Baron noir » traite mieux le sujet de la politique. Le résultat d’un trop grand nombre de thème abordés sur 6 épisodes est un éparpillement infécond. D’autant plus qu’avec une distribution d’une telle qualité il ne fallait pas loupé l’occasion de faire un chef-d’œuvre mais le scénario n’est vraiment pas à leur hauteur et je suis désolé mais malgré les avis dithyrambiques de la presse sur les personnages je trouve qu’ils ne sont pas suffisamment profonds.
    En fait un beau gâchis.

  2. Commencez la série a l’episode 4. Les 3 premiers c’est tiré en longueur pour rien.

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