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Lovecraft Country : une Amérique monstrueuse sur HBO

Lovecraft Country : une Amérique monstrueuse sur HBO

CRITIQUE / AVIS SÉRIE - "Lovecraft Country", adaptation d'un livre éponyme par HBO et Jordan Peele, explore l'Amérique raciste des années 50 avec originalité et des monstres sous plusieurs formes.

Lovecraft Contry : un titre qui fait saliver

La simple évocation du nom de H.P. Lovecraft suffit à mettre en alerte les fans de fantastique et d'horreur. L'écrivain a installé dans son oeuvre un univers sombre qui n'a pas d'égal dans l'histoire de la littérature. Son mythe de Cthulhu est notamment une pierre angulaire de sa carrière, un pan de ses écrits qu'on ne cessera d'essayer d'analyser pour en déceler toute la richesse. Il y a eu, ci et là, quelques adaptations de Lovecraft mais on remarque que sur ce point il ne boxe pas dans la même catégorie que Stephen King, dont les livres sont pillés à longueur de temps pour les besoins du cinéma ou de la télévision. Un constat qui n'est en rien dressé pour rabaisser la grandeur de son travail, mais le phénomène pose question dans un Hollywood qui aime s'appuyer sur des bases déjà existantes pour drainer du monde dans les salles.

Dès son titre, Lovecraft Country affiche son affiliation à l'univers de l'auteur. Cette création HBO n'est pas adaptée d'un des titres de Lovecraft mais du roman éponyme de Matt Ruff. Pour un mélange très attrayant, dans la veine de ce cinéma d'horreur social qui cartonne ces dernières années. L'histoire débute dans les années 50, au cœur d'une Amérique marquée par une pensée ségrégationniste. Les Afro-américains ont une place à part dans la société de l'époque et le héros, Atticus (Jonathan Majors), le sait. Il entreprend pourtant de parcourir le pays, accompagné par son oncle (Courtney B. Vance) et une amie (Jurnee Smollett), afin de retrouver un père qu'il recherche. Un périple qui va se montrer encore plus dangereux que prévu car, si le trio va rencontrer des Américains dangereux, ils vont aussi découvrir l'existence de monstres encore plus impitoyables.

Une portée sociale actuelle

On le disait précédemment, en se déroulant dans les années 1950, la série reprend l'idée du livre qui est de dénoncer le racisme manifeste ancré dans les mœurs aux Etats-Unis. Les noirs doivent vivre entre eux pour ne pas se mélanger et quand l'un s'égare trop sur le territoire des blancs, il est vite rappelé à l'ordre. Au point de voir sa vie être en danger, comme dans cette scène où le trio se retrouve confronté à un shérif qui s'amuse avec eux en jouissant d'une autorité mal placée - s'en suit une superbe poursuite tendue qui épouse le rythme du coucher de soleil. Malgré le caractère fantastique de la série, Lovecraft Country embrasse tout un discours relatif à l'époque traitée qui n'en reste pas moins pertinent et universel en 2020. On l'a encore vu avec la révolte suite au meurtre de George Floyd.

Ce qui aurait pu être un road trip divertissant au pays des monstres de Lovecraft se nappe d'un regard incisif sur la société américaine. Une telle attitude rappelle des œuvres récentes comme Get Out et Us, ainsi que le brillant prolongement Watchmen, où le genre raconte quelque chose sur la cause noire. Le lien est tout trouvé car le réalisateur de ces deux films, Jordan Peele, a sa part d'implication dans Lovecraft Country. La part réflexive du show devient encore plus intéressante quand on se souvient que Lovecraft était tout bonnement raciste - le point noir le plus gênant de son oeuvre. Toute l'ironie est que cette histoire met en scène des protagonistes principaux noirs alors qu'ils n'ont jamais eu leur importance positive dans ses écrits. L'intelligence de la série est de rendre hommage à cette frange de la population - ainsi qu'à Lovecraft - sans que ce ne soit un sous-texte, la démarche est imbriquée dans la série comme élément actif qui anime le récit de l'intérieur.

Des monstres, pour un spectacle généreux

L'homme blanc est une menace pesante sur l'ensemble de la série mais celle-ci n'oublie pas son versant fantastique avec des vrais monstres. Au bout de quelques secondes, le premier épisode annonce la couleur avec une scène déjantée qui se ponctue par une apparition de Cthulhu. Comme pour se débarrasser de ça (le plan en question était déjà montré durant la promotion), de cette figure si imposante que l'on espérait voir à un moment. Cette introduction n'est pas un leurre : des vrais monstres vont intervenir dans le réel. Il faudra attendre la fin de ce même épisode pour découvrir que c'est effectivement le cas.

Lovecraft Country est un divertissement avec des touches sanglantes (une scène de métamorphose dans le quatrième épisode fait mouche), des monstres réussis et une part d'aventure avec des personnages qui explorent des lieux mystérieux truffés de pièges (l'épisode 4, encore, est excellent de ce point de vue). La série s'accapare l'univers de Lovecraft, mais également ce que la littérature fantastique/SF/horrifique a pondu dans sa respectable histoire, pour construire un labyrinthe dédaleux, qui se déchiffre avec des indices glanés sur le terrain et un sens aiguisé de la déduction. Cette série d'aventure surprend par sa richesse, sa générosité, son amour pour la pop-culture. Le titre pourra en tromper certain : ce n'est pas un objet télévisuel sur Lovecraft à proprement parler. C'est autre chose, de plus touffu, d'amusant par instant, de profondément énervé et lucide sur la condition des Afro-américains. HBO a encore frappé avec une série de qualité et originale. Tant pis si Lovecraft n'aurait sûrement pas aimé voir ça.

 

Lovecraft Country créée par Jordan Peele et Misha Green, sur OCS en US+24 le 17 août 2020. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

 

 

 

 

 

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