She-Hulk : Marvel et Disney+ sont tombés bien bas

She-Hulk : Marvel et Disney+ sont tombés bien bas

CRITIQUE / AVIS SÉRIE - « She-Hulk : Avocate » introduit Jessica Walters, la cousine d'Hulk, dans le Marvel Cinematic Universe (MCU). Une création de Jessica Gao qui pour sa première saison ne convainc pas.

She-Hulk : une série juridique comique

Avec ses séries sur Disney+, Marvel Studios cherche à travailler d’autres formats que ses blockbusters qui sortent trois à quatre fois par an. Avec ces shows, il s'agit d'emmener les spectateurs vers d’autres horizons. En témoigne WandaVision qui proposait un hommage décalé aux sitcoms avec ses épisodes en noir et blanc, ou What If… ?, première production animée de la firme.

Avec She-Hulk, le postulat de départ est simple. L’entreprise veut accompagner son public dans une série juridique comique et décalée, qui raconte les premières aventures de Jennifer Walters.

Tatiana Maslany - She-Hulk
Jennifer Walters (Tatiana Maslany) - She-Hulk ©Marvel

Ainsi, She-Hulk : Avocate se veut originale, et cherche à casser les codes du genre super-héroïque. C’est dans cette optique qu'est utilisé un pouvoir oublié de She-Hulk : sa capacité à briser le quatrième mur. Comme Deadpool, Jennifer Walters pouvait dans les comics, et surtout dans les années 1980, briser le quatrième mur. Elle ira même jusqu’à rencontrer ses auteurs pour changer le cours de son histoire. Marvel Studios décide donc de surfer sur cette idée.

L’occasion pour la firme de montrer qu’elle sait faire autre chose que du blockbuster boursouflé. Mais un concept original ne débouche pas forcément sur de la qualité. Parce que She-Hulk, c’est le défilé des mauvaises idées.

Des ressorts dramatiques inexistants

La créatrice Jessica Gao met en avant une série légère, décomplexée et surtout féministe. Elle met donc en scène une femme indépendante, qui doit gérer sa vie professionnelle d’avocate et sa vie de super-héroïque. Sauf que la plupart des pérégrinations du personnage tournent autour de ses désirs amoureux et sexuels. Mais rappeler au public que même She-Hulk doit se trouver un homme viril avec qui sortir, pour entrer dans le moule, est-ce réellement une avancée féministe ?

Cette thématique sert de fil conducteur au show, jusqu’à un dernier épisode navrant où la famille apparemment conservatrice de notre chère She-Hulk, parle de mariage, d’enfants, dans une séquence de repas lourdingue. Histoire de rappeler que le rôle de la femme est de se marier et de fonder une famille. Même She-Hulk. Ainsi, si Jessica Gao voulait réellement raconter les aventures d’une femme forte et féministe, c’est globalement raté.

Tout est tourné en dérision

On est donc très loin des habituels récits super-héroïques. Alors oui, les histoires de super-héros doivent faire peau neuve. C’est indéniable. Mais pas n’importe comment. She-Hulk s’amuse à tout déconstruire. Si la démarche est louable, le rendu lui, pique les yeux. En témoigne les traitements d'Hulk et de L’Abomination. Que Smart Hulk devienne le nouveau visage permanent de Bruce Banner, pourquoi pas. Même si on aimerait beaucoup revoir notre bonne grosse brute verte.

Mais utiliser L’Abomination d’une manière similaire n’a aucun intérêt scénaristique. Transformer le pire psychopathe de l’univers Hulk pour en faire un hippie au grand cœur, un gourou sectaire, qui cherche la paix intérieure et écrit des livres de coaching personnel est contre-productif, peu plausible et passablement insupportable.

L'Abomination (Tim Roth) - She-Hulk
L'Abomination (Tim Roth) - She-Hulk ©Marvel

Et ce traitement dérisoire, navrant et surtout insultant pour les fans du personnage est à l’image de la série. Globalement, rien n’a d’impact, tout est sans importance, tout est pris par le biais d’un « je m’en foutisme » total qui dessert le show. Il ne s’y dégage aucun suspense, aucune tension, et donc aucun intérêt pour les protagonistes. La série n’arrive même pas à mettre en avant le moindre antagoniste solide, concret et crédible…

Finalement, la seule véritable intention de la série qui tient à peu près la route, c’est sa volonté de banaliser les super-héros dans le monde fictif de l’univers Marvel. Une façon, assez maligne, de rappeler que les héros vivent parmi nous. Que l’humanité en est consciente. Ainsi, mettre en avant des procès entre humains et super-héros est logique et agréable (en tout cas sur le papier). Une ébauche qui permet de développer ce qui avait déjà été introduit dans des films comme Avengers : Endgame, où les êtres humains en viennent même à demander des autographes aux prodiges du monde Marvel. 

Un dernier épisode grossier

L’intégralité de ces défauts fait la quintessence du dernier épisode. Un fourre-tout brouillon, qui ramène tous les personnages de la série, sans aucune justification valable. She-Hulk décide donc de briser le quatrième mur pour discuter avec les auteurs de la série. Si, encore une fois, sur le papier, cette volonté de briser le quatrième mur est intéressante, la mise en scène est surtout un aveu d’échec face à un manque cruel de créativité. Marvel se sert de cette pirouette scénaristique pour se sortir d’une intrigue ennuyeuse, qui ne savait pas dans quelle direction aller.

Même la trouvaille de transformer Kevin Feige en intelligence artificielle est un procédé qui ne date pas d’hier. Une blague de plus qui tombe à l’eau et qui rappelle l’épisode de la série South Park où les garçons apprennent que les auteurs de Family Guy sont des bélugas qui poussent des boules au hasard.

Tatiana Maslany - She-Hulk
Jennifer Walters (Tatiana Maslany) - She-Hulk ©Marvel

Enfin, on ne manquera pas de souligner ce passage insultant dans la série. Une blague de mauvais goût pour justifier ses CGI ratés. Cette vanne ne tombe pas vraiment au bon moment, étant donné que ces dernières semaines les studios d’effets spéciaux montent au créneau contre Marvel et Disney pour dénoncer de mauvaises conditions de travail et une rémunération limitée. Et ça, au-delà de toute considération artistique et cinématographique, c’est une honte.

She-Hulk : Avocate de Jessica Gao, sur Disney+ à partir du 18 août 2022. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

 

 

 

 

 

 

 

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