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The Little Drummer Girl : Park Chan-wook s’accapare l’espionnage

CRITIQUE SÉRIE – Adaptée du roman de John le Carré, « The Little Drummer Girl », première mini-série anglaise de Park Chan-wook, portée par le trio Florence Pugh / Michael Shannon / Alexander Skarsgård, voit une comédienne embarquer dans une mission d’espionnage visant un terroriste palestinien.

En une dizaine de films, Park Chan-wook est de ces rares réalisateurs à pouvoir se targuer d’avoir traité d’une telle variété de genres : film de gangsters avec Moon is the Sun’s Dream, drame politique avec Joint Security Area, film de vengeance (trilogie Sympathy for Mister Vengeance / Old Boy / Lady Vengeance), comédie romantique (Je suis un cyborg), film d’horreur vampirique (Thirst), thriller psychologique (hitchcokien pour Stoker, érotique pour Mademoiselle). Autant dire que le voir se lancer dans le genre de l’espionnage, avec la réalisation de la mini-série anglaise (sa première, pour la BBC) The Little Drummer Girl, n’est pas aberrant. Au contraire, le cinéaste ayant toujours su développer sa personnalité dans chacun de ses films, cette nouvelle œuvre, tirée du roman de John le Carré (1983), est d’autant plus intrigante.

Park Chan-wook pose sa marque

Dès les premières secondes, Park Chan-wook pose son style et ses références. À l’aide d’un travelling avant, il s’approche vers la devanture d’un restaurant, dont la couleur verte (on y reviendra) des nappes attire immédiatement l’œil. D’un claquement de doigts, un homme fait venir la serveuse pour payer sa note. Le temps d’insister sur la montre de son poignet gauche, et voilà l’homme mystère reparti avec une valise à la main tandis que différentes minuteries commencent à se fondre au sein de la musique – on n’est pas loin de l’hommage à La Soif du mal d’Orson Welles.

Critique The Little Drummer Girl : Park Chan-wook s’accapare le roman d’espionnage

Par son montage, ses inserts sur des détails et ses innombrables mouvements, Park Chan-wook instaure une tension folle, tout en laissant deviner la suite : la fameuse valise, livrée chez un diplomate, explose. Un acte terroriste qu’on doit à Kahlil, un Palestinien qui, avec ses fidèles, vise les Juifs en Europe à la fin des années 1970. Pour le pourchasser, Martin Kurtz (Michael Shannon, encore impressionnant), espion israélien, forme une petite équipe et adopte des méthodes peu orthodoxes. Il forme ainsi de manière expéditive Charlie (Florence Pugh, excellente), une jeune comédienne de gauche, pour la faire passer pour une des conquêtes de Michel, le frère de Kahlil dont elle doit infiltrer le repère.

Le jeu du faux

Au fil des épisodes, Park Chan-wook filme ainsi l’entrée d’une civile – pas aussi naïve et fragile qu’on pourrait le penser – dans un monde d’espionnage amoral. Par elle, les actes des deux clans sont ainsi remis en cause. Les espions juifs, rappelant ceux menés brillamment par Philip Seymour Hoffman dans Un homme très recherché (2014), usant d’une forme de torture pour soutirer des informations, certes vitales, à Michel, le frère de Kahlil. Son « faux procès » laissera inévitablement des marques à Charlie, attachée à un homme qu’elle a appris à connaître par le biais de Gabi (Alexander Skarsgård). Celui-ci, sorti de sa retraite par Martin, incarnant véritablement Michel : reproduisant ses gestes, sa manière de parler, décrivant son caractère et ses idéologies, et surtout permettant à Charlie d’imaginer ce qu’elle est supposée avoir vécue avec le vrai Michel.

Critique The Little Drummer Girl : Park Chan-wook s’accapare le roman d’espionnage

Les thématiques de la vengeance et de la tromperie, l’utilisation de personnages qui cachent leur véritable identité, leur vraie nature, c’était le cas dans Old Boy, Thirst, ou encore Stoker. Mais avec The Little Drummer Girl, on sentirait peut-être davantage de filiation avec Mademoiselle, dernière œuvre cinématographique en date de Park Chan-wook. Kim Tae-ri jouait cette fausse servante, chargée d’aider son acolyte à séduire une riche demoiselle (Kim Min-hee). Les twists révélaient la double comédie jouée par certains protagonistes. Charlie doit donc jouer un rôle, mais c’est surtout Gabi, qui incarne son personnage à la manière d’un Daniel Day Lewis qui est intéressant. Alexander Skarsgård, par son visage froid, son mutisme et son regard sensible, se montre parfait pour provoquer une forme d’ambiguïté et le trouble de Charlie (et du spectateur).

Enfin, visuellement, l’utilisation des couleurs très marquées (vert, rouge, bleu, jaune, orange) et leur association au sein de mêmes plans, porte la marque de Park Chan-wook, dont le sens du cadre et de la mise en scène ne cessent d’émerveiller. Ses mouvements sont précis pour donner à la série un style faussement classique – à l’inverse justement de The Night Manager, adaptation précédente de John le Carré. Aussi bien par sa réalisation que par le sujet qu’il met en lumière (l’endoctrinement terroriste, proche de l’actualité), le cinéaste rend ainsi passionnante l’œuvre originale de John le Carré.

 

The Little Drummer Girl créée par Park Chan-wook, disponible depuis le 28 octobre 2018 sur myCANAL / CANAL+ À LA DEMANDE. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

En une dizaine de films, Park Chan-wook est de ces rares réalisateurs à pouvoir se targuer d’avoir traité d’une telle variété de genres : film de gangsters avec Moon is the Sun’s Dream, drame politique avec Joint Security Area, film de vengeance (trilogie Sympathy for Mister Vengeance / Old Boy / Lady Vengeance), comédie romantique (Je suis un cyborg), film d’horreur vampirique (Thirst), thriller psychologique (hitchcokien pour Stoker, érotique pour Mademoiselle). Autant dire que le voir se lancer dans le genre de l’espionnage, avec la réalisation de la mini-série anglaise (sa première, pour la BBC) The Little Drummer Girl, n’est…

Conclusion

Note de la rédaction

Avec "The Little Drummer Girl", Park Chan-wook s'accapare à merveille l'oeuvre de John le Carré, y conférant son style et retrouvant les thématiques de sa filmographie.

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