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El Camino : ce qu’il faut attendre et redouter du film Breaking Bad

© AMC

Longtemps attendu, mais aussi redouté, le premier film post-« Breaking Bad », qui s’intitule « El Camino », devrait forcément contenter les fans de la série, toujours accrochés à l’univers. Mais l’écriture de cette suite était-elle réellement nécessaire ? Attention spoilers.

Si il y a bien une série, un événement télévisuel phare de cette dernière décennie, c’est bien Breaking Bad. Mûrie du début à la fin par un auteur désormais célèbre mais qui demeure encore mystérieux – Vince Gilligan – la série, qui s’est terminée en 2013, n’a jamais vraiment cessé d’exister dans le paysage culturel. D’abord via un ensemble de goodies, d’objets et logos devenus cultes (Los Pollos Hermanos, les rues d’Albuquerque – le lieu où se trament les événements de la série – désormais visités par des milliers de fans…) mais aussi grâce au rachat de droits de diffusion sur Netflix. Depuis que les cinq saisons de Breaking Bad sont disponibles à volonté sur la plateforme, elle en a aussi profité pour s’associer officiellement avec Gilligan, autour d’une série spin-of, Better Call Saul, dont la saison 5 est datée pour 2020. La poule aux œufs d’or produite et diffusée aux États-Unis par AMC a dévoilé son épisode « final » en septembre 2013. C’est pourtant sept ans plus tard que Gilligan annonce, dans la surprise générale, qu’une suite en forme de long métrage a été produite, tournée et bouclée pour Netflix… El Camino sera disponible le mois prochain, c’est-à-dire dès le 11 octobre 2019.

Le règne d’Heisenberg sur la télévision est donc loin d’être terminé. L’occasion pour nous de revenir sur cet événement incontournable de l’automne, qui est autant une bénédiction qu’une malédiction pour le show.

© AMC

Chemin semé d’embûches…

Le décor n’a même plus besoin d’être posé, rien n’aurait changé depuis les événements de 2013. El Camino devrait ainsi se dérouler tout de suite (ou très peu de temps) après les événements majeurs de l’ultime épisode de la série, Felina (traduit par Revenir et mourir en français, sans commentaire).

Walter White a pour de bon laissé Heisenberg, son autre facette, prendre le dessus. Il s’est donné pour mission de secourir Jesse Pinkman des mains de la bande du néo-nazi Jack. Un aller-simple pour la mort. Avant de se jeter volontairement dans la gueule du loup, Walter laisse sa part d’humanité chez Skyler. Il assure ses arrières et règle les derniers détails du plan de toute sa vie : subvenir aux besoins de sa famille. Un dernier échange avec son ex-femme, un dernier regard sur sa fille Holly, son fils Walter Jr (ou Flynn) et il s’en va accomplir sa destinée. Walter White n’est donc pas mort du cancer – comme on pouvait le redouter depuis le début de la série – mais en tant qu’Heisenberg, dans son élément, couché dans un laboratoire pour méthamphétamine, une balle en plein estomac, comme un gangster. Il a anéanti Jack et toute sa bande, il a sauvé Jesse. Ce dernier s’est chargé personnellement de son rival Todd (qui, on le rappelle, avait assassiné devant ses yeux la pauvre Andréa, laissant Brock orphelin). Pendant qu’Heisenberg lâche un dernier souffle et avant l’arrivée de la police, Jesse Pinkman monte à bord d’une Chevrolet, la fameuse El Camino… et quitte les lieux, sans s’arrêter ni regarder derrière lui.

C’est ainsi que Breaking Bad a laissé la porte ouverte à la suite des (mes)aventures de Pinkman. Longtemps fantasmé, l’avenir du jeune homme a alimenté les théories les plus folles des fans. Est-il enfin libre ? Est-il allé rejoindre Brock ? Ou a t-il pensé se rendre à la police, rongé par la culpabilité ? El Camino tentera donc d’y répondre et c’est ici que l’excitation (et la peur) prennent de l’ampleur. Puisque ce désir d’allonger la fiction est à la fois une bonne et une idée périlleuse : a t-on réellement besoin de tout raconter, de tout expliquer, de tout comprendre ? Ce dernier gros plan, bouleversant, sur Jesse, roulant entre rire et larmes à bord de la Chevrolet : n’était-ce pas suffisant pour terminer l’arc narratif du personnage ? Pinkman a tout enduré : des pertes immenses (Jane en fin de saison 2, puis Andréa), des chocs émotionnels (l’empoisonnement de Brock, l’assassinat du pauvre Gale, sans oublier le cas Drew Sharp), le voir partir vers l’inconnu était la plus belle des fins que les scénaristes pouvaient lui offrir. Mais semblerait-il que Gilligan ait encore une histoire à raconter sur Pinkman, qui devrait être très vite rattrapé par son passé.

Si El Camino fonctionne comme un road trip à travers les États-Unis, il pourrait offrir de beaux moments introspectifs pour Jesse, tiraillé entre revenir à la maison et la fuir. Le tout mis en scène entre le Nouveau-Mexique et ailleurs, peut-être en plein désert, non loin d’une station service. « Je ne vous aiderais pas à remettre Jesse Pinkman dans une cage » déclare ce bon vieux Skinny Pete, face aux agents du FBI, dans le court trailer dévoilé du film. Puisqu’au-delà d’avoir côtoyé Heisenberg et d’avoir baigné dans le trafic de drogues, Jesse Pinkman est aussi un homme recherché pour avoir, de près ou de loin, participé au meurtre de Hank et Steve Gomez… sans oublier le carnage du clan de Jack. En conclusion, Heisenberg a sauvé Jesse d’une mort certaine, mais pas de l’emprisonnement. Tout est entre ses propres mains désormais.

… pour mener à la rédemption ?

Si il y a quelque chose à retenir de la personnalité de Jesse Pinkman, c’est son humanité saillante. Toujours préoccupé par son prochain, il en a même fait sa malédiction. Les liens avec sa famille définitivement brisés (ou pas ?), Jesse n’a plus personne vers qui se tourner, à l’exception de Skinny Pete et Badger, ses potes de jeunesse, qui n’hésiteraient pas à le couvrir (en témoigne d’ailleurs le trailer). Au cours de la saison 5, Jesse ne pouvait plus supporter cette situation. L’argent sale n’était plus une solution, il en venait même à jeter des liasses de billets devant des pavillons, lors d’une virée nocturne. « Je ne sais pas si il y a de quoi se vanter d’un empire de métamphétamine » soufflait t-il à Walter, dans l’épisode 6. À partir de là, il ne faut plus espérer retrouver le Jesse adolescent des premières saisons. Il est désormais adulte et se prend les responsabilités en pleine figure. On peut donc espérer qu’El Camino renoue les liens tissés entre le spectateur lambda et Pinkman, le fugitif malgré lui. Un garçon comme les autres, jeté dans la boue et qui aujourd’hui, encore, peine à en sortir.

Maintenant, que faut-il attendre d’un film officiant comme une suite directe (et une fin, une vraie ?) de Breaking Bad ? Vince Gilligan avait-il prévu cela depuis le début ? Beaucoup de questions gravitent autour de ce projet (la famille White a t-elle reçu l’argent de Walt ? Marie et Skyler se sont-elles réconciliées ? Heisenberg est-il vraiment mort ?) et on ne peut pas y répondre, si ce n’est en spéculant. Le synopsis du film, qui est aussi cryptique que son titre, n’apporte pas grand chose non plus :

Dans le sillage de sa fuite dramatique suite à sa captivité, Jesse Pinkman doit faire face à son passé, afin de se forger un avenir.

Une chose est sûre, on a confiance en Gilligan. Il est maître de son propre produit. Cependant, on connaît aussi cette fragilité de la part de Netflix à produire des films qui ne tiennent que très peu dans le temps, qui ne marquent pas vraiment. La plateforme nous avait déjà fait le coup de produire un film très moyen, en conclusion de sa série Sense 8 (un lot de consolation pour son annulation). Ainsi, El Camino hérite directement d’un immense poids, celui de la série mère, qui au demeurant se valait très bien en cinq saisons, aussi solides que haletantes. Ce film sera donc un digne successeur ou un acte manqué. Un événement filmique pour les fans, comme l’étaient les longs métrages d’X-Files, Entourage ou encore Veronica Mars. Prolongement d’une œuvre au départ télévisuelle mais à l’ambition cinématographique. Comme beaucoup l’ont longtemps rêvé, Breaking Bad est désormais plus que jamais à la hauteur des productions pour le grand écran.

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