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Gros Plan : Fantastic Mr. Fox et le retour à la nature de Wes Anderson

Alors que « L’Île aux chiens » s’apprête à sortir sur nos écrans, retournons dans le monde animal du premier film en stop motion de Wes Anderson, la sublime fable « Fantastic Mr. Fox ».

Début 2010 sortait en France Fantastic Mr. Fox, premier long-métrage d’animation de Wes Anderson, déjà bien connu du public après La Vie Aquatique et À bord du Darjeeling Unlimited. En adaptant avec son compère Noah Baumbach le roman pour enfant Fantastique Maître Renard de Roald Dahl (à qui l’on doit aussi Charlie et la Chocolaterie et Le Bon Gros Géant, adaptés respectivement par Tim Burton et Steven Spielberg), Wes Anderson y expérimentait, à l’occasion, une technique ancestrale de l’animation, le stop motion (ou l’animation en volume), qui faisait déjà des émules en 1925, lorsqu’elle a permis pour la première fois de mettre en mouvement des dinosaures faits d’acier et de caoutchouc dans Le Monde perdu, de Harry O. Hoyt.

Au-delà du réel

La technique se popularisera encore plus avec le King Kong de Cooper et Schoedsack mais disparaîtra progressivement des films en live avec le perfectionnement des effets spéciaux sur maquette, puis numériques. C’est surtout à partir des pâtes à modeler de Wallace & Gromit crées par Nick Park dans les années 80, mis en mouvement par le stop motion, que celle-ci s’imposera véritablement au grand public comme une technique d’animation singulière et permettant toutes les folies. À mi-chemin entre l’animation (mise en mouvement d’images fixes, en l’occurrence des photos) et le film live (les figurines se déplacent, existent et habitent un espace bien réel, contrairement à une fille de papier ou à un programme informatique), le stop motion ne pouvait qu’être destiné à être utilisé, un jour ou l’autre, dans le cinéma de Wes Anderson, déjà caractérisé par son goût pour le pastiche cartoon qui fait évoluer des personnages réels dans des décors fantasques proches de la bande dessinée et, donc, du dessin animé.

Rencontre qui a portée ses fruits avec un film d’animation à 40 millions de dollars : Fantastic Mr. Fox, qui narre les péripéties de M. F. F. « Foxy » Fox (George Clooney), de sa femme (Meryl Streep), de son fils (Jason Schwartzman) et de son petit neveu (Eric Chase Anderson) venu crécher quelque temps dans le terrier familial suite à l’hospitalisation de son père. Autrefois voleur impulsif dans les poulaillers et désormais reconverti comme chroniqueur dans la gazette du coin, Fox traîne son spleen et son flegme à la manière des humains du Darjeeling ou du sous-marin de la Vie Aquatique.

Pour remédier à cela, et, accessoirement, à la précarité de sa situation, la famille change de toit et s’installe sous un arbre non loin de trois fermes, celles de Boggis, Bunce et Bean, qui abritent des poules appétissantes et fabriquent un cidre succulent. Comme accroché à sa kleptomanie passée, Mr. Fox va commencer à voler les poulets des fermes voisines avec son ami Clive Badger (Bill Muray), un opossum, avant que la colère des trois fermes ne force les animaux du coin à fuir dans les sous-sols, pourchassés par les humains bien décidés à en découdre avec le renard voleur. L’occasion pour Wes Anderson de composer des tableaux poétiques ou épiques comme il en a le secret.

La fusion des précisions

Si l’animation en volume truffée de détails comiques et débordante d’inventivité se marie si bien avec le style Andersonien, c’est qu’ils sont tous deux une affaire de précision et de minutie tactile. Les panoramiques et autres travellings reconnaissables entre mille du réalisateur américain sont, autant que les micro-mouvements composites du stop motion, calculés au millimètre près, car rien ne peut être laissé au hasard. Ce style très tape à l’œil qui en agace beaucoup trouve ici, dans la mise en scène de créatures minuscules, une dynamique nouvelle qui permet de revigorer cette méthode Anderson qui trouvait, dans les personnages hagards de Darjeeling Unlimited, peut-être ses plus grandes limites et répétitions.

En rechargeant son cinéma d’une veine toujours plus cartoonesque et délirante dans ses compositions picturales grâce à l’animation, Wes Anderson semble épurer les errements psychologiques un peu lassant de ses précédents films. Un vent de fraîcheur souffle dans son cinéma par le biais de ses animaux et fait sortir son œuvre d’un flegme et d’une bizarrerie parfois ronflante, souvent automatisée. Ici, l’arc narratif se déploie de manière si simple (ce qui est sûrement dû au roman original de Dahl) que l’on ne ressent plus physiquement la nonchalance inhérente de ses personnages physiquement, comme ça pouvait être le cas jusqu’à présent. L’épuration des tergiversations psychologiques comme des multiplications intempestives des lieux d’action, des points de vue et des personnages (ce qui revient, malheureusement dans L’Île aux chiens, voir notre critique) permet d’apprécier d’autant plus l’enthousiasme qui se dégage d’un travail aussi colossal.

Into the Wild

Fantastic Mr. Fox est la démonstration d’une complexité artistique (des mouvements, des maquettes, des décors) mise en valeur par une simplicité narrative. Assertion qui pourra tout aussi être inversée, tant la concentration des personnages principaux (seuls Mr. Fox et sa famille sont véritablement développés) et de la trajectoire narrative du film (une simple fuite dans des tunnels sous-terrain pour échapper aux humains à la surface) permet d’apprécier pleinement la direction artistique incroyable de Fantastic Mr. Fox. La plus belle scène du film est à l’image de ce rapport entre la générosité du geste et la simplicité du scénario. Après une bataille cacophonique et bordélique entre les animaux et les humains en plein cœur de la ville, Mr. Fox et ses compagnons de route aperçoivent un loup à l’horizon alors qu’ils roulent à moto en pleine campagne (voir photo ci-dessous).

Mr. Fox s’arrête malgré sa phobie des loup pour admirer la beauté et la noblesse de l’animal. Cette apparition, à la fois effrayante, fascinante et énigmatique, vient ramener la sophistication sociale des animaux (qui parlent, qui pensent, qui interagissent) à leur plus simple appareil : l’état sauvage. Il s’agit ici de souligner que la beauté la plus pure est à la fois nue, sauvage, et impénétrable. On ne peut ni la comprendre (le loup ne parle pas), ni la saisir (le loup est vit reclus), seulement appréhender une liberté bien déclarée, lorsque ce loup lèvera son poing en signe de solidarité avec le combat mené par Mr. Fox, et dont les larmes couleront à ce moment-là.

Une scène assez surprenante à la vue de la filmographie de Wes Anderson, principalement basée sur les interactions sociales et les relations conflictuelles entre des êtres humains civilisés (ce retour à la nature composera par la suite l’un de ses plus beaux films : Moonrise Kingdom). Dans ce sens, il n’est pas anodin que, de l’aveu de son auteur, ce soit ce loup aperçu à la fin du film qui s’avérera comme le point de départ de L’Île aux chiens (en salle le 11 avril 2018), qui imposera à d’autres canidés, dressés et domestiqués, un retour forcé vers leur état sauvage.

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