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Gros plan : Gene Tierney – « Mademoiselle, vous devriez faire du cinéma »

Le 19 décembre, OCS diffusait « Gene Tierney, une star oubliée », un documentaire sur la vie de Gene Tierney, star hollywoodienne des années 40-50 aujourd’hui méconnue. C’est l’occasion de replonger dans la vie et la filmographie d’une actrice qui a tourné avec les plus grands réalisateurs américains de l’âge d’or d’Hollywood.

Ses pommettes saillantes et son regard à la fois doux et perçant ont fasciné les réalisateurs aussi bien que les spectateurs. Figure mythique dd’Hollywood, Gene Tierney perce l’écran à travers des rôles qui ont marqué l’histoire du cinéma.

Gene Tierney dans le rôle de Miranda Wells dans Dragonwyck de Joseph L Mankiewicz.

Une étoile montante à Hollywood

C’est à Brooklyn que Gene Eliza Tierney voit le jour, d’un père courtier en assurances irlandais et d’une mère professeur de gymnastique. Elle grandit dans un environnement protégé, passant l’été dans des villas de Long Island, recevant son éducation de gouvernantes européennes ou d’écoles privées huppées du Connecticut. Curieuse et cultivée, elle aime écrire et son premier poème est publié dans le journal de son école. A 16 ans, elle est envoyée dans un pensionnat suisse proche de la ville de Lausanne. Elle y apprend le français, qu’elle parlera couramment, et se passionne pour la peinture.

« Mademoiselle, vous devriez faire du cinéma »

A son retour aux Etats-Unis, deux ans plus tard, elle entame un voyage sur la côte ouest où elle visite les studios de la Warner Bros, sans se douter un instant que ce voyage bouleversera sa vie. Elle y croise Anatole Litvak, un cinéaste d’origine ukrainienne qui lui glisse alors, fasciné par sa beauté : « Mademoiselle, vous devriez faire du cinéma ». C’est cette phrase qui est à l’origine du titre des mémoires de l’actrice, rédigées bien plus tard.

Alors que la société Warner Bros lui propose un contrat sur le champ, Gene Tierney décide d’agir avec précaution, et préfère s’inscrire d’abord à l’American Academy of Dramatic Art, fréquentée par des personnalités renommées telles que Katherine Hepburn, Grace Kelly ou Lauren Bacall.

La plus jolie porteuse d’eau

C’est sur les planches que Gene Tierney commence sa carrière, à Broadway. Son premier rôle est celui d’une porteuse d’eau dans What a life ! , dans une performance saluée par un critique du Variety qui écrit : « Miss Tierney est sans doute la plus jolie porteuse d’eau que j’aie jamais vue. »  Elle pose aussi pour certains des plus grands magazines de mode entre ses performances scéniques. Mais c’est le cinéma qui l’attire réellement et elle ne tardera pas à y trouver sa place.

Gene Tierney pose pour le magazine Brief, avril 1945

 

De Fritz Lang à Otto Preminger et Joseph L. Makiewitcz.

C’est Fritz Lang qui lui donne son premier rôle en 1940, dans The Return of Frank James, où elle interprète Eleanor Stone, une jeune journaliste intrépide, aux côtés du bel Henry Fonda. Le film, qui reçoit un accueil plutôt négatif de la critique, n’en est pas moins resté dans les mémoires comme les premiers pas de la carrière de Gene Tierney.

L’année suivante, elle interprète Ellie May Lester dans La Route du tabac, un film de John Ford méprisé lui aussi par la critique. La belle Gene Tierney y apparaît avec un visage enduit de poussière presque du début à la fin du film, jusqu’à ce qu’elle se lave le visage dans une scène sensuelle à la fin du film.

 

La même année, Josef von Sternberg lui attribue un rôle de premier plan dans The Shanghai Gesture, où elle incarne « Poppy Smith », une jeune femme envoûtée par l’univers fascinant du casino de Shanghai. Elle y met à profit ses années d’apprentissage du français.

En 1943, elle joue un rôle secondaire dans le célèbre film de Ernst Lubitsch Heaven can wait, ce qui consacrera Gene Tierney au rang de grande actrice.
Mais c’est Otto Preminger qui gravera pour toujours son nom dans l’histoire, en en faisant l’héroïne de son film noir Laura.

Dans ce film, le lieutenant Mc Pherson enquête sur la mort de Laura, découverte abattue dans le hall de son appartement. McPherson interroge ses proches, et apprend à la connaître au fil de ses recherches, au travers des témoignages, de la lecture de ses lettres et de son journal intime, jusqu’à en tomber amoureux, subjugué par un tableau qui la représente. Ce film deviendra un véritable modèle du film noir, extrêmement célèbre, et consacrera Gene Tierney derrière ce qui se révèlera être le rôle de sa vie. Elle prouve avec cette performance sa capacité à jouer les rôles les plus divers, incarnant pour la première fois une femme forte et mystérieuse. Otto Preminger en fera l’une de ses actrices fétiches, lui attribuant par la suite un rôle dans Whirlpool (1949), Where the Sidewalk ends (1950), et Advise and Consent (1962).

L’inspecteur Mc Pherson contemple le portrait de la défunte Laura, incarnée par Gene Tierney

Elle collabore par ailleurs avec Joseph Mankiewicz dans Le Château du dragon en 1946 et L’Aventure de madame Muir en 1947, et sa performance dans Pêché mortel lui vaut une nomination aux Oscars en 1945.

Une vie personnelle tragique

A côté de cette splendide carrière, la vie personnelle de Gene Tierney a tout d’un film tragique.

Elle épouse en 1941, année de ses premiers films (Tobacco Road et Shanghai Gesture notamment), le costumier et styliste Oleg Cassini. Deux ans plus tard, en 1943, elle attend de lui une première fille. Mais elle contracte alors la rubéole au cours d’une visite à L’Hollywood Canteen, un club offrant nourriture et divertissement aux militaires de retour de mission pendant la Seconde Guerre Mondiale. Sa fille, Daria, naît prématurément, pesant à peine 1,5 Kg. La maladie contractée par sa mère a eu pour conséquence de rendre Daria sourde, partiellement aveugle, et mentalement affectée. Ce drame intime et familial plonge Gene Tierney dans une dépression qui durera plusieurs années. Cette catastrophe affecte dans un premier temps le couple de Gene Tierney ; après une première séparation, Gene Tierney et Cassini ont une deuxième fille, Christina, en 1948, puis divorcent en février 1952.

Gene Tierney a plusieurs histoires d’amour avec l’acteur Tyrone Power, avec John F. Kennedy, avec le prince Ali Khan, avant de se marier avec W. Howard Lee, baron du pétrole texan, en 1960. A cette époque, de graves ennuis de santé l’éloignent du cinéma. Elle est internée en hôpital psychiatrique et acquiert la réputation de « la folle d’Hollywood ». Elle publie son autobiographie en 1979, où elle retrace sa carrière, revient sur sa dépression et les troubles psychologiques qui ont mené à son internement. Son mari Howard Lee meurt en 1981 des suites d’une longue maladie. Dix ans plus tard, la jolie Gene lui succède. Elle est aujourd’hui enterrée dans le cimetière de Glenwood, à Houston, Texas.

 

Il reste de cette grande et magnifique actrice des interprétations superbes derrière la caméra de certains des plus grands réalisateurs de l’histoire du cinéma américain ; et si son nom s’estompe aujourd’hui dans les mémoires, si elle est réellement « une star oubliée », il faut sans plus attendre voir ou revoir ses films qui ont marqué plusieurs générations de cinéphiles.

 

 

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