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#LesFilmsDeLaHonte : dédiabolisons Monkeybone

Chaque semaine, les rédacteurs de CinéSérie vous partagent l’un de leurs pires films préférés. Aujourd’hui, c’est au tour de la comédie fantastique « Monkeybone » d’être analysée à la loupe. Entre animation et acteurs en chair et en os, Henry Selick nous en a fait voir de toutes les couleurs !

Souvenez-vous… C’est en 2002 que sortait la comédie d’animation fantastique Monkeybone, signée Henry Selick. Après L’Étrange Noël de Monsieur Jack (1993) et James et la Pêche géante (1996), notre spécialiste de l’animation image par image nous offrait ce film douteux, qui laissa les spectateurs quelque peu sans voix. Le genre de projet qu’on aime ou qu’on déteste, qu’on reverrait en boucle ou qu’on zapperait avant la fin. De notre côté, c’est quelque peu honteux que nous devons bien admettre avoir grandement apprécié cette parenthèse d’insouciance portée par l’attachant Brendan Fraser (George de la jungle, La Momie, Voyage au centre de la Terre). Retour sur une pépite de la honte à consommer sans modération !

Entre la vie et la mort

Le dessinateur Stu Miley (Brendan Fraser) est le créateur d’un nouveau personnage de BD à la popularité grandissante : Monkeybone, un petit singe impertinent. Celui-ci est tout le contraire de son auteur : malin, obscène, cupide et immoral. Ce sont ces défauts qui assurent le succès de Monkeybone. Stu connaît la gloire et s’apprête à épouser Julie McElroy (Bridget Fonda), la femme de ses rêves. Cependant, il est victime d’un accident alors qu’il se trouve dans une cabine téléphonique et tombe dans un coma profond. Il dérive dans son imaginaire et pénètre à Downtown, un monde étrange peuplé de créatures bizarres.

C’est l’endroit où aboutissent toutes les personnes se situant entre la vie et la mort. Celles-ci doivent prendre une décision, à savoir retrouver le chemin de la conscience ou sombrer dans un sommeil éternel. Stu a 12 heures pour quitter ce monde hostile avant que La Mort (Whoopi Goldberg) ne réclame son dû. Il trouve alors de l’aide auprès de Monkeybone. Rose McGowan campait quant à elle la fille-chat Kitty, Chris Kattan le donneur d’organe, Giancarlo Esposito Hypnos et Dave Foley Herb. Le singe animé, qui appelle son créateur « boss » et tient sa voix de John Turturro, l’entraine dans un monde féérique, burtonien à souhait, entre montagnes russes, grotte enchantée et fringues déjantées.

Une recette qui se répète

L’Étrange Noël de Monsieur Jack a été réalisé par Selick d’après une histoire originale de Tim Burton. Ce fut ainsi qu’il resta dans l’ombre du papa de Beetlejuice (1988) et d’Edward aux mains d’argent (1991). Nombreux furent d’ailleurs ceux à attribuer au génie du bizarre et du bigarré la réalisation du conte de Noël. Selick décida donc de se démarquer en signant son premier film mêlant animation et prises de vues réelles, ce après avoir expérimenté cette alliance magique sur James et la Pêche géante. Les fans de Qui veut la peau de Roger Rabbit ? (1988), signé Robert Zemeckis, ont bien entendu accouru pour découvrir cette comédie familiale alléchante.

Adapté d’un roman graphique peu connu intitulé Dark Town, Monkeybone nous transportait donc aux côtés de Brendan Fraser face au sadique personnage animé Monkeybone, qui devient un maléfique seigneur qui détient le corps de son créateur. Le plus grand nombre se trouva déçu de l’ensemble, voire choqué dans le détail. En résumé, une ambiance burtonienne n’assure pas le succès, tout comme la prise de risque ne paye pas toujours. Tous les ingrédients étaient là, entre animation et live action, scénario alléchant et casting affriolant, mais la recette n’a pas prise. Un soupçon de sel en plus peut-être ? Avec un peu moins de piment… Trop de blagues tue la blague. À noter dans vos cahiers, bande de petits gourmands.

Qui est la cible ?

La présumée comédie familiale n’est au final pas forcément conseillée aux enfants tant le singe peut être obscène et irrévérencieux. Pas réservé aux adultes non plus tant l’histoire peut être enfantine par moment. Parallèlement au burlesque, les décors sont souvent sombres et oppressants, les créatures angoissantes et la violence omniprésente, de quoi refiler des cauchemars à nos chères petites têtes blondes. Compliqué de rassembler les foules donc…

Cartoon hybride, ovni d’animation venu d’ailleurs, Monkeybone s’avère dérangeant. On ne sait si on doit apprécier ou détester le singe en question, idem pour son créateur qui se trouve confronté à l’addition de ses « erreurs ». La personnalité impertinente dont il a affublé son héros se retourne contre lui à l’heure de passer l’arme à gauche. Doit-on alors le plaindre ou au contraire rire de cette situation ? Les âmes immorales et autres spectateurs friands d’humour grossier y auront trouvé leur compte. Pour les autres, ils auront dû se contenter d’une heure trente de divertissement plus ou moins délassant justement.

Mi-figue mi-raisin

Ce qui nous a le plus perturbé, ce sont les personnages que l’on hésite à apprécier. On finit par s’y attacher sans pour autant laisser toutes les barrières céder. Le singe est une fois encore agaçant, dérangeant voire détestable tandis que face à lui, son créateur surjoue la naïveté et l’innocence. Fraser semble sans arrêt sur le point de pleurer ou de littéralement péter les plombs, on ne sait pas trop. Toujours est-il qu’il cabotine, comme à son habitude. Mais c’est aussi pour cela qu’on l’apprécie, parce qu’il nous rappelle une forme d’insouciance via des films propres à l’enfance. Whoopi Goldberg est quant à elle amusante lors de ces apparitions mais ne casse pas trois pattes à un canard non plus.

À la manière de nos dessins animés préférés, on aime particulièrement l’ambiance du début. L’intrigue est au départ passionnante, et il nous tarde de découvrir de quelle manière notre héros va se retrouver dans ce monde parallèle. Une fois qu’il y est plongé, on apprécie toujours autant l’ambiance so Burton et l’arrivée des différentes créatures hallucinantes. Disons que c’est après cela que ça se corse. Inventif sur la ligne de départ, pas assez personnalisé sur la lignée, c’est en seconde partie de film qu’on commence à sérieusement s’interroger. Au-delà d’un héros qui en fait des caisses, c’est la soupe à la grimace qu’on commence à déguster. Les gags s’enchaînent, pas toujours drôles, et l’aspect prévisible des scènes déroulées sous nos yeux donnent envie de baîller.

Applaudissons des deux mains

Un primate soi-disant destiné à toute la famille qui se révèle finalement très grossier, c’est insolite. Un génie de l’animation qui tente de mêler sa patte aux prises de vues réelles, c’est déroutant. Pourtant, malgré cela, on reste scotchés devant l’écran, bien incapable de laisser Monkeybone de côté pour un bon film d’action ou une sympathique comédie sentimentale, dénuée d’animation. La magie opère malgré tout en dépit de la divergence d’ambiance, tantôt attrayante tantôt déplaisante. Nous ne pouvons par ailleurs que saluer le travail admirable opéré par Selick. Son désir de s’affranchir de Burton se ressent, même si les décors en demeurent fortement inspirés.

La fable n’en reste pas moins originale, sans prétention certes mais suffisante pour passer une bonne heure et demie de détente. Le secret, c’est de se laisser aller sans juger. De ressentir sans critiquer et d’apprécier le jeu parfois exagéré pour en revenir à l’essentiel : notre dessinateur parviendra-t-il à quitter ce monde hostile avant que La Mort ne réclame son dû ?

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