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#LesFilmsDeLaHonte : préservons Evan tout-puissant

Chaque semaine, les rédacteurs de CinéSérie vous partagent l’un de leurs pires films préférés. Aujourd’hui, c’est au tour de la comédie fantastique Evan tout-puissant d’être portée aux nues tant elle nous a fait rire autant que frissonner, en dépit d’un ensemble honteux à souhait.

Souvenez-vous… Tom Shadyac nous offrait en 2003 Bruce tout-puissant sur un plateau d’argent. L’incontournable génie du rire Jim Carrey campait un reporter constamment de mauvaise humeur, en dépit d’une célébrité croissante et d’une femme belle et aimante (Jennifer Aniston). Un jour particulièrement foireux pour lui, entre accident de voiture et renvoi de la chaîne qui l’employait, Bruce se met en colère contre Dieu, magnifiquement incarné par Morgan Freeman. Entendu par l’oreille divine qui décide de prendre forme humaine et de descendre sur Terre, Bruce hérite contre son gré des pouvoirs divins, ce pendant une semaine. Dieu commande à notre grincheux de tenter de faire mieux que lui. S’il échoue, il peut entraîner l’apocalypse… Quatre ans plus tard, Shadyac remettait le couvert avec notre petit bijou fantastique, suite indirecte comique et héroïque intitulée Evan tout-puissant. Freeman se glissait à nouveau dans la peau de Dieu tandis que Steve Carell revêtait les habits d’un Moïse moderne afin de construire la célèbre arche de Noé. Evan Baxter était, rappelons-le, déjà présent dans Bruce tout-puissant, ce dans un rôle secondaire de présentateur télé.

Feu Bruce, bonjour Evan

Evan Baxter (Carell), présentateur des infos d’une chaîne locale de la ville de Buffalo, vient d’être élu au Congrès américain pour représenter sa communauté et quitte son métier. Bien décidé à marquer l’histoire de son pays, l’ex-présentateur vedette demande à Dieu (Freeman) de l’aider à « changer le monde », sans se douter qu’il a déjà été choisi pour une mission de la plus haute importance… Le politicien en herbe s’installe dès lors avec sa famille non loin de Washington, dans une maison luxueuse qui ravit ses trois fils et son épouse (Lauren Graham). Il leur jure de leur consacrer plus de temps. C’était sans compter sur le député Long (John Goodman), l’un des hommes les plus influents de Washington. Ce dernier lui proposant une alliance, le naïf Baxter est convaincu que sa prière a été entendue.

Mais des événements déroutants ne tardent pas à semer le trouble dans sa famille et au sein de sa fidèle équipe. Pourquoi ces livraisons d’outils préhistoriques et de madriers ? Pourquoi cet afflux ininterrompu d’oiseaux et de mammifères de toutes espèces qui chaque jour envahissent un peu plus le voisinage ? Et pourquoi Evan s’est-il cru obligé de troquer son costume pour une longue tunique ? En effet, des animaux le suivent partout et sa barbe pousse sans qu’il puisse la raser ! Notre homme est alors contacté par Dieu lui-même. Le Créateur lui demande de construire une grande arche, car un déluge est imminent. D’abord réticent, Evan finit par se plier à la volonté divine, devenant aussi la risée du Congrès et de tous les États-Unis, tandis que les animaux attendent devant chez lui de pouvoir embarquer

Un déluge de remises en question

Jim Carrey aka Bruce était en 2003 parvenu à séduire le plus grand nombre. Et pour cause, le scénario offrait une idée originale jamais exploitée. Les inimitables grimaces de l’acteur vedette palliaient par ailleurs aux faiblesses que certains avaient pu souligner. Evan le concernant a souffert d’une idée remaniée, réchauffée, servie avec une sauce différente mais avec les mêmes couverts tout de même. Dieu en devint moins charismatique, le dénouement prévisible et l’ensemble étiré en longueur. Au-delà, nombreux furent ceux à avoir du mal à digérer les remontrances écologiques martelées. Regarder un film est censé être divertissant, en aucun cas prise de tête. Mais face à la bonne conscience d’Evan et son implication sans limite, on en vient presque à culpabiliser d’être confortablement installés le chauffage à fond avec des friandises pas bio du tout.

Les leçons de morale sont également véhiculées via une forme de propagande religieuse indigeste, Freeman nous enseignant comment être un bon père de famille doublé d’un être irréprochable envers son prochain. Ainsi donc nous devrions laisser notre ambition et nos moments de détente de côté pour à notre tour construire une arche afin d’accéder au paradis ? Balivernes. Certes il nous faut au mieux respecter les dix commandements, mais le format comédie ne devrait pas nous pousser à nous remettre à ce point en question. Les croyants auront par ailleurs plus ou moins apprécié les nombreuses références à la Bible égrainées ça et là. Certains y auront vu un hommage, d’autres une plaisanterie voire un outrage. Nous nous rappelons entre autre le nom de l’agente immobilière, Eve Adams (inutile ici d’expliquer la référence…), ou encore le bois livré par « Alpha and Omega Hardware », hommage à Dieu clamant dans l’Apocalypse « Je suis l’Alpha et l’Oméga, le début et la fin ».

Déchiffrons Evan

Rappelons tout d’abord qu’Evan tout-puissant est la comédie la plus chère jamais produite. De 140 millions de dollars de budget, le film est passé à 175 millions avec la construction de l’arche et les nombreux effets spéciaux. Une fois la promotion comptabilisée, le gentil barbu atteint les 200 millions de dollars de budget. Colossal pour un homme qui se démunie peu à peu de tout pour en revenir à l’essentiel. Point de vue box-office, Evan frisa les 174 millions de dollars de recettes dans le monde.

Au-delà de le perte financière, le film fantastique essuya de nombreuses critiques négatives, allant même jusqu’à se voir décerner le Razzie Award de la « pire pré-suite ou suite de film ». Carell quant à lui reçut le Teen Choice Award du meilleur « cri dans un film », ce qui vous l’imaginez bien, le laissa sans voix. Evan fut par ailleurs nominé au Teen Choice Award du meilleur acteur de comédie (pour Carell), de la meilleure comédie, et du meilleur « pétage de plombs » ainsi qu’au People’s Choice Award du meilleur film familial. Des avis mitigés donc, à l’encontre de celui qui, après Bruce, releva le défi de Dieu.

Un bon point pour Evan

Evan tout-puissant est un véritable plaisir coupable qui se laisse regarder sans honte puisque Carell campe le rôle principal. En effet, le comédien sauve l’honneur. Son air benêt, son regard naïf et ses bonnes intentions nullement dissimulées rendent le personnage attachant. Bien que lassant de remontrances, le film était dans l’air du temps. Et pour cause, il nous faut préserver nos ressources naturelles et sauver notre planète. Les ennemis sont ici des agents immobiliers peu scrupuleux qui se fichent pas mal de l’environnement.

Soucieux d’avoir une attitude en accord avec le message véhiculé, l’équipe du film a planté plus de 2 000 arbres en Californie et en Virginie afin de compenser les émissions de carbone causées par le tournage. Et Shadyac ne s’est pas arrêté là. En pur écolo, notre homme a distribué des vélos à son staff, afin que chacun puisse évoluer sans pollution aucune au sein des décors. Pour finir, une grande partie des matériaux issus de l’arche a, après le tournage, était envoyée à l’organisation Habitat for Humanity International. Ce recyclage permit de construire des logis aux personnes défavorisées.

Oh mon bateau !

L’arche construite par Evan n’est donc pas parvenue à convaincre le plus grand nombre, croyants ou non, adeptes de Carell ou pas. Nombreux furent ceux à rire du déluge final, en accord parfait avec le naufrage essuyé par le film. Le bateau coula, entraînant avec lui une pluie de critiques. Rescapés et maintenus au sec, les comédiens, l’équipe et le réalisateur ont tout de même reçu quelques louanges bien méritées.

Applaudissons en effet le travail titanesque qui a été fait autour de ce projet. De la construction de l’arche aux effets spéciaux en passant par un tournage saturé d’animaux plus ou moins sauvages, Evan tout-puissant ne fut pas de tout repos. Le jeu d’acteur était juste, l’ensemble cohérent et drôle, et les messages véhiculés primordiaux. Alors certes on a moins ri que face à Jim Carrey, et on est sortis lessivés de toutes ces remontrances, mais saluons au moins Shadyac & Co pour leur investissement sans limite. Et vous, qu’avez-vous pensé de ce concentré de folie douce saturé de messages forts ? A vos commentaires !

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