"12 Years a Slave" retrace l’histoire de Solomon Northup, violoniste et charpentier américain enlevé et vendu comme esclave au milieu du XIXe siècle. Un long-métrage poignant et douloureux, pour lequel les comédiens ont vécu une expérience viscérale durant le tournage.
12 Years A Slave : l’histoire vraie de Solomon Northup
Alors qu’il ambitionne de réaliser un film sur l’esclavage, Steve McQueen découvre grâce à sa compagne Bianca Stigter l’ouvrage 12 Years a Slave, autobiographie de Solomon Northup parue en 1853. N’arrivant pas à croire qu’il n’en a jamais entendu parler jusque-là, le cinéaste britannique est sous le choc à la lecture du livre, qui lui évoque Le Journal d’Anne Frank dans son caractère nécessaire à la compréhension de l’Histoire. Il décide donc de l’adapter, en confiant l’écriture du script au romancier et scénariste John Ridley.
Sorti en 2014 en France, le long-métrage est porté par Chiwetel Ejiofor, qui prête ses traits à Solomon Northup. En 1841, vingt ans avant le début de la guerre de Sécession, ce violoniste et charpentier vit dans l’État de New York avec sa femme Anne (Kelsey Scott) et leurs deux enfants. Trahi par deux hommes se faisant passer pour des artistes, Solomon est enlevé et envoyé à la Nouvelle-Orléans, où il est acheté comme esclave par William Ford (Benedict Cumberbatch).

Subissant des brimades du charpentier John Tibeats (Paul Dano), Solomon est revendu par Ford au tortionnaire Edwin Epps (Michael Fassbender), propriétaire d’une plantation de coton. Victime et témoin des pires sévices, il fait tout pour retrouver sa famille et sa liberté.
Lupita Nyong’o, Sarah Paulson, Paul Giamatti, Brad Pitt, Alfre Woodard et Michael Kenneth Williams complètent la distribution de 12 Years a Slave. Nommé dans neuf catégories aux Oscars, le long-métrage décroche trois statuettes, dont celles de Meilleur film et Meilleur scénario adapté.
Une expérience viscérale
Le tournage en Louisiane est éprouvant pour les comédiens. Récompensée par l’Oscar de la Meilleure actrice dans un second rôle pour le rôle bouleversant de Patsey, Lupita Nyong’o se souvient auprès de Vulture :
(Nous étions) au plus fort de l’été en Louisiane, donc il faisait chaud. Il faisait extrêmement chaud. (…) J’ai réalisé à quel point ces gens étaient forts. Je veux dire, ils ont ramassé du coton plus de seize heures par jour par cette chaleur. Une chaleur qui me mettait au défi.
Elle évoque aussi les prises de vues de l’une des scènes les plus fortes du long-métrage, au cours de laquelle son personnage s’effondre après avoir reçu de nombreux coups de fouet :
Tout est dans le claquement du fouet. On l’entend. Et on le sent. J’ai senti le vent à chaque coup. Je n’avais pas besoin de beaucoup plus. (…) Je ne voyais pas le fouet. Je ne pouvais réagir qu’au son et au vent. C’était donc difficile. Mais ce jour-là n’aurait pas pu être plus réaliste pour moi car pour me préparer, je n’avais qu’à être présente.

Partageant plusieurs scènes d’une violence inouïe, Lupita Nyong’o et Michael Fassbender se soutiennent mutuellement et se témoignent de la gentillesse en dehors des prises, afin de sortir le plus facilement possible du contexte du film.
Un choc émotionnel pour Michael Kenneth Williams
Invité dans le talk-show d’Arsenio Hall, le regretté Michael Kenneth Williams révèle de son côté que l’émotion l'a submergé durant le tournage. Le célèbre interprète d’Omar Little dans Sur écoute confie :
Il y a une scène qui n’est malheureusement pas dans le film… On tournait cette scène où mon personnage Robert est traîné jusqu’au bateau d’esclaves et où il se révolte. Il devient fou. À la cinquième prise que nous venions de tourner, Steve a crié 'Coupez !' et quelque chose m’a pris, je ne sais pas ce que c’était… Je suis tombé par terre, je ne pouvais plus m’arrêter de pleurer et de crier. Je n’arrivais plus à me relever.
Réconforté par le coordinateur des cascades, Michael Kenneth Williams a alors lâché prise pendant une vingtaine de minutes. L’acteur conclut à ce sujet :
Je pense que ce qui m’est arrivé, c’est que j’ai eu un aperçu de ce que nos ancêtres ont dû traverser.
Une fin de tournage compliquée pour Chiwetel Ejiofor
Cinq ans après la sortie de 12 Years a Slave, Chiwetel Ejiofor assure quant à lui que malgré l’intensité du tournage, il ne s’attendait pas à un tel choc en découvrant le film de Steve McQueen. Dans l’émission Couch Surfing de People, il explique également qu’il a eu besoin d'un temps de réadaptation une fois la production terminée :
Il m’a fallu un peu de temps, même dans un sens pratique, pour sortir de cette expérience, pour assister à des dîners et ne pas simplement parler de l’inhumanité de l’homme envers l’homme. Il m’a fallu un peu de temps pour réintégrer la société.