Première collaboration entre David Cronenberg et Viggo Mortensen, "A History of Violence" est un des grands thrillers des années 2000. Dans ce film passionnant où le sombre passé d'un homme resurgit avec violence, Maria Bello et Viggo Mortensen se sont littéralement fait mal pour les besoins d'une scène d'amour plutôt sauvage.
A History of Violence, quand le passé resurgit
En 2005, David Cronenberg rassemble un joli casting pour son film A History of Violence. Viggo Mortensen, Maria Bello, William Hurt et Ed Harris sont en effet à l'affiche de ce thriller parfait, un film de gangsters où le thème de la double identité est central, et auquel David Cronenberg réserve un traitement haletant.
Dans A History of Violence, Viggo Mortensen interprète un père de famille, Tom Stall, qui forme avec sa femme et ses deux enfants un ménage heureux dans l'Indiana. Mais alors qu'il tue deux criminels venus braquer son petit restaurant, le doute s'installe : n'est-il bien que Tom Stall ? Où serait-il aussi Joey Cusack, un ancien gangster notoire de Philadelphie ? En effet, "Tom" semble particulièrement doué au moment de faire usage de la violence...

À ses côtés - ou face à lui, c'est là toute la subtilité du film -, Maria Bello incarne Edie, la femme de sa vie avec qui il a eu deux enfants, Jack et Sarah. Celle-ci, découvrant comme les autres un aspect ténébreux et dangereux de son mari, va se mettre à douter, ne sachant plus qui elle doit craindre. Les hommes qui en veulent à Tom et l'appellent "Joey", ou Tom lui-même ?
Une scène de sexe violent qui a marqué les corps
Il y a deux scènes d'amour physique dans A History of Violence. Une première, douce et tendre, où Edie surprend Tom habillée en cheerleader. Une scène d'amour apaisée, sereine, et un acte sexuel plus ludique que passionné. Une séquence presque banale, avec la référence à un fantasme sexuel très ancré dans la culture américaine.
Cette première scène de sexe est tout à l'inverse de la seconde, qui est elle plutôt la résultante violente d'une dispute entre les deux personnages, où se mêlent dans un acte, qui débute non-consenti, de la haine, de l'amour, et beaucoup de passion. Cette fois-ci, c'est plutôt Joey que l'on voit, l'homme violent et dangereux qui a essayé de se faire oublier sous l'identité de Tom Stall.

La scène se déroule dans l'escalier de la maison, et elle a été très physique pour les deux acteurs. En effet, étant donné le décor, la mise en scène et le cadre, il était impossible de protéger Viggo Mortensen et Maria Bello, allongés sur des marches en bois. Le tournage de la scène leur a ainsi laissé des égratignures et des ecchymoses. David Cronenberg racontait ainsi ce moment du tournage à Movieweb en 2005.
Maria a eu des ecchymoses, Viggo aussi. Ils avaient tous les deux le corps marqué parce que les marches étaient vraiment en bois. On a tourné dans deux décors, un où on pouvait voir en contre-plongée, et l'autre en plongée, sans les murs. Il n'y avait aucun moyen de dissimuler des "stunt pads" (tapis de cascade, ndlr). J'en avais parlé au coordinateur des cascades, qui m'avait répondu en riant : "personne ne m'avait jamais demandé des tapis de cascade pour une scène de sexe". Mais on a bien vu que c'était impossible d'en utiliser, alors on a fait sans.
Des égratignures gardées à l'image ?
Dans cette même interview, David Cronenberg poursuit et explique que cette scène de sexe, qui n'était pas dans le script original - il n'y en avait aucune -, lui a donné l'idée des plans suivants où l'on voit le dos blessé d'Edie. Ces blessures sont bien le résultat d'un maquillage, mais elles ont été inspirés par celles, bien réelles, occasionnées par les multiples prises nécessaires pour tourner la séquence. Il se dit même que certaines ont été couvertes, tant elles étaient nombreuses.
Comme pour la célèbre séquence du hammam dans Les Promesses de l'ombre, les acteurs de David Cronenberg se sont donc dépensés sans compter pour le besoin de cette séquence explicite et violente, mais parfaitement justifiée par sa symbolique dans l'enfer que traverse la famille Stall dans A History of Violence.