Anna Karénine : le film devait être complètement différent

À l'origine, "Anna Karénine" ne devait pas se dérouler dans un théâtre. Mais la lecture d'un ouvrage a bouleversé la vision de Joe Wright, qui a transformé son projet quelques semaines avant le début du tournage.

Anna Karénine : après Orgueil et préjugés et Reviens-moi

En 2012, le réalisateur Joe Wright et Keira Knightley travaillent pour la troisième fois ensemble après Orgueil et préjugés et Reviens-moi. Avec Anna Karénine, le tandem se consacre à nouveau à une histoire d'amour tumultueuse et bouleversante, adaptée du roman éponyme de Léon Tolstoï.

Le long-métrage débute en 1874, en Russie. Mariée depuis ses 18 ans à Alexis Karénine (Jude Law), fonctionnaire du gouvernement, Anna est parfaitement intégrée à la haute société de Saint-Pétersbourg mais a tiré un trait sur l'espoir de voir naître un semblant de bonheur conjugal. Lorsque son frère Oblonski (Matthew Macfadyen) l'invite à lui rendre visite à Moscou alors qu'il traverse une période compliquée avec son épouse Dolly (Kelly Macdonald), Anna accepte et croise à son arrivée le comte Vronski (Aaron Taylor-Johnson), charmant officier de cavalerie.

Quelques regards entre eux suffisent pour qu'une ardente attirance mutuelle voie le jour. Leur liaison déclenche un véritable scandale au sein de l'aristocratie. Domhnall Gleeson, Alicia Vikander, Ruth Wilson, Emily Watson, Olivia Williams, Michelle Dockery, Cara Delevingne, Bill Skarsgård et Raphaël Personnaz complètent la distribution impressionnante de ce drame récompensé par l'Oscar des Meilleurs costumes.

Une prouesse technique

Bénéficiant d'une direction artistique, d'une photographie et de costumes magnifiques, la réussite d'Anna Karénine doit aussi beaucoup à son cadre singulier. Le film se déroule dans un lieu unique, un théâtre et sa scène en perpétuelle évolution. Pour le réalisateur Joe Wright, ce parti pris fait écho au parcours émotionnel de l'héroïne ainsi qu'à son environnement, comme il l'explique dans le dossier de presse :

Anna joue le rôle de l’épouse dévouée jusqu’au moment où elle rencontre le comte Vronski. Mais tous ceux qui l’entourent continuent de jouer. J’ai alors pensé que nous pourrions situer ce film dans un théâtre.

Pourtant, à l'origine, Joe Wright opte pour une approche plus classique et "naturaliste", comme pour Orgueil et préjugés. C'est en lisant l'ouvrage Natasha's Dance : A Cultural History of Russia de l'historien Orlando Figes que le cinéaste a l'idée de concentrer son récit sur un seul décor. Interrogé par le Hollywood Reporter en 2012, il déclare :

(Orlando Figes) décrit la société russe de l'époque comme une société en représentation sur scène. Ils étaient très préoccupés par l'image qu'ils renvoyaient aux autres.

Le réalisateur transpose donc la métaphore de manière littérale à l'écran. Voyant son projet comme un "ballet avec des mots", il fait appel au chorégraphe Sidi Larbi Cherkaoui pour incorporer de la danse dans le long-métrage. Ce dernier assure que Joe Wright a pris "les chorégraphies au sérieux" et les a utilisées comme un élément "narratif" et pas uniquement "décoratif".

Un défi pour Keira Knightley

Avant le tournage, Sidi Larbi Cherkaoui organise un atelier de trois semaines avec les comédiens pour qu'ils se familiarisent avec la danse. Dans un entretien accordé au New York Timeen 2012, il raconte :

J'ai essayé de leur faire comprendre que l'on peut constamment lire leur langage corporel.

Il précise auprès du National Post :

(Dans un monde) où tout était faux et mis en scène, nous utilisions le mouvement pour signifier ce qui était réel.

https://www.youtube.com/watch?v=PJSd5kHlZ5Q

Le chorégraphe apprend par exemple à Keira Knightley et Aaron Taylor-Johnson à transmettre leurs émotions par la valse. Considérant Anna Karénine comme l'une de ses expériences les plus intenses, la comédienne affirme à propos de l'évolution inattendue du film, au cours d'une interview pour Collider :

Quand nous avons commencé à en parler (avec Joe Wright, ndlr) après l'écriture de la première version du script, le film devait être un récit naturaliste. Ça a changé dix semaines avant le tournage, quand il m'a appelé et m'a dit : "J'ai quelque chose à te dire". Je suis allé le voir à son bureau (...) et il m'a dit : "OK. Ça va se passer dans un théâtre".

Si j'avais travaillé avec quelqu'un que je ne connaissais pas, cela aurait déclenché la sonnette d'alarme et j'aurais été terrifiée. Mais comme je le connais bien et que nous avons travaillé plusieurs fois ensemble, il y a une confiance implicite. La raison pour laquelle je voulais travaillé avec lui est parce qu'il n'aurait justement jamais voulu en faire quelque chose de simple.