La grande Catherine Deneuve prête ses traits à Bernadette Chirac dans "Bernadette", premier long-métrage de Léa Domenach. Une comédie décapante, qui reprend des éléments réels pour dresser un savoureux portrait de femme.
Bernadette : une première dame qui redore son image
Les chœurs qui ouvrent Bernadette donnent d'emblée le ton du film, qui reprend évidemment de véritables éléments de la vie de Bernadette Chirac. Mais le premier long-métrage de Léa Domenach n'a aucune vocation documentaire et est à mille lieues d'un biopic émouvant pensé comme un véhicule à récompenses ou un brulot politique, façon Ray, Nixon, W : L'Improbable président ou encore Vice.
Lorsqu'elle débarque à l'Élysée, Bernadette Chirac (Catherine Deneuve) s'aperçoit que son entourage la juge acariâtre, froide et légèrement ringarde. Avec l'aide de son conseiller Bernard Niquet (Denis Podalydès), elle décide de redorer son image auprès des Français, bravant ainsi le mépris de son mari Jacques (Michel Vuillermoz), de sa fille Claude (Sara Giraudeau) et de la plupart de ses proches. Ses différentes mesures vont non seulement dévoiler des facettes inédites de sa personnalité, mais également permettre à son époux d'être réélu.
La grande réussite de Bernadette est de parvenir utiliser des éléments populaires liés à la famille Chirac, à commencer par la froideur apparente de Bernadette et la décontraction totale de Jacques, pour en tirer des situations comiques et des répliques qui font mouche sans jamais ridiculiser son héroïne. L'ancienne première dame devient effectivement une héroïne qui se venge du dédain qu'elle subit de la part de sa famille. Constamment relayée au second plan, elle va mettre à profit sa clairvoyance et ses idées ingénieuses pour rappeler qu'elle est tout sauf un élément de décor dans le palais présidentiel.
Catherine Deneuve impériale
La réalisatrice Léa Domenach et sa coscénariste Clémence Dargent se servent donc des Chirac pour dresser un portrait de femme savoureux. Leur long-métrage revient sur des épisodes comme la création de l'opération Pièces Jaunes pour en tirer un récit moderne.
Cette volonté de ne pas coller complètement aux faits réels se ressent également à travers la mise en scène et la photographie, qui s'éloignent complètement d'un certain naturalisme, ce qui le différencie de films à la réalisation beaucoup plus fade comme La Conquête. Bernadette se rapproche davantage de Quai d'Orsay dans son énergie, son rythme constant, ses dialogues hilarants et sa satire d'un univers impitoyable. Le film rayonne à travers ses couleurs, qui s'accordent à merveille aux tenues de son héroïne.
Enfin, il doit aussi énormément à Catherine Deneuve, qui ne cherche jamais à imiter Bernadette Chirac, à l'inverse de Laurent Stocker qui s'en donne à cœur joie en reprenant les mimiques de Nicolas Sarkozy. L'actrice est une nouvelle fois immense, attachante, drôle et parfois très touchante, notamment dans les séquences où la première dame rend visite à sa fille Laurence (Maud Wyler). Entourée d'excellents partenaires, Catherine Deneuve parvient à éclipser totalement le visage, la voix et la posture de Bernadette Chirac pour créer son propre personnage, allant ainsi parfaitement dans le sens de cette comédie réjouissante.
Bernadette est à découvrir dès le 4 octobre 2023 au cinéma.
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