La dramaturgie parfaite de "Gladiator", le magnifique péplum de Ridley Scott avec Russell Crowe, tient sur une épopée tragique qui voit le héros Maximus mourir à la fin. L'acteur vient de révéler que cette issue n'était pas celle prévue dans les premières versions du scénario.
Acclamé par la critique et considéré comme culte par ses innombrables fans, le film Gladiator sorti en 2000 est un monument du cinéma et un modèle contemporain du péplum qui n'a pas encore d'égal. Depuis quelques années, le projet d'une suite à donner à Gladiator semble exister. Le réalisateur Ridley Scott ne s'est pas montré réticent à l'idée, annonçant même y travailler avec la Paramount. Mais une suite, quelle qu'elle soit, se heurte à la fin fermée du film. Gladiator est l'histoire de Maximus Decimus Meridius, général romain que l'empereur Commode tente d'assassiner, ainsi que sa famille. Si Maximus réchappe de sa tentative d'assassinat, ce n'est pas le cas de sa femme et de son fils, tués par la garde prétorienne. Devenu gladiateur, il va chercher vengeance.
Et comme le dit l'adage -"il faut creuser deux tombes quand on cherche vengeance"-, Maximus meurt à la fin de Gladiator, retrouvant sa famille dans l'au-delà, apportant ainsi une touche finale magnifique à ce chef-d'oeuvre. Son interprète Russell Crowe, oscarisé pour sa performance, a cependant révélé au magazine Empire qu'à l'origine Maximus devait survivre à l'issue du film.
"Est-ce qu'il finit par ouvrir une put*** de pizzeria près du Colisée ?"
Dans son célèbre parler franc et pince-sans-rire, Russel Crowe est donc revenu sur la destinée de son personnage. Et il a expliqué que la décision de faire mourir Maximus a été prise au tout dernier moment, après plusieurs réécritures majeures du scénario de Gladiator. L'idée initiale était de le faire survivre à son aventure, mais plus l'histoire se déroulait, plus cela semblait incohérent. Il n'est pas anodin de faire mourir un personnage principal, d'autant plus quand il est un véritable héros auquel le public va vouloir s'identifier... On comprend donc que pour diverses raisons, la priorité aille à la survie des héros. Mais Russel Crowe raconte qu'avec Ridley Scott, ils se sont assez vite rendus à l'évidence :
Je me souviens de Ridley qui vient me voir sur le plateau et me dit : "Écoute, de la manière dont ça prend forme, je ne vois pas comment tu survis. Ce personnage est à propos d'un pur acte de vengeance de sa femme et de son enfant, et une fois qu'il s'est vengé, que fait-il ?" Et je blaguais : "Oui, qu'est-ce qu'il fait ? Est-ce qu'il finit par ouvrir une put*** de pizzeria près du Colisée ?" Il a un seul but, qui est de retrouver sa femme dans l'au-delà et s'excuser de n'avoir pas pu la protéger. Et c'est tout.
Effectivement, on a bien du mal à imaginer Maximus revenir à une vie simple après cette fantastique épopée. Sa mort est consubstantielle à la qualité de l'histoire et du film, et une autre écriture de Gladiator où il aurait survécu aurait sûrement désamorcé toute la dimension dramatique du film. Et par ailleurs, si Maximus est un personnage purement fictif, l'empereur Marc-Aurèle et son fils Commode qui lui succède sont bien des personnages historiques, sur lequel le film fait reposer (avec des libertés et quelques erreurs factuelles) son réalisme. Faire survivre Maximus aurait ainsi été une trop grande réinvention de l'arrière-plan historique, ce qui aurait nécessairement décrédibilisé ce très grand film qu'est Gladiator.