Juste la fin du monde : de quelle maladie Louis (Gaspard Ulliel) va-t-il mourir ?

Une performance exceptionnelle pour un film déchirant

Juste la fin du monde : de quelle maladie Louis (Gaspard Ulliel) va-t-il mourir ?

En 2016, Xavier Dolan réalise "Juste la fin du monde", film adapté de la pièce de théâtre éponyme de Jean-Luc Lagarce. Cette histoire raconte le retour de Louis dans sa famille, un écrivain souffrant et qui sait qu'il va bientôt mourir. Si le mot n'est jamais prononcé, on peut comprendre de quelle maladie il souffre, en s'intéressant à l'inspiration autobiographique à l'origine de cette création.

Juste la fin du monde, le grand rôle de Gaspard Ulliel

En 2016, le réalisateur québécois Xavier Dolan présente Juste la fin du monde, son sixième film. Cinéaste au génie précoce, il adapte ainsi la pièce de théâtre éponyme de Jean-Luc Lagarce, dramaturge et metteur en scène français décédé en 1995. Peu compris de son vivant, il est depuis sa disparition, un des auteurs contemporains les plus joués en France et adaptés dans le monde. Le film de Xavier Dolan, s'il divise la critique lors de sa présentation au Festival de Cannes en 2016, est néanmoins un succès et rassemble en France plus d'1 million de spectateurs dans les salles.

Il repart de la croisette avec le Grand prix et le prix du jury oecuménique. En 2017, le film obtient trois César : meilleur réalisateur, meilleur acteur pour Gaspard Ulliel et meilleur montage. Avec le décès accidentel de Gaspard Ulliel le mercredi 19 janvier 2022, à 37 ans, le film se pare maintenant, pour sa postérité, d'une nouvelle et terrible émotion.

Quand Xavier Dolan adapte Jean-Luc Lagarce

Juste la fin du monde raconte le retour dans sa famille, après douze ans d'absence, de Louis (Gaspard Ulliel), un jeune écrivain reconnu. Son retour a un motif : souffrant, il vient leur annoncer sa mort, certaine et prochaine. Mais ce retour ravive des souvenirs, des tensions, met à jour des différences et des souffrances qui touchent chaque membre de sa famille. Il y a sa mère (Nathalie Baye), sa soeur cadette Suzanne (Léa Seydoux), son frère aîné Antoine (Vincent Cassel) et sa belle-soeur Catherine (Marion Cotillard).

Le retour de Louis va permettre un traité clinique de la folie familiale, une lutte de classes sociales au sein de cette famille, des rapprochements et des affrontements terribles. Finalement, Louis repartira sans avoir pu leur annoncer la dramatique nouvelle.

Juste la fin du monde
Juste la fin du monde ©Diaphana Films

C'est Anne Dorval, actrice fétiche du réalisateur, qui au début des années 2010 lui avait ainsi conseillé de s'intéresser à la pièce. Xavier Dolan n'avait pas été convaincu à sa première lecture, avant d'y revenir après le tournage de Mommy. Ce fut alors une révélation :

Tôt cet été-là, je relus - ou lus, vraiment - Juste la fin du monde. Je sus vers la page 6 qu’il s’agirait de mon prochain film. Mon premier en tant qu’homme. Je comprenais enfin les mots, les émotions, les silences, les hésitations, la nervosité, les imperfections troublantes des personnages de Jean-Luc Lagarce. À la décharge de la pièce, je ne pense pas avoir, à l’époque, essayé de la lire sérieusement. À ma décharge, je pense que, même en essayant, je n’aurais pas pu la comprendre.

Louis, double de fiction de Jean-Luc Lagarce, atteint du sida

Né en février 1957 à Héricourt en Franche-Comté, de parents ouvriers chez Peugeot, Jean-Luc Lagarce s'arrache de sa condition, quitte sa classe laborieuse pour devenir chef de troupe, comédien de théâtre et dramaturge. Il s'installe à Paris à la fin des années 80. Dans ces mêmes années, il est atteint du sida et se sait condamné. Une condition qui va alors orienter ses créations autour des thèmes de la disparition, les adieux, et renforcer ceux qu'il traitait déjà : le retour dans la famille, la difficulté de la communication, le pouvoir de la parole.

Juste la fin du monde
Juste la fin du monde ©Diaphana Films

Alors, quand il écrit à Berlin en 1990 sa pièce Juste la fin du monde, Jean-Luc Lagarce parle de lui-même, créant avec le personnage de Louis un double de fiction pour annoncer à sa famille, et au monde, qu'il va mourir. Dans la pièce, Louis a 34 ans, soit un an de plus que l'âge de Jean-Luc Lagarce lorsque celui-ci l'écrit. Le 30 septembre 1995, le dramaturge meurt des suites du sida, à Paris, à l'âge de 38 ans.

Dans Juste la fin du monde de Xavier Dolan, Gaspard Ulliel livre ainsi une performance bouleversante, d'une sincérité déchirante. Dans ses mots, mais peut-être surtout dans ses silences, dans les regards échangés avec celles qui ont compris, dans sa relation volcanique avec son frère Antoine, qui lui en veut d'être parti et d'avoir vécu la vie que lui n'a pas eu, Gaspard Ulliel trouve son plus grand rôle. Pour lequel il obtient donc le César du meilleur acteur en 2017. De leur côté, Vincent Cassel et Nathalie Baye sont tous deux nommés pour un César du meilleur second rôle.

Un huis clos familial pour raconter, en implicite, toute la condition humaine

Les spectateurs, du film comme ceux de la pièce, savent avant les personnages ce qu'il va se passer. C'est le sens du prologue, où Louis explique sa démarche, et c'est ce qu'on nomme l'ironie tragique : connaître, et c'est une cruauté certaine, avant les principaux concernés, la teneur du drame. On sait que Louis va mourir et vient l'annoncer, mais comme il ne parvient pas, lors de ce retour en famille, à le formuler, il repartira sans avoir prononcer le mot sida, la maladie qui va le tuer.

L'amour, la mort, les liens du sang qui persistent quand tout oppose les membres d'une même famille, ce sont en effet les thèmes que Juste la fin du monde traite avec une grâce unique. Ne pas dire, ou dire à moitié, se comprendre en silence, c'est aussi tout le pouvoir de l'implicite, une notion chère à Jean-Luc Lagarce qu'il a exploitée dans beaucoup de ses oeuvres. Hommage à l'auteur de la pièce, exploration intime de la condition humaine, Juste la fin du monde de Xavier Dolan s'inscrit comme une oeuvre majeure du cinéma contemporain et, avec son rôle dans Saint Laurent de Bertrand Bonello, le lieu de la plus grande performance de Gaspard Ulliel.

Une performance qu'il parfait, s'il le fallait encore, lors d'une lecture en 2016 du monologue de la fin de la pièce de théâtre, sur les ondes de France Inter.

 

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