Le Prince oublié : pourquoi Bérénice Bejo a failli ne pas jouer dans le film ?

Le Prince oublié : pourquoi Bérénice Bejo a failli ne pas jouer dans le film ?

Avec "Le Prince oublié", Michel Hazanavicius et Bérénice Bejo signent leur cinquième collaboration. Mais l'épouse et muse du réalisateur n'était pas du tout convaincue par son personnage à la première lecture, au point d'envisager un refus...

Le Prince oublié, une affaire de famille

Depuis 2006 et le grand succès de comédie OSS 117 : Le Caire, nid d'espions, le réalisateur Michel Hazanavicius et l'actrice Bérénice Bejo ne se quittent plus. Mariés et parents de deux enfants, ils travaillent ensemble et Bérénice Bejo a été de tous les films d'Hazanavicius depuis 2006, à l'exception - logique - de OSS 117 : Rio ne répond plus et du segment du film à sketches Les Infidèles.

Elle est évidemment de The Artist, pour lequel sa performance la couvre de récompenses, dont le César de la Meilleure actrice en 2012.

Le Prince oublié
Le Prince oublié ©Pathé Films

Il est donc naturel de la voir assurer un double rôle dans Le Prince oublié. Une comédie d'aventure familiale très ambitieuse où un père, Djibi (Omar Sy), fait tout pour rester le héros de sa fille Sofia, dans le monde réel mais surtout dans le monde fantaisiste des histoires qu'il lui raconte. Dans ce film - dont les effets spéciaux éblouissants détonent dans le cinéma français -, Bérénice Bejo incarne la voisine de Djibi et Sofia, Clotilde, et "la femme à la porte" dans le monde imaginaire.

Mais il s'en est fallu de peu pour que l'actrice, pas vraiment convaincue par l'écriture de son personnage, refuse d'apparaître dans Le Prince oublié.

"Je n’aimais pas beaucoup ce personnage qui n’existait pas vraiment"

Comme elle le raconte, à la lecture de la première version du scénario, elle n'est ainsi pas convaincue par le rôle de Clotilde, voisine de Djibi et Sofia.

La voisine, à l’origine, n’était pas très développée dans le premier scénario. J’avais même dit à Michel : "Écoute, ça va sans doute être le premier film qu’on ne va pas faire ensemble !". Je n’aimais pas beaucoup ce personnage qui n’existait pas vraiment, un peu à la traîne derrière l’histoire d’un père et de sa fille. Michel a retravaillé tout cela, j’y ai mis ma patte au passage, et à l’arrivée je trouve que cette voisine ressemble aux héroïnes typiques du cinéma américain de comédie romantique : la fameuse « girl next door » !

Effectivement, dans le scénario d'abord présenté à Michel Hazanavicius par Noé Debré et Bruno Merle, Clotilde est un rôle peu attractif, parce que son personnage s'établit comme très secondaire. Presque comme un pur élément de paysage, ce qui est en soi une faiblesse, mais qui en plus rejaillit de manière négative sur son "double" dans le monde imaginaire.

"Son emploi idéal au cinéma est celui de la jeune première de comédie"

Michel Hazanavicius a vite vu lui aussi les limites du premier développement de ce personnage du film Le Prince oublié. Il l'a donc retravaillé.

Ce rôle fait partie des éléments que j’ai beaucoup retravaillé au scénario car ce personnage-là était assez peu développé. J’ai donc imaginé du sur-mesure pour Bérénice car, indépendamment de la femme avec qui je vis, je trouve que c’est une actrice extrêmement pétillante. Elle est drôle, charmante, et elle a le sens de la comédie, le timing, la justesse. Pour moi, son emploi idéal au cinéma est celui de la jeune première de comédie.

En retravaillant ensemble le personnage de Clotilde, Bérénice Bejo et Michel Hazanavicius font d'une pierre deux coups. En effet, avec un personnage "réel" plus substantiel, son double imaginaire prend aussi de l'épaisseur, alors qu'elle est dans le monde fantaisiste un personnage sur le point d'être oublié et qui risque de disparaître. De personnage initialement très secondaire, elle devient donc, grâce à la réécriture et selon les termes d'Omar Sy, "un vrai pilier de l'histoire".