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Ronin sur Prime Video : l'inoubliable course-poursuite de Robert De Niro et Jean Reno

Un duo unique pour un film à part

Ronin sur Prime Video : l'inoubliable course-poursuite de Robert De Niro et Jean Reno

Fin des années 1990, Robert De Niro termine une nouvelle décennie de grands rôles et Jean Reno brille aux États-Unis. John Frankenheimer les rassemble en 1998 dans "Ronin", thriller d'espionnage américain qui offre une action brute et des courses-poursuites devenues des modèles du genre et considérées égales voire supérieures à celles de "Bullit" et de "French Connection".

Ronin : un thriller d'espionnage mal-aimé

En 1998, John Frankenheimer réalise Ronin, film d'action avec Robert De Niro et Jean Reno considéré comme la dernière des quelques belles réussites au cinéma du réalisateur américain. C'est en effet au coeur d'une filmographie constellée d'échecs critiques et commerciaux que se distinguent des films comme Un crime dans la tête, French Connection 2, Grand Prix et donc Ronin, sorti quatre avant son décès. C'est surtout à la télévision que John Frankenheimer a fait l'unanimité, avec des réalisations et des productions régulièrement acclamées - il a remporté cinq Emmy Awards, mais son insistance à créer pour le grand écran malgré ses échecs aura tout de même fini par payer avec Ronin, une déclaration d'amour au cinéma d'action, au style noir des années 70 et à la France.

Ronin reçoit des bonnes critiques à sa sortie, après une première présentation à la Mostra de Venise. Mais commercialement, le succès n'est pas au rendez-vous avec 70M de dollars de recettes au box-office mondial, pour un budget de 55M. La faute à un classement R-Rated ? Il faut plutôt regarder du côté du scénario, peu compréhensible pour certains, trop elliptique ou tout simplement faible pour d'autres. L'appréciation du film se trouve ailleurs : dans une action musclée, tout particulièrement des courses-poursuites considérées comme parmi les meilleures de l'histoire du cinéma, et dans un casting flamboyant.

Ronin
Spence(Sean Bean) Larry (Skip Sudduth) Gregor (Stellan Skarsgård) Vincent (Jean Reno) Sam (Robert De Niro) - Ronin @United International Pictures

Ronin transpire une mélancolie héroïque et une tendresse pour un cinéma qui disparaît, et c'est ce que le réalisateur a particulièrement poursuivi dans ce casting. Robert De Niro (Sam), Jean Reno (Vincent), Stellan Skarsgård (Gregor), Sean Bean (Spence) et Skipp Sudduth (Larry) sont d'anciens soldats, ou espions, certainement des hommes habitués au combat et à de sombres histoires. Comme dans Reservoir Dogs de Quentin Tarantino, ces hommes qui ne se connaissent pas sont réunis dans un café par Deirdre (Natasha MacElhone) qui va leur confier une mission périlleuse et mystérieuse : voler une mallette très protégée. Quels sont leurs noms ? Que contient la mallette ? À qui faut-il la voler et pour qui ?

Quand Robert De Niro et Jean Reno fumaient des Gitanes Maïs

Des questions dont ils ignorent les réponses, mais qui vont progressivement et violemment se dévoiler. Jolie subtilité du film mais à l'équilibre fragile, on oscille entre le film d'espionnage abstrait et le pur film d'action. La fameuse mallette n'est autre qu'un MacGuffin, un pur prétexte à l'instar de la mallette de Pulp FictionUne nouvelle référence qui se mêle à une ambiance inspirée aussi par le cinéma de Jean-Pierre Melville. À l'image de Le Samouraï, les personnages de Ronin sont taiseux et marqués d'un ennui, d'une lassitude. Les personnages se poursuivent sans se révéler, et John Frankenheimer poursuit lui aussi sa quête de cinéma.

Qu'est-ce qu'un "ronin" ? Dans le Japon médiéval, c'est un samouraï sans maître devenu mercenaire. Mais ces hommes sont-ils vraiment sans maîtres ? D'autres personnages vont faire leur apparition dans ce thriller character-driven, incarnés par des acteurs de choix comme Jonathan Pryce et Michael Lonsdale, et auront aussi leurs cartes à jouer...

Ronin
Ronin ©United International Pictures

À l'époque, Jean Reno est Franz Krieger dans Mission : Impossible et aussi la star de Léon, Robert De Niro est à un de ses sommets après Casino et Heat. Les deux personnages de Ronin, hommes d'action en pré-retraite, semblent ainsi autant s'amuser que leurs acteurs à se suggérer leur passé, se deviner sans trop se parler, avec une complicité respectueuse et une cordialité heureuse. Quelques scènes saisissent cette intention, notamment quand Jean Reno offre avec son légendaire sourire enfantin une cigarette Gitanes Maïs au réveil à Robert De Niro. Les visages sont fatigués mais apaisés, les fringues sombres sentent le tabac froid, les armes lourdes sont prêtes à crépiter et les voitures à brûler l'asphalte.

Une course-poursuite en hommage et en modèle

John Frankenheimer aime beaucoup la France et il n'imaginait pas mettre en scène Ronin ailleurs. C'est l'occasion pour lui de nous faire visiter Nice et sa région, ainsi que Paris, et à très grande vitesse. On voit donc beaucoup des rues de la capitale et s'y déroule une course-poursuite monumentale, entre nos deux héros et leurs adversaires. Une BMW 535 poursuivie par une Peugeot 406, filmées en conditions les plus réelles possibles, ça n'a rien de très séduisant sur le papier. C'est pourtant dans cette poursuite exigeante d'un grand réalisme que le film se sublime. Les voitures sont des voitures courantes, la vitesse est réelle et les dégâts sont réalistes, et la musique réduite à son strict minimum pour ne pas guider la sensation du spectateur. À titre d'exemple, le compteur est monté à 160 km/h pour la séquence dans le tunnel des Halles. On sent donc l'influence des références Bullit et French Connection, tout comme l'envie de faire encore mieux.

Pour être le plus authentique possible, John Frankenheimer a décidé de ne pas tourner les images au ralenti afin de ne pas "tricher" sur les sensations. Il a aussi pu profiter d'un coup de main des autorités françaises. Il était en effet à  l'époque interdit par la municipalité parisienne de tourner des fusillades et des poursuites à cause des dérangements occasionnés. Une exception fut faite, avec l'idée que la publicité pour Paris serait séduisante, puisqu'on y voit Montmartre, Bir-Hakeim, les quais, le pont Alexandre III, et encore d'autres lieux reconnaissables.

Quelques années plus tard, Doug Liman réalisera une course-poursuite dans Paris, elle aussi célèbre, dans La Mémoire dans la peau. Aussi à la poursuite de l'authenticité, le premier film Jason Bourne nous entraîne dans un rythme et une esthétique très proches de Ronin, avec cependant des incohérences de parcours et un réalisme amoindri. Plus que n'importe quel autre film, Ronin a montré qu'il était bien plus excitant de conduire très vite dans des véhicules courants que vite dans des voitures sportives. Le coordinateur des cascades du film, Jean-Claude Lagniez, a détaillé sur le travail d'orfèvre nécessaire pour réaliser ces séquences dans une vidéo documentaire produite autour du film.

C'est ainsi que l'autre grande poursuite du film, entre le village de La Turbie et Nice, rassemble aussi des véhicules courants comme une Audi S8, une Citroën XM, une Peugeot 405... Pour réaliser ces séquences, dans certaines desquelles Robert De Niro n'a pas toujours l'air à l'aise, les véhicules ont été équipés de commandes à droite et d'un faux volant à la place du conducteur. C'est donc à pleine vitesse et à côté de pilotes surentraînés, dont l'ancien pilote de F1 Jean-Pierre Jarier, que les acteurs ont "joué" ces séquences.

Il faut enfin noter l'important travail pour les courses-poursuites comme pour la photographie générale réalisé par Robert Fraisse, ancien assistant réalisateur devenu un directeur de la photographie internationalement reconnu. Avec les consignes de mise en scène de John Frankenheimer, celui-ci s'est notamment appliqué à éviter les couleurs primaires et approfondir les couleurs sombres, ainsi qu'à rendre le grain plus visible pour donner une patine au film.

Une technique qui illustre à elle seule le mouvement profond d'un film qui offre une des courses-poursuites les plus modernes et innovantes de l'histoire du cinéma, tout en poursuivant un idéal et des figures de cinéma qui s'échappent.

Ronin est à (re)voir sur Amazon Prime Video.

 

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