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Spartacus : quand le tournage tourne au supplice pour Stanley Kubrick

Spartacus : quand le tournage tourne au supplice pour Stanley Kubrick

"Spartacus" fut un projet gigantesque avec de grandes stars qui ont mis les nerfs de Stanley Kubrick à rude épreuve sur le plateau.

Spartacus : la colère du "non"

Si les histoires d'amour commencent souvent par un "oui", les guerres se déclarent elles à cause d'un "non". Et c'est bien un refus qui signe la naissance de l'épopée meurtrière du film Spartacus ! En 1957, Kirk Douglas entend parler d'une adaptation cinématographique du roman Ben-Hur. Il se retrouve avec le scénario entre les mains, le lit et s'imagine déjà dans le rôle-titre. Il en fait part à William Wyler qui doit mettre en scène le péplum et avec qui il a déjà tourné Histoire de détective 6 ans plus tôt. Sûr de son coup, l'acteur a pourtant la surprise de se voir plutôt proposer d'incarner Messala, l'ennemi du héros. Piqué dans son orgueil, il lâche l'affaire et laisse le soin à Stephen Boyd de faire face à Charlton Heston.

Spartacus
Spartacus ©Universal

S'il ne peut pas être cet esclave, alors Kirk Douglas en sera un autre tout aussi célèbre ! Le producteur Edward Lewis lui apporte le roman Spartacus d'Howard Fast et l'acteur en achète les droits d'adaptation sur le champ. Il sort d'un gros succès au box-office avec Les Vikings, produit avec United Artists et c'est donc tout naturellement vers eux qu'il se dirige. Là encore, on lui dit "non", prétextant la mise en production prochaine d'un film au scénario similaire intitulé Les Gladiateurs avec Yul Brynner. Se sentant trahi dans sa confiance, il se dirige alors vers le concurrent Universal qui est partant, mais à plusieurs conditions : ils veulent un scénario fini, une affiche prestigieuse et le choix du réalisateur leur reviendra. Acculé et souhaitant plus que tout que le film se fasse, Douglas accepte. Première étape : le scénario.

Change de vitesse et passe le Trumbo

En toute logique, Kirk Douglas demande à Howard Fast, l'auteur de Spartacus, d'écrire le scénario du film. Le résultat est jugé catastrophique par l'acteur qui cherche une solution de rechange et la trouve chez Dalton Trumbo (Vacances romaines, Menaces dans la nuit). Un petit problème cependant : ce dernier se trouve toujours sur la liste noire d'Hollywood et ne peut pas travailler officiellement sur le film. Il le fait alors sous le pseudonyme de Sam Jackson. Finalement, cette chasse aux sorcières prend fin un peu avant la sortie du film et l'auteur peut signer l’œuvre de son nom.

Le scénario prêt, il est temps de passer à la deuxième étape du casting. Les gens de chez Universal veulent des stars ? Ils vont être servis ! Kirk Douglas reçoit les accords de Laurence Olivier, Charles Laughton, Tony Curtis et Peter Ustinov. Après les refus d'Ingrid Bergman, Elsa Martinelli, Jean Simmons et Jeanne Moreau, le premier rôle féminin est confié à la débutante Sabina Bethmann. A la réalisation, comme prévu par le contrat, Universal impose le choix d'Anthony Mann.

Le tournage peut enfin commencer le 27 janvier 1959. Très vite, des désaccords naissent entre Kirk Douglas et Mann qui est viré dès le 13 février ! On en profite par la même occasion pour dire gentiment merci à Bethmann qui est remplacée par Jean Simmons. Pour le poste de réalisateur, Douglas propose de le confier à un jeune réalisateur avec qui il a tourné Les Sentiers de la gloire deux ans plus tôt. C'est ainsi qu'un jeune Stanley Kubrick se retrouve à la tête du deuxième film le plus cher de l'histoire à l'époque.

Trop de rois dans l’arène

Car avec un budget de $13 millions, il n'y a que Ben-Hur (encore lui !) qui aura coûté plus cher avec ses 16 millions de billets verts. Avec autant d'argent en jeu et de fortes têtes sur le plateau, le tournage tourne rapidement à la guerre d'égos, tout le monde voulant imposer sa vision à un Kubrick de 32 ans que les gloires présentes prennent de haut. Olivier se plaint de son manque d'expérience à Douglas qui, lui, remet en cause chaque angle de caméra pour en proposer un autre. Naughton, mécontent de ses lignes de dialogues, les fait réécrire par Ustinov.

Spartacus
Spartacus ©Universal

Comme si les problèmes de production n'étaient pas assez lourds pour Kubrick, viennent se greffer ceux de santé de Jean Simmons qui doit se faire opérer en urgence et de Tony Curtis qui se déchire le tendon d'Achille lors l'un match de tennis. Même Kirk Douglas est touché par un virus qui met le tournage en pause. Kubrick prend son mal en patience, fait comme il peut et le tournage de Spartacus se termine après 167 jours interminables. Épuisé, il confie qu'il en déteste le montage final de la version qui sort pourtant telle quelle au cinéma le 7 octobre 1960.

Le film remporte quatre Oscars : ceux du meilleur acteur dans un second rôle pour Peter Ustinov, des meilleurs costumes, de la meilleur photographie et de la meilleure direction artistique. Ce succès de Spartacus ne change en rien la rage qui est née dans le cœur de cinéaste de Stanley Kubrick durant cette expérience. Ce supplice aura même une conséquence importante pour le reste de sa carrière : il ne tournera que s'il possède le director's cut.

Si on doit voir le bon côté des choses, on peut se dire que, sans Spartacus, nous n'aurions jamais connu des chefs-d’œuvre comme Shining, 2001, l’odyssée de l'espace , Orange mécanique ou Full Metal Jacket dans la forme que le réalisateur a eu le pouvoir de leur donner.

 

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